Des funérailles systématiques après une fausse couche ou un avortement au Texas

A partir du 19 décembre, les hôpitaux du Texas devront incinérer ou inhumer les restes de fœtus ou d’embryons, quelle que soit la période de gestation, en cas de fausse couche ou d’avortement, mais qui ne s’impose pas à ceux ayant lieu à la maison. La décision qui fait polémique a été prise le 28 novembre après des mois de débats.

Tous les établissements hospitaliers et les cliniques pratiquant des avortements sont concernés par la nouvelle règlementation. Pour préserver l’anonymat des femmes, aucun certificat ne sera exigé. La Commission de la santé a inscrit ce projet dans un texte plus large sur les déchets médicaux dont il dit qu’il aura pour conséquence « une protection renforcée de la santé et de la sécurité du public ».

Cette mesure, qui intervient après des mois de consultation publique, d’audiences et plus de 35 000 commentaires présentés aux responsables de la santé depuis juillet, agace les partisans du droit à l’avortement qui affirment y voir une tentative de le restreindre dans les faits. David Brown, avocat du Centre pour les droits reproductifs déclare que la règle est « un fardeau inutile et une intrusion » dans les croyances personnelles des femmes. Pour le Gouverneur, le républicain Greg Abbot, qui a approuvé le texte, les restes fœtaux ne devraient pas être « traités comme des déchets médicaux et jetés dans les décharges ».

Une opposante à ce règlement a déclaré qu’elle avait eu recours à l’avortement suite à un viol, et que si elle avait dû inhumer le fœtus, elle aurait eu le sentiment de frotter son visage dans l’agression subie. D’autres objections mentionnent le coût qu’engendrerait cette pratique qui pourrait représenter dans chaque cas plusieurs milliers de dollars aux hôpitaux ou aux centres d’avortement. Le porte-parole du ministère de la santé affirme, lui, que les évaluations permettent de dire qu’il n’y a pas de surplus de dépense : « Bien que les méthodes décrites dans la nouvelle règlementation puissent avoir un coût, il devrait être compensé par la suppression des dépenses actuelles pour les installations relatives au transport, au stockage, à l’incinération, à la désinfection à la vapeur ou à l’élimination des décharges. »

La mesure rencontre aussi des avis favorables, et, par exemple, une femme ayant fait une fausse couche déclare qu’elle avait rencontré beaucoup de réticences lorsqu’elle avait voulu donner une sépulture à son fœtus.

Dans d’autres États, il existe également des textes règlementant la question. Le Dakota du Sud a interdit l’utilisation scientifique des tissus de fœtus avortés, et dans l’Idaho et l’Alabama, il est illégal d’acheter, vendre, donner ou faire des expériences sur les embryons ou les fœtus avortés ou issus d’une fausse couche.

Pire que la souffrance, la négation de la souffrance

En dehors de la polémique sur l’avortement, cette décision permet à des parents qui ont perdu un enfant dont ils attendaient la naissance de mieux faire leur deuil. A la souffrance de la perte, s’ajoute une autre blessure, le traitement de fœtus ou de l’embryon comme un déchet médical. Ainsi, alors qu’ils ont pu voir au moyen de l’échographie l’enfant espéré, la même médecine qui leur permet l’accès à ces images leur refuse la possibilité d’un adieu quelque peu formel à l’enfant pour lequel ils préparaient leur vie. En quelque sorte, c’est là nier que le couple – ou la femme seule – ait vraiment perdu un enfant, un deuil d’autant plus lancinant que l’enfant n’a pas été vu, ou que par très peu de gens, et qu’il est difficile de vraiment faire comprendre cette perte, comparée à celle d’un enfant qui a été emporté alors qu’il avait déjà respiré.

En refusant de traiter l’embryon ou le fœtus comme un déchet anatomique, la nouvelle règlementation ne tient pas compte de la notion de projet parental, puisque l’enfant conçu doit avoir une sépulture, que sa mère ait souhaité ou non mener la grossesse à son terme. L’intention d’avorter ne préjuge donc pas, selon ce règlement, de la nature de l’embryon ou du fœtus. En revanche, ce texte conforte ceux qui souhaitaient une reconnaissance de leur parentalité échouée. L’absence de seuil de viabilité requis permet également de mieux faire son deuil même si l’embryon n’avait que quelques poignées de jours.

Hans-Søren Dag

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