Face aux promesses de paix des Talibans, des « perspectives désastreuses » pour les femmes et les minorités religieuses en Afghanistan

L’Alliance Évangélique Mondiale se dit « très préoccupé[e] par les récents développements en Afghanistan et les perspectives désastreuses pour tous ceux qui ne correspondent pas au point de vue des Talibans sur la société ».

Les Talibans ont tenu hier leur première conférence de presse depuis la prise de Kaboul, capitale afghane. Ils y ont annoncé leur volonté d’avoir « des relations pacifiques avec d’autres pays ». Ils ont également affirmé qu’ils « respecteraient les droits des femmes », mais ce « dans le cadre de la loi islamique ». Ils affirment vouloir « la paix » et promettent de ne pas se venger.

Zabihullah Mujahid, principal porte-parole du mouvement, explique, « nous ne voulons pas d’ennemis internes ou externes », avant d’ajouter que les femmes « seront très actives dans la société mais dans le cadre de l’islam ».

Mais face aux mots, les Afghans et la communauté internationale attendent les actes. Pashtana Durrani, militante afghane pour l’éducation des filles, affirme, « ils doivent joindre le geste à la parole, pour le moment, ils ne le font pas ».

À Kaboul, quelques femmes sont descendues courageusement manifester dans les rues pour revendiquer leur « droit de vivre dans une société sûre ».


Comme elles, de nombreuses organisations s’inquiètent des conséquences du retour en force des Talibans. C’est le cas de la World Evangelical Alliance, l’Alliance Évangélique Mondiale (AEM), qui se dit « très préoccupé[e] par les récents développements en Afghanistan et les perspectives désastreuses pour tous ceux qui ne correspondent pas au point de vue des Talibans sur la société ».

Thomas Schirrmacher, secrétaire général de l’AEM, évoque bien sûr le sort des femmes, mais aussi celui des minorités religieuses.

« Les femmes, qui seront parmi celles qui ont le plus à perdre, seront probablement à nouveau empêchées de jouir de leurs droits fondamentaux, notamment l’enseignement supérieur, les carrières professionnelles et même la liberté de se déplacer par leurs propres moyens. Ce qui est moins rapporté, c’est le sort des minorités religieuses, y compris les chrétiens, qui ont subi une grave oppression au cours des vingt dernières années et qui sont maintenant encore plus à risque. »

Ce dernier note d’ailleurs que les « améliorations pour les droits des femmes et d’autres développements ces dernières années sous le gouvernement officiel » n’avaient pas été accueillis positivement par tous les Afghans, ajoutant qu’il « convient de noter que le soutien des Talibans dans la société a été beaucoup plus important que les pays occidentaux ne le pensaient ».

Malgré les promesses de « paix », le Dr Rex Rogers, président de SAT-7 North America, révèle les menaces de mort qui pèsent sur les chrétiens.

« Nous entendons de sources fiables que les Talibans exigent les téléphones des gens, et s’ils trouvent une Bible téléchargée sur votre appareil, ils vous tueront immédiatement. C’est incroyablement dangereux en ce moment pour les Afghans d’avoir quoi que ce soit de chrétien sur leur téléphone. Les Talibans ont des espions et des informateurs partout. »

Mikael Tuner, producteur pour le ministère partenaire de SAT-7 Media, Mission the Messengers, a grandi en Afghanistan. Il appelle à la prière.

« Nous constatons les mêmes choses qu’avant dans les zones que les Talibans contrôlent désormais. Les filles n’ont pas le droit d’aller à l’école. Les femmes ne sont pas autorisées à quitter leur domicile sans un compagnon masculin. Beaucoup sont venus à Christ de toutes les ethnies à travers l’Afghanistan. Veuillez prier au cours des semaines à venir pour que Jésus, Prince de la paix, règne dans de nombreux cœurs. »

Alì Ehsani est chrétien. Désormais en Italie, il a vécu à Kaboul. Il affirme avoir vécu « la terreur de ces Talibans ».

« Je sais de première main à quel point il est difficile d’être chrétien dans ce pays. J’ai vécu l’horreur, la terreur de ces Talibans. »

Il a été en contact avec une famille de chrétiens qui vivaient leur foi secrètement à Kaboul. Mais il y a deux semaines, ils ont été démasqués par leurs voisins. Alì n’a depuis plus de nouvelles d’eux. Il cherche à faire parvenir au Pape François une lettre d’appel à l’aide que ses amis avaient eu le temps de lui confier. Religion News Service a pu lire cette lettre. Le média en partage un extrait.

« Ce sont des jours de terreur et l’idée de tomber entre les mains de soldats me terrifie et suscite de l’anxiété. S’ils devaient un jour me capturer, moi ou d’autres membres de ma famille, je préférerais mourir. Nous nous sommes cachés dans l’espoir d’être retrouvés le plus tard possible. Mais nous ne savons pas combien de temps nous pourrons nous protéger de cette manière. »

M.C.

Image : timsimages.uk / Shutterstock

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