Haïti : manifestations populaires, répression violente et mutisme du gouvernement

« On va rester dans la rue pour tous les jeunes qui n’ont pas de travail, qui n’ont pas à manger. On va rester dans la rue jusqu’à ce qu’on obtienne des routes, des hôpitaux et des universités. »

Haïti est en proie depuis jeudi dernier à de vives tensions. Les manifestants réclament la démission du président Jovenel Moïse. Ils dénoncent les inégalités sociales grandissantes et la corruption systémique. Dans le centre-ville de Port-au-Prince, des centaines de manifestants s’opposent à la police, qui répond avec les armes. Mardi, près de 80 détenus se sont évadés de la prison d’Aquin, au moment où une manifestation se tenait à proximité. Les émeutes ont déjà causé la mort de 6 personnes.

Sur Twitter, les vidéos de chaos, de voitures incendiées et de pillage se multiplient.

C’est un rapport de la Cour supérieure des comptes qui a mis le feu aux poudres. Publié fin janvier, il pointe la gestion calamiteuse et les possibles détournements de fonds. Ce rapport accuse effectivement une quinzaine d’anciens ministres et hauts-fonctionnaires d’avoir détourné l’aide au développement accordée par le Venezuela depuis 2008. Pour exemple, l’une des entreprises du président se serait appropriée les fonds destinés à la construction d’une route.

Il s’agit de la troisième vague de protestations en 4 mois. Lors des élections de 2016, Jovenel Moïse avait promis « à manger dans toutes les assiettes et de l’argent dans toutes les poches ». Et ce mensonge ne passe pas, comme en témoigne Louis-Paul Vanel, un manifestant :

« Le président nous a menti. Ces promesses de nous offrir du travail pour qu’on puisse enfin avoir de l’argent pour se payer à manger, c’était du bluff. Voyez, ça fait deux ans qu’il est au pouvoir et le peuple souffre encore plus de la faim. »

Les haïtiens subissent les inégalités sociales et la corruption depuis trop longtemps. En 2011, Michel Martelly est élu à la présidence. Il a un goût pour la richesse et crée le principe de « bandit légal ». L’écart se creuse entre les riches et les pauvres. En 2016, Jovenel Moïse est élu à son tour. Il fait parti du parti PHTK, créé par Martelly. Les dépenses se multiplient pour le président et les parlementaires. Mais pas pour le peuple. En 2018, des émeutes éclatent sous fond du scandale Petrocaribe : où sont les fonds tirés de la vente du pétrole du Venezuela ? Jeanty Manis explique :

« On va rester dans la rue jusqu’à ce qu’on obtienne un procès Petrocaribe. On va rester dans la rue pour tous les jeunes qui n’ont pas de travail, qui n’ont pas à manger. On va rester dans la rue jusqu’à ce qu’on obtienne des routes, des hôpitaux et des universités. »

Depuis le 7 février, les manifestants réclament le départ du président. Mais le gouvernement reste mutique. Alors les menaces s’étendent aux « bourgeois » qui sont accusés d’avoir soutenu Jovenel :

« Si demain matin, d’ici les prochaines heures, Jovenel n’a pas démissionné, tous les bourgeois qui l’ont soutenu vont subir une casse totale, prévient-il. Qu’il vienne à la raison : le peuple qui n’a pas à manger, qui ne peut pas aller à l’école, qui est dans la souffrance, dans un misère atroce, il demande à Jovenel de partir. »

M.C.

Crédit image : Daniel-Alvarez / Shutterstock.com

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