Face au « cri des victimes » inuits, la congrégation d’un religieux franco-canadien enclenche son exclusion

La congrégation d’un religieux franco-canadien, accusé d’agressions sexuelles contre des jeunes Inuits dans les années 1960, a décidé en France de sanctionner le missionnaire en enclenchant une procédure d’exclusion, en réponse aux demandes d’une délégation venue demander des comptes.

Le religieux âgé de 92 ans, Joannes Rivoire, a accepté mercredi après de longues négociations de rencontrer cette délégation venue depuis le Grand Nord porter la parole des victimes mais « nie tout » et refuse de se rendre au Canada pour répondre à la justice, a indiqué à la presse une représentante des Inuits du Nunavut.

Sa communauté, les Oblats de Marie-Immaculée (OMI), une congrégation fondée en 1816 et comptant 3.700 membres dans le monde, a pour sa part annoncé qu’une procédure canonique de renvoi était lancée contre lui.

« Il a désobéi à notre ordre de se présenter à la justice canadienne », a expliqué à la presse le provincial de l’OMI pour la France, Vincent Gruber.

Ottawa a émis un mandat d’arrêt suivi en août d’une demande d’extradition après une nouvelle plainte contre le religieux, alors qu’un premier mandat d’arrêt émis de 1998 à 2017 pour des agressions sexuelles contre trois mineures est resté lettre morte.

La délégation de 9 Inuits a été reçue au siège de la congrégation, sur les hauteurs de Lyon (sud-est), après une étape à Paris où le ministère de la Justice a opposé une fin de non recevoir à la demande d’extradition en rappelant que la France n’extradait pas ses nationaux.

Aux Inuits présents, dont deux enfants d’une victime présumée et une autre victime présumée, le père Gruber a répété qu’il allait essayer de « continuer à convaincre le père Rivoire », y compris avec l’appui de « Rome », de se remettre à la justice canadienne.

« Nous croyons les victimes depuis le début, profondément », et leur « cri ne peut rester sans réponse! », a-t-il lancé. Mais « je ne peux le forcer, le contraindre », a-t-il dit.

L’OMI souhaite aussi créer une « commission mémorielle », pour « comprendre tous ces délais, ces silences, que nous-mêmes nous trouvons terribles », alors que les faits remontent à près d’un demi-siècle.

« Petite surprise »

Les Oblats assurent n’avoir été informés qu’en 2013 du premier mandat d’arrêt, soit… 20 ans après le retour en France du religieux. Des « dysfonctionnements inexcusables », selon eux.

Envoyé en mission dans le Grand Nord canadien en 1960 et rentré après 33 ans de mission, le père Rivoire a été extrait mardi de la maison de retraite de Lyon où il vit paisiblement pour rencontrer la délégation au siège de l’OMI.

La confirmation du rendez-vous le matin même a été « une petite surprise » car « nous essayions depuis longtemps » de le voir, a affirmé à la presse Kilikvak Kabloona, une représentante des Inuits.

Les visiteurs ont pu rencontrer le père Rivoire, à l’écart des journalistes. Il « nie tout », a déclaré Mme Kabloona après le face-à-face.

Le père qui « parle et comprend l’inuktitut et l’anglais » se « rappelle » de certains visages qui se trouvaient en face de lui, mais « à certains moments, il fait semblant de tout oublier » alors que « dix secondes plus tôt, il se souvenait », a-t-elle dit.

Il a évoqué « un problème de peau », pour ne pas se rendre au Canada, a-t-elle expliqué sans autre détail.

Interrogé sur ce point, M. Gruber a répondu ne pas trop savoir de quoi il s’agissait: « je ne suis pas médecin ».

La délégation a en tout cas pris un billet Lyon-Montréal pour vendredi au nom de Rivoire, dans l’espoir de le ramener.

« Je suis convaincue que s’il est mis dans l’avion », ce dont « l’Eglise a le pouvoir », des dizaines de victimes se « manifesteront alors », a affirmé une des membres de la délégation, Lieve Halsberghe, une Belge qui avait milité pour l’extradition du père oblat Eric Dejaeger, condamné en 2015 au Canada dans une affaire similaire.

Le père Rivoire « ne peut se cacher derrière la loi, alors qu’il ne la respecte pas. C’est le moment, sinon quand…? ».

La Rédaction (avec AFP)

Crédit image : Shutterstock / Elena Berd

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