Le futur maire de Rio veut ceindre sa ville comme Jérusalem pour la sécuriser

« Rio de Janeiro devrait être emmurée comme l’est Jérusalem. » Cette phrase sentencieuse est de Marcelo Crivella, l’homme qui s’installera dans le fauteuil de maire de la métropole le 1er janvier prochain. L’homme politique, par ailleurs pasteur évangélique, n’a jamais fait mystère de sa passion pour la cité antique de Jérusalem ; le voici donc désormais inspiré par l’architecture sécuritaire de la Jérusalem moderne. La violence au Brésil avait eu un retentissement international il y a quinze ans suite à l’assassinat du célèbre navigateur néo-zélandais Peter Blake. Rio, la ville à la statue du Christ Rédempteur, n’est pas exempte de cette criminalité qui sévit dans le pays.

Les propos de l’élu carioca ont été tenus dans le cadre d’une rencontre entre responsables chrétiens et juifs au Centre culturel Jérusalem, le 21 novembre dernier. Dans cette annexe d’une grande église, se trouve une immense maquette de 736 mètres carrés de la ville de la ville juive au premier siècle, référencée sur le site de conseils touristiques TripAdvisor. Crivella estime qu’un mur pourrait préserver la métropole de la violence qui la secoue. « Nous vivons une crise morale profonde », a-t-il déclaré pour légitimer son souhait d’étanchéité urbanistique.

La région de Rio, un bain de violence près des célèbres plages d’Ipanema ou Leblon

Rio de Janeiro a particulièrement fait les titres des médias ces derniers mots, et pas seulement à l’occasion des Jeux olympiques qui ont apporté davantage de soucis de sécurité, avec une hausse de 81% des vols directement sur les personnes au mois de juin et même l’agression à l’arme blanche du ministre de l’Enseignement du Portugal. En mai, une trentaine d’hommes y avaient violé une fille de 16 ans et diffusé le film des outrages sur Internet. Au début du mois dernier, des échanges de tirs ont eu lieu en pleine zone touristique entre la police et des trafiquants de drogue près des quartiers Copacabana et d’Ipanema, tout près de favelas, les vendeurs avaient attaqué les forces de l’ordre. A cette criminalité violente, il faut ajouter la prostitution qui a augmenté dans l’agglomération durant les Jeux olympiques, des travailleuses du sexe essaimant de tout le pays pour espérant s’en sortir en gagnant beaucoup d’argent en peu de temps.

« Être agressé à Rio n’a jamais été aussi simple »

« Être agressé à Rio n’a jamais été aussi simple », titrait l’hebdomadaire le plus lu du pays, Veja, en mars 2014, qui donnait des chiffres accablants pour l’État de Rio, plus large que la ville : 13 876 vols qualifiés en janvier de cette année-là, soit 30 % de plus qu’à la même époque, sept ans plus tôt ; 6 490 personnes ont été agressées dans la rue le premier mois de l’année, une hausse de 368% par rapport à la même période en 2004 ; ou encore, il y avait 469 homicides, toujours en janvier 2014, contre 397 douze mois auparavant. C’est cette violence que veut prévenir le futur édile, Marcelo Crivella. Le modèle de Jérusalem n’étonne pas chez lui.

Crivella assure avoir déjà été une quarantaine de fois en Israël, et il y a également fêté son élection survenue le 30 octobre dernier.

Crivella assure avoir déjà été une quarantaine de fois en Israël, et il y a également fêté son élection survenue le 30 octobre dernier. Ce neveu du fondateur de l’Église Universelle du Royaume de Dieu (EURD), qui compte plus de cinq millions de fidèles dans le monde et possède l’une des principales chaînes de télévision du Brésil, Tv Record, avait inauguré en 2008 la fameuse grande maquette de la Jérusalem de l’époque du Christ. Celui qui était alors candidat au poste de maire et allait échouer, avait présenté devant des membres du Gouvernement de l’État de Rio, des maires de l’État ainsi que l’ambassadeur d’Israël au Brésil une réplique à taille réduite de la ville sainte dans le Centre culturel Jérusalem, annexe d’un temple de l’EURD, au terme de huit années de construction. L’an passé, il a à nouveau donné l’occasion de voir cet ouvrage à la télévision, avant de chanter avec une chorale Sou Israel (Je suis Israël) dans une émission du deuxième réseau de chaînes télévisées du pays, non religieuse (voir la vidéo de 3 minutes 16 à 9 minutes 15).

Le choix des mots et le précédent « Bush »

Le mur de Jérusalem, que prend en exemple Crivella, n’entoure pas vraiment la cité, une partie de la séparation se fait par des contrôles policiers. C’est peut-être le principe de distinction que retient le futur maire en parlant symboliquement de mur ceignant la ville. La passion immodérée de Marcelo Crivella pourrait faire dire qu’il veut imiter sur le plan sécuritaire un modèle lié à son imaginaire affectif et religieux, ce qui pourrait être vrai comme faux.

Lorsque le Président américain George W. Bush parla de croisade pour qualifier la guerre contre al-Qaïda, le choix des mots scandalisa et fit dire qu’il entendait convertir par les armes, d’autant plus que, comme Crivella, il revendiquait ouvertement être un chrétien born again. Cependant, le chef de l’État américain se situait alors dans la veine du général Eisenhower qui avait galvanisé les troupes alliées en parlant de Grande Croisade contre l’Allemagne nazie, avant le Débarquement. Le Président Bush n’entendait pas menacer le monde musulman de croisade religieuse, des précisions diront si l’élu Crivella se laisse emporter par son amour – légitime certes, du moment qu’il ne prévaut pas sur son devoir envers sa cité et ne fausse pas ses évaluations sécuritaires – pour Israël, ou s’il a étudié de manière dépassionnée la question de la sûreté à Jérusalem.

Si Jérusalem est davantage protégée des attaques terroristes au sol – au prix d’injustices pour ceux des Palestiniens qui ne soutiennent pas ces violences et sont privés de leurs terres par un mur qui tranche sans distinction, la sécurité prévalant -, la situation de Rio est différente. Les favelas, où règnent la violence et le désespoir économique, sont imbriquées dans la ville, et les récents échanges de tirs entre des trafiquants de drogue et la police à Copacabana et Ipanema n’ont pas eu lieu entre deux peuples différents, mais entre des administrés du futur maire. Protéger les quartiers et districts aisés et touristiques de la violence venue des favelas est légitime, à condition que le maire considère également de sa responsabilité de ne pas abandonner ses administrés des quartiers les plus violents à leur sort, eux dans lesquels la police intervient parfois sans véritable discernement, tuant des innocents dans une précipitation à réduire le mal, et essayant de couvrir par la violence ses crimes.

Hans-Søren Dag

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