Entretien avec René De Groot

René De Groot est le directeur de Derek Prince Ministries France. Cet hollandais de naissance exerce son ministère en France depuis qu’il a reçu un fardeau pour ce pays sur son coeur. Avec son épouse Jacqueline, il diffuse les enseignements de Derek Prince en francophonie au travers de livres et de DVD, depuis un village du sud de la France. René a accepté de répondre aux questions de la rédaction d’Info Chrétienne, et nous le remercions d’avoir partagé son histoire, son parcours de la drogue à la liberté en Jésus et son appel à le servir.

  • Peux-tu nous raconter ta rencontre avec Jésus ?

J’ai été élevé dans un milieu catholique. J’étais même « enfant de chœur ». Déjà à l’âge de six ans, parce que le chapelain était à court, il m’a donné la communion. L’âge normal était de 7 ans ! Je me souviens que je priais souvent dans mon lit pour toutes sortes de choses. Mais, dans les six années où je suis allé à l’église catholique, personne n’a pris cinq minutes pour m’expliquer l’Évangile et me conduire à Christ personnellement. Alors, à l’âge d’environ 12 ou 13 ans, j’ai commencé à écouter de la musique rock, à fumer, et rapidement j’ai été mis en contact avec le cannabis, que je prenais avec joie !

J’ai quitté mon squat pour me diriger vers le pays de GallesCela a été le commencement d’un parcours dans lequel j’ai rapidement changé. D’un garçon éveillé, avec de très bonnes notes à l’école, vers quelqu’un qui ne s’intéressait plus du tout à l’école, tant que je pouvais fumer du cannabis et d’autres drogues qui petit à petit se présentaient. Je m’assombrissais de plus en plus, et pour ne pas aller trop dans les détails, lorsque j’ai eu dix-huit ans, j’ai quitté mon squat pour me diriger vers le pays de Galles, pour vivre avec les hippies, manger de la psilocybine (un champion hallucinogène) et vivre la bonne vie.

Juste avant cela, j’avais travaillé un peu pour financer mon voyage, et la directrice de l’agence de travail temporaire était chrétienne. Dieu avais mis dans son cœur de prier pour moi. Elle le faisait donc, avec son groupe de prière… Mon voyage vers le pays de Galles ne se passait pas très bien. Je prenais le bateau pour arriver à Harwich, et les autorités m’ont tout de suite renvoyé, parce que je n’avais pas d’argent, et je soulevais beaucoup de suspicion avec mon apparence. Alors je refaisais le voyage… Pour être renvoyé à nouveau parce qu’ils avaient mis quelque chose sur mon passeport. J’ai alors trempé mon passeport dans l’eau, pour en demander un autre, et j’ai refait le voyage une troisième fois via un autre port. Cette fois-ci, j’ai pu rentrer, et j’ai fait du stop vers le pays de Galles. Mais je n’avais pas de repos du tout, et après seulement une semaine j’ai dû rentrer.

« Vous ne pensez pas que quelqu’un peut changer ? »Plus tard, j’ai appris que c’étaient tous des sorciers/ières, qui voulaient me faire rentrer dans leur cercle… Revenu en Hollande, mon squat était pris par quelqu’un d’autre, mais je trouvais rapidement un autre, et je décidais de faire les choses différemment. Je voulais recommencer ma vie. Je coupais mes cheveux, et je me dirigeais vers le même bureau de travail. D’abord elle ne voulait pas me donner du travail (parce que j’avais l’habitude de partir au bout de quelques heures), mais je l’ai regardée droit dans les yeux, et je lui ai dit : « Vous ne pensez pas que quelqu’un peut changer ? ». En tant que chrétienne, elle savait très bien que cela était possible. Elle me plaça dans une maison de retraite chrétienne en tant qu’aide concierge. Le concierge était un chrétien, et nous parlions beaucoup de Dieu. Il me donna ma première Bible, mais je n’arrivais pas à la lire, je ne comprenais rien, et cela me fâchait en quelque sorte !

C’est là que j’ai vraiment rencontré Jésus, qui m’a libéréÀ la fin de ce travail, je décidais de faire à nouveau la fête sous LSD (acide)… Et cela s’est totalement mal passée… J’avais ce qu’on appelle un « bad trip », et je n’arrivais plus à revenir à la normale… Pendant neuf mois, j’étais dans un était psychotique, errant les rues, ou cloué à ma chaise. Impossible de bouger… J’étais quasi totalement contrôlé par des esprits mauvais, et je devais leur obéir en tout, sinon j’étais torturé terriblement dans mon esprit. Au bout de neuf mois, je criais au Dieu dont je me souvenais de mon enfance. Rien de spécial ne s’est produit, mais deux semaines plus tard, quelqu’un me parlait d’un centre pour ex-drogués dans le Sud de la France, géré par des Néerlandais. Quelque chose dans mon cœur sautait, et je savais que je devrais y aller. J’arrivais le 5 décembre 1980, et je suis resté six ans. C’est là que j’ai vraiment rencontré Jésus, qui m’a libéré, et que j’ai appris la Bible. Donc, difficile de préciser la date et l’heure de ma conversion !

  • Quel a été le déclic qui a marqué le début de ton ministère ?

Au bout de ces six ans, (j’avais entre-temps rencontré ma femme lors de vacances en Hollande et nous nous sommes mariés en mai 1987), je retournais aux Pays-Bas, mais je ne voulais qu’une seule chose : servir Dieu. Mon cœur était attiré vers la France, et cinq ans plus tard, nous avons déménagé vers ce même centre, pour aider et pour chercher Dieu, afin de connaître sa volonté pour nous. Deux ans plus tard, j’écoutais un message de Derek Prince en voiture. Il expliquait que, souvent, quand les gens veulent servir Dieu, ils veulent le faire dans un endroit facile, mais qu’il existe des endroits qui sont plus durs, ou quasiment personne n’osait aller.

« Prenons par exemple la France, un des pays le plus durs et les plus désertiques spirituellement sur la terre… »Ensuite, il disait : « Prenons par exemple la France, un des pays le plus durs et les plus désertiques spirituellement sur la terre… ». J’ai rarement des vraies visites de Dieu tangibles, mais là, à ce moment, c’était comme si ma voiture était remplie du Saint-Esprit, je commençais à pleurer, et je savais avec certitude que Dieu voulait que je le serve en France en représentant Derek Prince Ministries. Par contre, mon français n’étais pas du tout encore à la hauteur, je n’avais pas d’argent, pas de contacts, nous vivions dans un centre pour ex-drogués quelque part pommés dans les Montagnes Noires, que faire ? J’ai alors écris une lettre à Derek Prince, dont j’avais une adresse à Jérusalem, lui demandant la permission de traduire ses enseignements.

Les responsables sentaient dans leur cœur que nous étions désignés par Dieu pour cette tâchePlus tard, j’ai compris que cette lettre avait été renvoyée aux USA, pour être re renvoyée en Angleterre, qui à leur tour l’ont renvoyée aux Pays-Bas… Donc quatre mois plus tard, en janvier 1995, quelqu’un du bureau DPM aux Pays-Bas a pris contact avec nous, et plus tard nous étions invités pour rencontrer les responsables de DPM aux Pays-Bas, ainsi que Derek et Ruth Prince, sur une conférence où il était l’orateur principal, en juillet 1995. Les responsables sentaient dans leur cœur que nous étions désignés par Dieu pour cette tâche (malgré le fait qu’une maison d’édition/imprimerie en Suisse romande, qui donc avait déjà tout en place, voulait représenter le ministère également). Là, Jacqueline et moi nous sommes simplement agenouillés pour accepter, et nous soumettre à ce que Dieu voulait de nous. Quelques mois plus tard, en novembre 1995, nous avons fondé l’association Derek Prince Ministries France, et deux mois plus tard, le premier livre est sorti : ‘Bénédiction ou malédiction, à vous de choisir ! », dont maintenant déjà plus de 36 000 se sont vendus.

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  • La vie est parfois soumise aux épreuves. Serais-tu d’accord d’en partager une avec nous, et surtout de nous faire découvrir de quelle manière tu l’as surmontée avec la grâce de Dieu ?

J’ai une grande liste dans laquelle je peux choisir !Où dois je commencer ? Tu me demandes de partager une seule, mais j’ai une grande liste dans laquelle je peux choisir ! Mais, en général, je pense que l’épreuve la plus difficile était, et est en quelque sorte toujours, le rejet et la mauvaise compréhension de certaines parties de l’Église vis-à-vis de nous, étrangers en France, et notre mission, sans que l’on s’en soit rendu compte au début. Derek Prince était ‘mal vu’ dans certaines dénominations, parce qu’il était le premier (et à l’époque quasiment le seul) à enseigner sur le sujet de la délivrance, et l’effet de la bénédiction et de la malédiction sur les vies des chrétiens. C’était considéré comme une hérésie, ce qui a résulté dans beaucoup de solitude, sans que ces frères et sœurs se soient donnés la peine soit de nous connaître, soit de connaître vraiment ces enseignements (et d’admettre que beaucoup des problèmes dans leurs églises étaient justement dues à cela et qu’ils avaient en fait grandement besoin de ces enseignements).

Ensemble avec l’atmosphère, en général, lourd, et spirituellement « désertique » (exactement comme Derek Prince l’avait dit), cela nous a très souvent découragés. À part cela, nous avons souffert beaucoup d’autres choses… De l’animosité dans les petites villages dans lesquelles nous vivions, de l’opposition dans les églises que nous fréquentions, parce que les responsables ne pouvaient souvent mal supporter que nos enseignements aident vraiment « leurs brebis », les mettant un peu « à l’ombre », etc. Puis, sur le plan personnel, nous avons eu beaucoup de difficultés avec nos enfants (certains ont lu peut-être déjà l’histoire de notre fils handicapé David). Mon épouse a eu une grande crise, qu’elle a mis cinq ans à surmonter. Plus tard elle a eu un cancer du sein, avec tout ce que cela implique. Notre fils aîné a déclaré une maladie incurable, qui a fini par lui enlever le colon… et d’autres choses encore.

Dieu a été fidèle en toutQuand tu me demandes comment nous avons surmonté ces épreuves, je ne peux seulement dire que Dieu a été fidèle en tout, et qu’il a continué de nous soutenir, de nous encourager, de pourvoir à nos besoins… Bien évidemment, cela nous a permis une marche étroite avec le Seigneur, une vraie connaissance de sa Parole, et une vie de prière intense (vous pouvez en savoir plus avec le cours gratuit « Les prières dans le Nouveau Testament » sur  FaitesDesDisciples). Dans les 22 ans que nous faisons maintenant « Derek Prince Ministries France », énormément de gens nous ont fait savoir à quel point les enseignements de Derek Prince étaient souvent pour eux la seule source de nourriture spirituelle, tellement ils étaient « à sec » dans leurs propres églises, si déjà ils en avaient une ! Cela nous a aidé aussi à persévérer.

  • Quel est le projet ou la réalisation dont tu es le plus fier ?

En ce moment, nous avons imprimé environ 650 000 livres de Derek Prince, une quarantaine de vidéos sont disponibles gratuitement, ainsi que plus de 50 messages audio et plus d’une centaine d’articles. Nous avons pu, par la grâce de Dieu, distribuer pas loin de 275.000 livres en Afrique, la plus grande partie gratuitement, ou au prix coûtant. Le « Cours Biblique par Correspondance » de Derek Prince a vu presque 300 étudiants, avec déjà presque une centaine ayant reçu leur certificat. Il est notre mission de bénir l’Eglise dans la francophonie, et je pense que Dieu a permis que, à travers ces enseignements, des bonnes fondations ont été posées dans des vies de nombreuses chrétiens.

  • Quelle est la plus grande leçon que tu aies apprise au travers de ton ministère ?

Que Dieu est fidèle à sa Parole, et qu’un enseignement simple, biblique, centré sur Christ, l’œuvre de la croix et la vérité de sa Parole est primordial pour nous, chrétiens. Et que chacun et chacune a une place dans l’avancement du Royaume de Dieu.

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  • Et si c’était à refaire ! Que changerais-tu ?

Je ferais plus confiance à Dieu, j’exercerais encore plus d’amour vis-à-vis de lui, et de ses enfants si précieux.

  • Quelles sont les personnes qui ont eu un rôle majeur tout au long de ton parcours ?

Il est évident que Derek Prince a eu une grande influence dans notre vie. Sa marche simple, humble, fidèle à la parole de Dieu, sans chercher « du succès » et une place pour lui-même, m’a grandement influencé. Après, ma chère épouse qui, malgré sa solitude et les souffrance que nous avons eues, a toujours été fidèle, à mes côtés pour me suivre là où le Seigneur m’a conduit. Je suis aussi toujours resté en contact avec mon premier enseignant et mentor, Etienne Pieterman, que j’ai rencontré tout au début dans le centre des ex-drogués. Son enseignement biblique, toujours centré sur Christ, et la Croix, a posé une très bonne fondation dans ma vie.

  • As-tu des modèles, des mentors, des personnes qui te poussent à aller de l’avant et à devenir meilleur ?

Jésus, après, probablement l’apôtre Paul. Après, sur cette terre, j’ai vu qu’il est difficile de faire vraiment confiance aux gens. Connaissant mon propre cœur, et sachant que tout le monde a les même problèmes, j’ai toujours vu qu’il était plus sûr de faire confiance à Dieu, qu’aux gens « même pas de princes » (Psaume 146 :3).

  • Quel est le personnage biblique qui est une source d’inspiration pour toi ? Et pourquoi ?

Joseph. Comment il a vécu sa solitude, pardonnant à ses frères, persévérant dans la mission que Dieu lui avait confiée…

  • Quel conseil pourrais-tu donner à celles et ceux qui souhaitent se lancer dans la même voie que toi ?

Quelle est cette « voie »? Servir le Seigneur ? Je dirais simplement qu’un abandon total à Dieu, et à la voie de la Croix, sont impératifs. Après, cherchez Dieu pour la tâche particulière qu’il a pour tout le monde. Et sachez que notre parcours ici sur terre n’est que temporaire, et ne sert que d’école pour l’éternité. Donc, en bref, regarder toute ton existence dans la lumière de l’éternité et l’œuvre de Dieu.

  • Comment perçois-tu tes prochaines années dans le ministère ? Quel est le ou quels sont les projets qui te tiennent à cœur ?

Pour le moment, Dieu ne nous a pas encore ouvert d’autres portes que de continuer avec ce que nous faisons. Et j’ai vu que dans les jours que nous vivons, avec de plus en plus d’enseignements bizarres, centrés sur le développement de soi, la « bénédiction à tous prix » et d’autre fausses doctrines, de bons enseignements bibliques, qui mettent en avant les objectifs de Dieu, le salut des âmes, son Royaume, son retour, sont de plus en plus nécessaires et viables, alors je ne sais pas si Dieu a encore autre chose pour nous en vue !

  • L’actualité est souvent troublée et triste. Chrétiens persécutés, société à la dérive, catastrophes naturelles, changements éthiques majeurs… Quelle est ta position face à ces événements ? Es-tu plutôt engagé, veilleur attentif, lanceur d’alerte, intercesseur ?…

Je prie presque tous les jours pour toute la liste que tu viens de mentionner, et j’essaie de stimuler qui veut entendre de faire la même chose. Le monde court rapidement à sa fin, et il semble que l’Église s’endorme de plus en plus, parce que la tâche semble trop difficile… Nous venons de sortir un nouveau petit livre de Derek Prince : « Le dernier ordre de Christ », qui traite de ce sujet, et nous explique que chaque chrétien est obligé d’obéir en quelque sorte, à ce dernier ordre de Christ, avant qu’il fut enlevé : « Allez… ». Après, j’ai l’avantage de parler trois langues, donc je lis beaucoup pour m’informer sur ce qui se passe dans le monde, d’un point de vu spirituel, pour m’aider à mieux diriger mes prières. Je prie que l’Église discerne vraiment le temps dans lequel nous vivons, un temps dans lequel nous ne pouvons plus « jouer Église », mais dans lequel tous et toutes doivent se mettre au travail, avant que cela soit trop tard.

René merci pour tes réponses et pour la sincérité de ton parcours, ta fidélité au Seigneur malgré les épreuves de la vie. Que le Seigneur t’accompagne ainsi que Jacqueline, pour la suite de l’histoire !

La rédaction

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