Le génocide arménien : une histoire arménienne ?

Le 24 avril, nous commémorons le 102ème anniversaire du génocide des Arméniens, premier peuple chrétien au monde, perpétré de 1915 à 1917 par le Gouvernement « Jeunes Turcs ». Dans de nombreuses villes, des manifestations sont organisées à cette occasion. Mais qu’est-ce que nos pays ont à voir avec cette histoire lointaine et qui commence à devenir ancienne ? Qu’est-ce qui nous rapproche ?

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Mis à part le fait que de nombreux Arméniens ont trouvé refuge en France, cette histoire ramène l’ensemble de la communauté des Humains à sa propre humanité. Il faut se rappeler qu’un génocide – qu’il vise les Arméniens, les Assyro-Chaldéens, les Juifs, les Tziganes, les Cambodgiens, les Tutsis ou hélas bien d’autres – c’est un crime contre l’humanité. Ces peuples ne se ressemblent pas nécessairement, mais ils ont quelque chose à transmettre à leurs frères et sœurs en humanité : c’est qu’ils ont été désignés indésirables uniquement pour des questions d’identité. Or, ce danger-là n’est jamais totalement écarté. Le fait de croire qu’un autre groupe n’aurait pas le droit d’exister est une tentation récurrente. Il suffira demain d’un leader charismatique, d’une propagande bien organisée avec l’appui des bons médias, d’une situation économique incertaine, pour que ces vieux démons ressurgissent. Un homme averti en vaut deux.

Assurément, l’histoire du génocide arménien ne concerne pas que les Arméniens, tout comme la catastrophe de Tchernobyl ne concerne pas que les Ukrainiens.

« Qui se souvient encore des massacres des Arméniens ? »Le deuxième intérêt de ces commémorations, c’est de rappeler que, même 102 ans après, les descendants des bourreaux ne seront pas laissés tranquilles pour les crimes commis par leurs ancêtres. Aujourd’hui, l’Etat Turc est encore dans une posture négationniste vis-à-vis de ce génocide dont il porte la responsabilité. Il continue de truquer ses livres d’histoire pour les réécrire d’une manière qui lui est favorable, en mentant à son propre peuple. Cette posture enfante une forme d’impunité chez ceux qui pourraient s’inspirer de son modèle. Lorsqu’Hitler mettait en œuvre sa politique d’extermination, il avait prononcé une petite phrase restée célèbre : « Qui se souvient encore des massacres des Arméniens ? ». Si on laisse ces événements tomber dans les oubliettes de l’histoire, alors la porte est grande ouverte pour que d’autres recommencent.

Vérité. Justice. Réconciliation.

Restaurer la vérité est un préalable indispensable pour pratiquer la justiceRestaurer la vérité est un préalable indispensable pour pratiquer la justice. Et par effet ricochet, la justice est une condition de la réconciliation. Quel est le but finalement ? Le but n’est pas que les communautés humaines continuent ce jeu absurde de se regarder en chien de faïence ou de se tourner le dos. Ca n’a pas de sens, et pourtant, cette attitude se transmet dans la plus profonde stupidité de génération en génération. Regardez le 13 avril dernier, le match de foot qui opposait les clubs de Lyon et d’Istanbul était, on le savait d’avance, un match à haut risque parce que des supporters turcs allaient venir dans le stade installé à Décines, qui est une ville de la banlieue lyonnaise abritant une très forte communauté d’origine arménienne. Et ça n’a pas manqué… Les tensions ont été très vives. Il va bien falloir qu’on arrête de transmettre ces animosités à nos enfants, parce que nous ne faisons que les empoisonner et les enfermer dans des schémas dans lesquels ils n’ont pas demandé à être.

La bonne équation se compose donc en trois points : vérité, justice et réconciliationLa bonne équation se compose donc en trois points : vérité, justice et réconciliation. C’est un cheminement indispensable. Je serai heureux le jour où je verrai Arméniens et Turcs discuter paisiblement. Il faut pour cela que la Turquie reconnaisse son tort, comme l’Allemagne l’a fait en son temps. Alors, pour paraphraser le célèbre discours de Martin Luther King, supporters turcs et supporters arméniens pourront s’asseoir dans le même stade pour profiter ensemble du plaisir d’un bon match. Et soyons fous, osons croire qu’ils pourront boire un coup ensemble, comme ils prenaient l’apéro au pays avant le génocide !

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Pascal Portoukalian
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