Hoax, arnaques, fausses rumeurs, légendes urbaines et… stratégie anti-chrétienne ?

Octobre 2014 l’article d’un journal américain montre, photos à l’appui, la découverte dans les eaux de la Mer Rouge des restes de l’armée de Pharaon, preuve éclatante de la véracité du récit de l’Exode et de la réalité des fameuses plaies d’Egypte.

En 2010, une série de vidéos tournées sur le mont Ararat en Turquie, nous font découvrir l’intérieur d’une partie accessible des restes de l’Arche de Noé – épave de bois, prise dans les glaces depuis des millénaires et enfin retrouvée par une équipe chinoise. Un film retraçant cette découverte majeure des restes de l’Arche de Noé est réalisé et projeté aux USA et en Australie. Une version française de ce document exceptionnel est prévue. En France le Figaro, parmi beaucoup d’autres, s’en fait l’écho.

Il y a bientôt 20 ans, on s’en souvient encore, un journaliste américain a fait grand bruit en publiant coup sur coup deux livres sur le Code secret de la Bible. Il a mis en évidence un moyen fantastique de décrypter le futur à partir du texte hébreu original. Ont suivi des milliers d’articles sur la toile, avec l’arrivée d’une nouvelle lignée de « spécialistes du texte biblique », fraîchement convertis à l’hébreu , qui vont tenir leur auditoire en haleine à coup de découvertes époustouflantes. On tient enfin la preuve mathématique de l’inspiration littérale de la Bible, et par la même occasion le moyen de « décrypter » l’histoire – sans même l’avoir étudiée.

Plus récemment, est réapparu l’article d’un célèbre « chercheur » américain qui a découvert, sous le rocher du Golgotha à Jérusalem, à proximité du jardin de la Tombe, la présence de l’ancienne Arche de l’Alliance. La découverte extraordinaire de cet Indiana Jones, montre même, vidéo à l’appui, la crevasse par laquelle le sang de Jésus a suinté jusque sur l’Arche de l’Alliance, qu’il a découverte sous terre exactement à cet endroit, quelques mètres juste sous la croix. Fabuleux !

Bien sûr, à chaque fois – et nous pouvons facilement le comprendre – de nombreux chrétiens se réjouissent de ces découvertes, les relaient, et parfois font même le buzz ! On imagine facilement les explosions de rire des auteurs de certaines de ces inventions. Rendez-vous compte : leurs canulars ont été pris au sérieux par des cohortes de croyants – croyants « crédules » – qui les ont même relayés sans autre vérification ni forme de procès. Dur, dur !

L’histoire pourrait s’arrêter là, si la multiplication de ce genre de rumeurs ne suivait pas parfois de près, ou masquait même totalement, de véritables découvertes. Moins spectaculaires, mais non moins importantes. Quoi de mieux que de crier au loup, pour s’assurer que personne ne prêtera attention au loup lorsqu’il viendra vraiment !

Tout le monde connaît l’histoire. Il se pourrait bien qu’on se trouve face à un phénomène du même genre, visant à dégoûter les croyants de toute recherche honnête qui pourrait appuyer la véracité de l’Ecriture. Le danger à plus ou moins long terme est alors évidemment de sombrer dans une spiritualité sans fondement, une foi mystique, désincarnée, déracinée de toute réalité factuelle et conduisant alors inévitablement au chaos et donc à terme à la disparition pure et simple de la foi au Dieu de la Bible.Comme réalisateur de documentaires en rapport avec la foi chrétienne, et plus simplement comme croyant, je me suis intéressé d’assez près à certains de ces faits, indépendamment de la parution de ces canulars, parfois des années avant qu’on n’en parle. Cette succession de fausses rumeurs, m’a conduit à me poser quelques questions assez troublantes.

Les restes des soldats de Pharaon

Il faut évidemment ne pas connaître grand-chose à l’archéologie et à la biologie pour s’imaginer qu’on puisse retrouver les restes de centaines de cadavres, qui ont séjourné dans l’eau pas moins de 35 siècles. Pour le coup ce serait un miracle de conservation tout aussi impressionnant que celui du passage de la Mer Rouge !

Mais, au-delà du canular, qui a certainement refroidi pas mal d’ardeurs de ceux qui s’intéressaient à l’archéologie biblique et aux livres de Moïse, des études très sérieuses continuent à être menées. Les investigations se poursuivent sur les lieux possibles de traversée de « la mer des joncs » et les itinéraires qu’ont pu suivre les fils d’Israël après avoir quitté l’Egypte. Des explorations sous-marines ont effectivement été menées dans la langue de mer du Golfe d’Aqaba, et certaines découvertes de vestiges intéressants – découvertes qui devront être validées – ont été réalisées. On a également retrouvé de vieilles inscriptions dans le désert qui présentent des similitudes frappantes avec le texte relatant les plaies rapportées par la Bible. Les études des monts avoisinants ont permis de faire des suppositions très intéressantes sur la localisation de certains événements relatés dans l’Exode.

Bref, la recherche avance.

Mais comme toute recherche, elle est souvent lente, elle doit être validée à chaque étape et elle conduit parfois à des impasses. Mais cette recherche existe et a passablement déblayé le terrain en fournissant de nouvelles informations. Mais qui s’en souciera, puisque désormais chacun se tiendra à distance respectueuse de toute nouvelle « découverte ».

Chat échaudé craint l’eau froide » dit le proverbe (ne cherchez pas la référence biblique :))

Les restes de l’Arche de Noé sur l’Ararat

Lorsque les premières vidéos sont apparues sur Youtube, j’ai commencé à me renseigner, et en quelques semaines j’ai pu entrer en contact avec l’équipe taïwanaise de production du film. Le film étant alors en cours de montage, j’ai engagé les négociations afin de connaître les conditions de réalisation d’une version française – au cas où le film « tiendrait la route ».

Pour ses auteurs, il s’agissait d’un document tellement énorme qu’il allait faire l’objet de nombreuses diffusions sur toute la planète. Il leur fallait garder le contrôle de cette « bombe » archéologique. Une part de mystère m’empêchait d’avoir un accès direct aux informations les plus élémentaires.

Il faut préciser que la question m’intéressait depuis des années. A l’époque de l’enquête « Sur les traces de l’Arche de Noé » réalisée par un producteur américain, j’avais déjà réuni une certaine somme de documents sérieux sur la question. J’avais rencontré personnellement James Irwin, le célèbre astronaute qui avait marché sur la lune et avait lancé une série d’expéditions sur l’Ararat. Il m’avait confié que les photos qu’il avait pu prendre des vestiges vus sur l’Ararat étaient intéressantes, mais insuffisantes. Il restait un scientifique, et même si ce qu’il avait vu l’avait convaincu personnellement, il savait qu’il faudrait réunir davantage d’éléments pertinents.

Bref, quand l’équipe de production m’a enfin envoyé la version anglaise du film, vous imaginez ma hâte. Il ne m’a pas fallu plus de 5 minutes pour comprendre qu’il s’agissait d’un faux. Malgré le grand renfort d’images de synthèses, d’effets spéciaux et de déclarations enthousiastes des « acteurs », il était évident que c’était une énorme supercherie. Les ficelles étaient un peu trop grosses. Des semaines d’investigations et le résultat d’enquêtes des scientifiques sollicités au départ du projet, m’ont confirmé par la suite la triste réalité.

Quelqu’un avait osé créer un faux de toutes pièces, avec une audace incroyable, conférences de presse, plan de communication etc. Incroyable et pourtant vrai. Cette nouvelle aventure m’a fait prendre conscience, avec une acuité nouvelle, des manœuvres ténébreuses bien réelles mises en action pour fourvoyer et décourager les vrais croyants. Terrifiant.

Depuis cet épisode malheureux, plus personne n’ose évoquer la possibilité d’une nouvelle expédition sur l’Ararat, plus aucun article mentionnant les coordonnées GPS des pièces de bois retrouvées auparavant, ou de datation radiométrique d’échantillons intéressants ou… plus la moindre trace d’examen des récits d’éventuels témoins oculaires.

Circulez, on vous dit.

Il n’y a plus rien à voir.

Le cas Drosnin et les Codes de la Bible

Lorsque trois mathématiciens israéliens publièrent leur article dans la revue Statistical Science, en 1994, je m’intéressais déjà depuis longtemps à ce genre de phénomène. J’avais même alors rédigé une réfutation, sur un plan strictement mathématique, des « découvertes » d’Ivan Panin, lettré russe qui annonçait avoir démontré l’inspiration littérale du texte biblique à partir des gématries et autres valeurs numériques. Pourtant, même si les faiblesses de son approche était patentes (il ne connaissait visiblement pas grand-chose aux statistiques et aux probabilités) je restais persuadé que nous ne prenions pas le problème par le bon bout.

Mais personne ne semblait savoir sous quel angle il fallait l’attaquer. Puis arriva cet article. Cette fois il s’agissait d’une vraie publication, dans une vraie revue. Intéressant. Ces mathématiciens avaient également publié un livre, mais il était en hébreu… J’en obtins une copie et en fis faire une traduction. Très intéressant, mais difficile à mon niveau d’en tirer une conclusion claire.

Puis arriva Drosnin, journaliste américain qui avait flairé le filon et rédigea un best-seller où il mélangeait joyeusement un peu tout, flirtant avec l’ésotérisme, les extra-terrestres et toute la panoplie d’ingrédients nécessaires à un livre qui se vend bien.
Et le livre s’est bien vendu.

Il s’en est suivi une énorme polémique, une collection d’excès dans tous les sens, de prises de position extrêmes. Tellement éloignées de l’état d’esprit des trois auteurs israéliens, qui furent dépités de la tournure que prirent les événements. Ils ne voulaient plus répondre à aucune interview et se sentaient piégés. Je n’ai alors pu obtenir qu’un seul courrier de leur part.

Cette fois encore, la recherche a été court-circuitée. Désormais ceux qui continuent à chercher dans ce domaine, ce qui nécessitera peut-être le développement de nouvelles théories mathématiques, en sont réduits à la plus stricte discrétion. Comme me le confiait un scientifique qui s’était intéressé à la question : il y a certainement là quelque chose, mais nous n’avons pas encore les outils mathématiques pour le mettre en évidence.

La découverte de l’Arche de l’alliance sous le Golgotha

Ici c’est évidemment beaucoup plus simple puisque le « chercheur » en question n’a jamais été archéologue et n’a jamais reçu la moindre autorisation des autorités israéliennes de faire la moindre fouille… Ce qui est confirmé par les responsables (britanniques) du lieu en question.

Pourquoi alors inventer une telle histoire ? Et pourquoi mettre sur le Web une vidéo, totalement floue, complétée par un dessin de « la cavité renfermant l’Arche » qu’un enfant de 10 ans aurait pu faire ? Je n’ai pas vraiment d’explication. Et bien sûr cet « archéologue » passe totalement sous silence la question de la localisation du Golgotha. Ceux qui connaissent la question ne peuvent que se rendre compte de la folie d’une pareille affirmation….

Tout cela ressemble fort à une entreprise planétaire – dont les protagonistes sont certainement inconscients – de pollution et de désarmement spirituel des chrétiens. Heureusement, pendant ce temps, de nouvelles découvertes archéologiques viennent accréditer les déclarations de la Bible.

Comme celles réalisées ces dernières années dans la Cité de David, site archéologique au sud des murailles de la vieille ville de Jérusalem. Vous ne connaissez pas ? Ah bon ?? C’est vrai que de celles-là, personne n’en parle. Dommage.

Alors allez-y, vous m’en direz des nouvelles !

Article sur la découverte des restes d l’Exode WorldNewsDailyReport : worldnewsdailyreport

Article du Figaro sur la découverte de l’Arche de Noé : lefigaro

Patrick Vauclair, réalisateur

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