Génocide arménien : réalités intimes du génocide du premier peuple chrétien au monde

Turquie, 1915. Immédiatement après avoir commis son crime, l’assassin – un ami de la famille – était invité à dîner dans la famille de sa victime, encore ignorante des faits.

La jeune veuve dut continuer à élever sans mari mon grand-père et ses 11 frères et sœurs. Ma grand-mère, quant à elle, eut à se faufiler entre les cadavres et les têtes jonchant les rues. Elle pria et usa de stratagèmes avec sa mère et ses sœurs pour éviter les atrocités habituellement réservées aux femmes et aux jeunes filles en pareilles circonstances.

Mon autre grand-père noyait dans l’alcool les souvenirs cauchemardesques qui le hantaient, tandis que mon autre grand-mère mura ses traumatismes dans un silence que personne ne put jamais percer. Ils durent quitter les terres qu’ils habitaient depuis 3000 ans. Les routes de l’exil m’ont donné des cousins – dont beaucoup me sont inconnus – en divers points du globe.

Réalités intimes du génocide du premier peuple chrétien au mondeRéalités intimes du génocide du premier peuple chrétien au monde, dont nous commémorons aujourd’hui le 102ème triste anniversaire. Il y a les morts, et il y a la douleur que les survivants ont transmise par leurs récits autant que par leurs silences. Plus d’un siècle après, comme chaque 24 avril, je participe aux commémorations. Pour rappeler que, quand les corps tombaient dans les fosses, les souffrances et réalités historiques ne tomberont pas dans l’oubli. Mais aussi pour tendre la main aux descendants des bourreaux. Pour leur dire qu’ils peuvent refuser l’héritage mortifère que leur ont légué leurs ancêtres – et dans lequel leurs dirigeants actuels continuent d’ailleurs de les enfermer en niant cette tache de leur histoire. Il existe une voie qui permet la libération des uns et l’apaisement des autres.

Le pardon est une réalité qui se demande, se donne et se reçoitLe pardon est une réalité qui se demande, se donne et se reçoit : il réclame une démarche volontaire et une honnêteté avec soi-même et avec l’autre. Il n’est ni oubli, ni aveu de faiblesse. Celui qui entre dans cette démarche, qu’il soit du côté de la victime ou du côté du bourreau, a fait sa part de route et ouvre la voie pour que l’autre fasse la sienne.

J’accorde mon pardon à ton peuple pour les souffrances qu’il a infligées au mien.Rien ne sera plus comme avant, et nos histoires se construisent désormais dans nos pays et nos cultures d’accueil. Mais aujourd’hui, je tends la main aux Turcs afin qu’ils sachent que des personnes d’origine arménienne éprouvent à leur égard de l’amour et un sincère désir de paix. Parce que moi-même, j’ai été aimé sans condition et j’ai demandé et accepté de recevoir le pardon total pour mes fautes, cher(e) Turc(que), frère ou sœur en humanité, je veux apprendre à t’aimer davantage et, pour autant que tu veuilles le recevoir, j’accorde mon pardon à ton peuple pour les souffrances qu’il a infligées au mien.

Pascal Portoukalian
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