Pascal Portoukalian / Mon frère, ma sœur, qui es-tu ? A quoi sers-tu ?

Le terme de frère et sœur est un terme très utilisé dans plusieurs cercles. Les francs-maçons se nomment entre eux « frères ». Dans les cités, on s’appelle couramment « frère » ou « frangin ». Ce terme figure aussi dans l’Islam. Et il rejoint aussi le vocabulaire des églises : les personnes qui se reconnaissent membres de la communauté des chrétiens s’appellent entre eux « frères » ou « sœurs », terme que l’on décline parfois en « frère en Christ » ou « frère dans la foi ». Alors qu’est-ce que cela signifie être frères dans l’église ?

Cela signifie d’abord que nous sommes enfants des mêmes parents, et en la circonstance, enfants du même père : Dieu. On ne choisit pas ses frères et sœurs. Par contre, il y a des implications relationnelles inhérentes au statut de frère et sœur. Que je le veuille ou non, mes frères et sœurs de sang font partie de ma famille. Et cela sera le cas jusqu’au bout de notre vie : c’est une donnée qui s’impose à nous. Suis-je toujours d’accord avec ma sœur de sang ? Pas du tout ! Y a-t-il déjà eu des étincelles entre nous ? Plus d’une fois ! Et pourtant, elle est ma sœur, je suis son frère. Et ce simple état de fait crée du relationnel entre nous. Tous les frères et sœurs ont un lien mutuel, même s’ils ne l’entretiennent pas, et même s’ils considèrent qu’il n’y en a plus.

Dans toutes les églises, il y a des frères et sœurs qui sont plus compliqués à assumer que les autres
Dans toutes les églises, il y a des frères et sœurs qui sont plus compliqués à assumer que les autres. Vous savez, ces gens vers lesquels on n’aurait aucune raison d’aller spontanément : ceux qui critiquent, ceux qui ne font rien comme nous, ceux qui sont lents à comprendre, ceux qui se plaignent tout le temps, ceux qui répètent tout aux autres… Je suis peut-être un de ceux-là d’ailleurs aussi pour certains de mes frères et sœurs. L’église est un vrai melting-pot de gens différents : de par les âges, les cultures, les conditions sociales, les parcours de vie, les situations familiales et professionnelles, et  bien sûr les caractères. Et pourtant, tous ces gens se reconnaissent pour frères et sœurs, pour enfants du même Père. Et puis il y a la famille élargie : les frères et sœurs des églises d’à côté : ceux qui ne pensent pas tout à fait comme moi, qui ne s’adressent pas à Dieu exactement comme moi.

Être frères et sœurs n’est pas un gage d’une parfaite entente. J’ai 3 enfants, qui ont entre 7 et 10 ans. L’autre soir, en priant avec eux, l’un d’eux m’a dit :

« Moi papa, je dis amen pour tout, sauf pour le moment où tu as dit « merci pour notre famille. »

Cette remarque a permis d’ouvrir une discussion sur la famille : qu’est-ce que c’est ? à quoi ça sert ? Et chacun de mes 3 enfants s’est mis à réagir. Ils étaient tous les 3 d’accord sur un point : leurs frères et sœurs étaient nuls, pénibles, casse-pieds. Bref : ils n’étaient pas comme ils voudraient, et surtout, ils n’étaient pas comme eux.

La famille donne l’occasion de rencontrerMais la famille en général, et les frères et sœurs en particulier, donnent cette occasion de pouvoir rencontrer, dans un cadre commun, des personnes au contact desquelles on va apprendre à jouer ensemble, à écouter, à confronter nos différences, à défendre un avis, à accepter d’avoir tort, à laisser de la place pour l’autre, à partager, à constater que l’autre a des besoins différents de moi, et à respecter cela.

Un assemblage de personnes imparfaitesCe que mes enfants apprennent au contact les uns des autres, c’est ce que les frères et sœurs des églises apprennent ensemble aussi. L’église, comme la famille, est un laboratoire de relations humaines. C’est un assemblage de personnes imparfaites, qui grandissent au contact de l’autre, différent.

Si je suis prêt à tenter l’expérience de rencontrer l’autre, de le découvrir, alors mon frère, ma sœur, va m’aider à grandir. Avant d’être quelqu’un qui doit me ressembler, il est d’abord celui qui me permet, dans un environnement commun, de passer de la théorie à la pratique. Il me permet de m’exercer à la pratique du pardon, de l’écoute, de la compassion.

Considérer l’autre comme frère, c’est me donner une opportunité pour grandir, tout en donnant l’opportunité à l’autre de grandir.

Pascal Portoukalian
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