Débat / La fessée, l’éducation chrétienne et la violence éducative ordinaire (VEO)

S
ur la base de l’Ancien Testament les châtiments corporels ont souvent été perçus de manière utile et positive dans les foyers chrétiens mais est-ce correct d’emprunter à l’Ancien Testament un modèle éducatif (Pr 23:13-14) ?

N’épargne pas la correction à l’enfant; Si tu le frappes de la verge, il ne mourra point. En le frappant de la verge, tu délivres son âme du séjour des morts.… Proverbes 23:13-14

Le Nouveau Testament (Mt 18:6) se montre d’ailleurs sévère envers ceux qui scandalisent les enfants et appelle même les pères à ne pas irriter leurs enfants (Col 3:21) !

Pères, n’irritez pas vos enfants, de peur qu’ils ne se découragent. Colossiens 3:21

Dans une interview accordée à Kaisen Magazine, Olivier Maurel auteur de La violence éducative, un trou noir dans les sciences humaines définit la Violence Educative Ordinaire (VEO) ainsi :

« tous les comportements qui se veulent éducatifs, mais qui sont des formes de violence physique, verbale ou psychologique tolérées ou préconisées dans une société donnée » et précise qu’« en France, la tape, la gifle et la fessée en sont des exemples ».

Discerner ce qui est du ressort de la violence éducative, quelle soit physique ou psychologique, et ce qui est du ressort de la liberté éducative des parents n’est pas toujours facile, comme le démontre une affaire récente qui secoue la Norvège. Alors que certains plaident la protection des enfants d’autres y voient la persécution d’un couple chrétien libre d’éduquer ses enfants comme il l’entend.

Si les origines de la violence humaine restent aujourd’hui encore floues, l’Observatoire de la Violence Educative Ordinaire (OVEO) précise que « frapper les enfants n’a probablement rien d’instinctif. C’est un comportement humain, culturel, acquis par imitation ».

Si les conséquences de la maltraitance sont aujourd’hui bien acquises, il n’en va pas de même pour la violence éducative ordinaire. Ce ne sont pourtant pas les constats scientifiques qui manquent à ce sujet, en effet la violence éducative ordinaire est d’après une étude parue dans Pediatrics en 2013 source d’agressivité chez les enfants de 0 à 9 ans. De même, il est reconnu que l’organisme répond à la violence par des réactions de stress (production de cortisol et d’adrénaline) qui à terme peuvent conduire à de graves troubles tels que « la perte de mémoire, l’affaiblissement du système immunitaire, hypertension, ulcères stomacaux, problèmes de peau, prise de poids, troubles digestifs » (How punishment can affect health , 2009).

Pourtant d’après l’enquête SOFRES de 2009, 67 % des parents interrogés donnent encore des fessées et 82 % des parents restent encore hostiles à une loi anti-fessées. Et pour cause, qui n’a jamais entendu un ami dire qu’il avait reçu des fessées dans son enfance et qu’il « n’en était pas mort ». Volonté de banaliser cette violence ou véritable ignorance, difficile à dire, car comme l’explique Olivier Maurel :

« le jeune enfant qui subit des coups ou des violences verbales de ses parents auxquels il est viscéralement attaché est convaincu par ces coups qu’il est mauvais et que ses parents sont obligés de le frapper pour le corriger. Il s’adapte donc à ce traitement et le considère comme un signe d’amour parental. Il en arrive à penser non seulement que ce traitement ne lui fait aucun mal, mais même que tout ce qu’il y a de bon en lui en découle. »

L’interdiction des violences éducatives telles que la fessée n’est pas prête d’arriver en France : la proposition de loi que la députée Edwige Antier avait déposé en 2009 a été rejetée et ce malgré les efforts soutenus de plusieurs associations comme « Ni claques, ni fessées ». Il existe poutant d’autres alternatives. Camille et Olivier, auteurs du blog les-super-parents.org, l’ont bien compris et proposent notamment de « supprimer tout châtiment corporel », de pratiquer l’écoute bienveillante ou encore « de trouver des alternatives aux cris, aux punitions, au chantage et aux menaces ».

Des initiatives qui ne sont pas sans rappeler les grandes lignes de l’éducation bienveillante. Prenant sa source dans le concept américain dit de « l’attachment parenting », l’éducation bienveillante a été popularisé par Alice Miller, auteur du célèbre C’est pour ton bien ou encore Isabelle Filliozat, psychothérapeute et auteure de J’ai tout essayé ! et Au cœur des émotions de l’enfant.

Elodie Crépin

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