États Unis: entre tentation protectionniste et désir de conquête

Le slogan de campagne du désormais Président Trump résonne particulièrement aujourd’hui, “Make America great again”, (Rendre l’Amérique forte à nouveau), où l’équation à résoudre semble plus complexe. Notamment sur le plan économique avec une dette abyssale ( 1,4 trillions de $), ou sur le plan diplomatique, où les choix (isolationnistes) du Président laissent penser que l’Amérique en retrait sur sa grandeur passée et son hégémonie sur le monde,  va retrouver sa place, son leadership en se repliant sur elle même…

L’économie mondiale serait-elle sans puissance hégémonique, comme l’ont annoncé les économistes Peter Temin du MIT, et David Vines, de l’université d’Oxford, dans leur ouvrage “ The leaderless Economy”. Dans ce cas, le retournement des enjeux fait que la question se pose: qui exercera cette nouvelle suprématie…

Dans un tel contexte, quelles conséquences auront pour le monde, le revirement de la politique américaine, sa nouvelle volonté isolationniste dans un climat général de croissance en panne, d’explosion des déficits publics et d’endettement général des pays européens, du Japon … ?

Le discours de Donald Trump, devenu vendredi 20 janvier 2017 le 45ème président américain a frappé le monde des médias, mais en réalité la presse rapporte peu l’ensemble des propos et peu nombreux sont ceux qui analysent l’ensemble de son contenu, se contentant le plus souvent de rapporter les seules dimensions polémiques et clivantes. A peine deux jours après son discours d’investiture, le Président Trump mettait fin à la participation des Etats Unis au traité de libre-échange transpacifique, le fameux TPP…

“ Le président américain a signé lundi 23 janvier, dans le bureau Ovale, un document mettant fin à la participation des États-Unis au traité de libre-échange transpacifique (TPP), âprement négocié pendant des années par l’administration Obama.”

Nous avons souhaité prendre de la distance avec les discours anti Trump. Au-delà des propos passionnés sur les réseaux sociaux, revenons plutôt à l’essence des discours tenus par le nouveau président américain, pour comprendre les orientations prises par la nouvelle administration américaine et les conséquences que celles-ci auront pour le monde. En regard des nouveaux contextes internationaux nous vous proposons d’entreprendre une analyse prospective sur ce changement de paradigme politique touchant l’Amérique, puis d’envisager les scénarii du futur.

Ce qui nous a frappés c’est d’abord la volonté du Président américain de se recentrer sur l’AmériqueCe qui nous a frappés c’est d’abord la volonté du Président américain (que certains qualifieraient de populiste ou de démagogique), de se recentrer sur l’Amérique, de privilégier le développement local pour inverser la paupérisation qui gagne actuellement un grand nombre d’états américains. Ainsi selon les sources du Fonds Monétaire International, un américain sur sept vit dans la pauvreté.  Toujours, selon le FMI, la taille de la classe moyenne aux États-Unis n’a jamais été aussi faible en 30 ans.

« La distribution de la richesse et des revenus est de plus en plus polarisée et la pauvreté a augmenté”.

Dans ces contextes de paupérisation de l’Amérique, les déclarations du président Américain marquent un changement certain concernant la politique internationale et augurent une nouvelle ère dans les relations internationales.

Face à la mondialisation, l’isolationnisme est-il l’option à prendre pour sortir certains états de leur marasme? N’existerait-il pas une troisième voie en dehors d’une mondialisation conquérante ou de l’isolationnisme ? Cette voie ne devrait-t-elle pas être la coopération volontariste des états notamment pour aider au développement de l’Afrique et endiguer la pauvreté, source de conflits, de violences et du développement de toutes sortes de radicalismes.  

“  L’Amérique d’abord… “

Au fond le Président Trump, prenant conscience des effets désastreux d’une mondialisation à tous crins, a remis en cause à la fois l’idéologie mondialiste et l’ingérence américaine dans les affaires de ce monde, pour souligner les nouvelles options isolationnistes prises par son gouvernement. Le revirement de la politique américaine, que traduit le discours du président Trump lancé à plusieurs reprises dans son discours à travers l’expression « l’Amérique d’abord », suivi par la signature le 23 janvier de la fin de la participation des Etats Unis dans le TPP,  a été martelé comme une anaphore. De sorte que pour appuyer ce nouvel axe de l’engagement des États-Unis, le président américain n’a pas hésité à faire valoir qu’

À partir d’aujourd’hui, une nouvelle vision gouvernera notre nation. À partir d’aujourd’hui, ce sera l’Amérique d’abord. Toutes les décisions sur les échanges commerciaux, sur la fiscalité, sur l’immigration, sur les affaires étrangères seront prises pour le bénéfice des travailleurs américains et des familles américaines. Nous devons protéger nos frontières des ravages causés par d’autres pays qui fabriquent nos produits, qui volent nos entreprises et détruisent nos emplois.

Le discours du président américain semble ainsi faire valoir les ravages de la mondialisationLe discours du président américain semble ainsi faire valoir les ravages de la mondialisation, tellement chérie par les idéologies multiculturalistes, progressistes mais surtout consuméristes. Notre chronique n’a pas pour propos de s’attarder sur la dimension multiculturelle, mais surtout de pointer les empiétements d’une vision mondialiste et les impostures du capitalisme sauvage, qui a agi comme un véritable miroir aux alouettes en accélérant les processus de pauvreté, d’inégalités des états, d’endettement des nations et de fragilisation des économies mondiales.

Au cours de ces vingt-cinq dernières années, le développement de la mondialisation économique a connu une ampleur considérable, la globalisation des échanges s’est accélérée, s’adossant à trois principales dimensions, le commerce, la numérisation, la finance. De nombreux observateurs soulignent les aspects positifs de la mondialisation, c’est-à-dire le développement des échanges culturels entre les continents et les nations, les progrès remarquables de l’information via internet et des communications, les relations inter-pays, particulièrement sur le plan culturel.  Inversement d’autres ont souligné des effets plus pervers qui touchent l’enrichissement de quelques-uns au détriment de milliards d’habitants. Nous assistons ainsi à la montée en puissance des acteurs du capitalisme qui écrivent les lois économiques internationales en faisant pression sur les états.  Récemment, on pouvait découvrir que huit milliardaires détenaient autant que la moitié la plus pauvre de l’humanité. Nous assistons à l’émergence dans certains états à la tentation de développer des économies occultes ou de contrebande pour financer leurs états, via la libéralisation de la drogue pour pouvoir la taxer et obtenir ainsi de nouvelles sources de financement. C’est un sujet qui fait déjà débat dans certains états dans le monde par exemple en Californie.

La mondialisation crée de nouvelles zones d’inégalités, de nouvelles sources d’appauvrissement. L’Afrique s’est-elle enrichie du fait de la mondialisation ? La réponse est non et pourtant, le continent africain recèle des mines de richesses, des minerais d’une grande rareté et qui rentrent dans la composition des nouvelles technologies. Ailleurs les délocalisations qui profitent à certains pays en voie de développement, se font au détriment de l’emploi dans les bassins où les entreprises aujourd’hui expatriées, se déployaient. Il est par ailleurs fort probable que ces entreprises délocalisées s’affranchissent des lois sociales qui avaient cours dans leurs pays d’origine et créent, feignant parfois de l’ignorer, des situations d’exploitation de l’homme en inventant de nouvelles formes d’esclavage humain.

Qu’est-ce que l’isolationnisme ?

Il nous semble important de définir en premier lieu les termes afin de savoir de quoi nous parlons. Ainsi l’isolationnisme est défini comme:

Une ligne de conduite d’une nation qui entend ne pas participer à la vie politique internationale et économique, excepté les affaires qui l’impliqueraient directement.

Donald Trump est devenu en Amérique le chantre du protectionnismeDonald Trump est devenu en Amérique le chantre du protectionnisme, en priorisant l’activité locale pour protéger l’économie américaine contre la concurrence internationale. Il entend contraindre bon nombre d’entreprises américaines à relocaliser leurs productions, il fustige les traités de commerces internationaux notamment avec le Canada, le Mexique, la Chine, et enfin, il remet en cause la présence des États-Unis au sein de l’organisation mondiale du commerce. Le nouveau président américain entend de fait, bousculer un certain nombre d’accords qui désavantageraient la puissance économique de son pays, ce qui a été confirmé par le désengagement des Etats Unis dans le TPP le 23 janvier.

Dans une de ses déclarations, le nouveau président des États-Unis, a indiqué au monde entier que son pays  “n’a pas vocation à être le gendarme du monde“.

Donald Trump a également souligné il y a peu sa volonté de se retirer de l’OTANDonald Trump a également souligné il y a peu sa volonté de se retirer de l’OTAN, de dresser un mur entre le Mexique et les États-Unis, de faire face aux flux migratoires, et sur le plan économique de rehausser les droits de douane. Or ces mesures semblent surprendre le monde des médias, comme si de telles mesures n’avaient jamais été pratiquées auparavant et ne correspondaient pas à l’état d’esprit qui caractérise l’Amérique

L’isolationnisme est inscrit en réalité dans les gênes et la culture américaine…  

Beaucoup s’étonnent de la posture prise par la nouvelle administration américaine en oubliant que ce fût une ligne de conduite historique de cette nation et ce, dès la création des États-Unis. En effet, pour comprendre l’isolationnisme américain, il est ainsi nécessaire de remonter aux origines même des États-Unis. L’isolationnisme a été en réalité et ce depuis toujours une tendance de la politique étrangère des États-Unis.

George Washington postulait déjà la souveraineté absolueOr dans les premières années de la jeune nation américaine, notamment au début du XIXème siècle, les États-Unis ont promu une conception politique, celle d’une intervention minimale dans les affaires du monde. Cela a longtemps été l’un des fondements de la politique étrangère des États-Unis, puis érigé en doctrine par le président James Monroe en 1823. C’est ainsi par exemple que George Washington postulait déjà la souveraineté absolue et l’entière liberté des États-Unis. Donald TRUMP s’inscrit en réalité dans la lignée de ses pères, et de l’esprit des pères fondateurs des 51 états américains.

Quelles seront les conséquences pour l’Europe … ?

Les cartes en quelque sorte vont être inévitablement rebattues. Nous allons probablement assister à un changement de situation considérable, obligeant le vieux continent à se lancer sérieusement dans la construction d’une Europe de la défense, n’étant plus aussi certaine de pouvoir se reposer sur la puissance de frappe des États-Unis. C’est un tournant également dans les relations commerciales internationales.

On se demande d’ailleurs si l’on ne risque pas à terme d’assister à un affaiblissement considérable de l’Europe, et à la possibilité d’un éclatement de l’Union européenne en raison d’une très mauvaise santé économique qui caractérise aujourd’hui les nations européennes.

Le BREXIT a été un avant-goût de la déconstruction possible de l’EuropeLe BREXIT a été un avant-goût de la déconstruction possible de l’Europe. L’isolationnisme de l’Amérique aura les effets d’une véritable onde de choc pour toute l’Europe provoquant l’émergence d’un monde multipolaire et de nouvelles luttes en termes économiques. Les économies européennes sont particulièrement les nations les plus endettées au monde. Le journal la Tribune indiquait déjà en 2013 qu’un rapport d’un grand cabinet d’audit comparé les économies des pays de l’OCDE à « la chaîne de Ponzi, du nom de cet escroc italien qui a inspiré Bernard Madoff arrêté en 2008 ». Selon ce grand cabinet international, l’impasse sur le poids de la dette économique qui caractérise toute l’Europe ne peut plus être permise.  L’Europe qui s’est lancée dans l’aventure de l’échange économique et parfois dans la démesure pourrait bien à terme le regretter et se doit d’identifier les axes d’une réflexion privilégiant également des modes de développement locaux. Nous mesurons ici, que les conséquences pourraient être dramatiques socialement si les responsables politiques continuent d’imaginer que l’on peut vivre en s’endettant. Sans parler de l’Asie, et notamment du Japon, où l’endettement est supérieur à 200% du PIB ! Même si les japonais ont des actifs, or la population ne cesse de vieillir et la croissance économique quasi nulle, risque même de s’aggraver avec la rupture du contrat transatlantique …

Une troisième stratégie qui passerait par des accords bilatéraux et  collaboratifs… nous semble en réalité difficile avec un président américain tellement discrédité avant même d’avoir commencé, qu’il lui faudra du temps pour asseoir sa politique au niveau national et international. Il semble nécessaire de  construire son image ce qui passera nécessairement par la confiance des ménages américains. En attendant, il semble compliqué, voire impossible d’envisager que son pays signe des traités de collaboration, même partiellement.

Isolationnisme et conséquences sur l’endettement des pays occidentaux … ?

Lorsque nous analysons l’endettement des sociétés européennes, 7 pays européens figurent parmi les 20 nations les plus endettées au monde dont la France, nous prenons alors conscience de l’énorme fragilité sur laquelle repose l’ensemble de l’économie mondiale. Il nous vient ici en mémoire la parole du prophète Habacuc dont la résonance après plusieurs siècles, révèle à la fois la pertinence et la dimension prémonitoire suite au changement de paradigme auguré par l’élection de Donald TRUMP comme nouveau président des États-Unis.

Habacuc 2.6-9
Malheur à celui qui accumule ce qui n’est pas à lui! Jusques à quand?… Malheur à celui qui augmente le fardeau de ses dettes!  Tes créanciers ne se lèveront-ils pas soudain? Tes oppresseurs ne se réveilleront-ils pas? Et tu deviendras leur proie.  Parce que tu as pillé beaucoup de nations, Tout le reste des peuples te pillera; Car tu as répandu le sang des hommes, Tu as commis des violences dans le pays, Contre la ville et tous ses habitants.  Malheur à celui qui amasse pour sa maison des gains iniques, Afin de placer son nid dans un lieu élevé, Pour se garantir de la main du malheur! C’est l’opprobre de ta maison que tu as résolu, En détruisant des peuples nombreux, Et c’est contre toi-même que tu as péché. “

L’actualité de cette prophétie prend aujourd’hui un étrange avertissement du fait  des orientations prises par la nouvelle administration américaine depuis les élections.

L’auteur de cette chronique remercie Bérengère Series pour ses contributions et sa relecture vigilante.

Eric Lemaitre

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