« J’étais enseignante dans un camp de concentration » : La vie des Ouïghours dans les camps de transformation par l’éducation

« Là aussi, l’enseignement a été une expérience déchirante. Les élèves étaient silencieux, comme des poupées en sourdine. Des rangées et des rangées de têtes pâles et maigres étaient toutes inclinées, comme si elles étaient reliées les unes aux autres par une corde invisible, leurs yeux effrayés témoignant de leurs expériences infernales. »

Qelbinur Sidik, femme ouïghoure âgée de 52 ans, avait enseigné pendant près de 30 ans avant d’être nommée par les autorités dans un camp de transformation par l’éducation. Elle devait y enseigner le chinois à des « Ouïghours analphabètes ».

Dans le cadre du Uyghur Human Rights Projec, et alors qu’elle est en sécurité aux Pays-Bas, Qelbinur Sidik témoigne de ce qu’elle y a vu, auprès de Zubayra Shamseden, coordinatrice de ce projet. Ses propos sont partagés sur le site Bitter Winter, magazine sur la liberté religieuse et les droits de l’homme.

Zubayra Shamseden commence en précisant qu’il s’agit d’une « interview traumatisante, reflétant les horreurs indicibles dont elle a été témoin ».

Qelbinur décrit les lieux, un bâtiment de plusieurs étages « entouré de hauts murs grillagés », sécurisé par des « gardes armés », une salle de classe, dont les fenêtres sont « équipées de barres de fer » et où sont disposées des centaines de petites chaises, surveillée par des caméras disposées tout autour de la pièce.

Puis elle témoigne de son « deuxième choc », la première fois qu’elle a vu ses étudiants, « pâles, épuisés », « leurs yeux enfoncés ». Zubayra précise, « il lui semblait qu’ils avaient fait face à une immense horreur ». Tous portent un uniforme gris et un gilet orange au dos duquel apparaît un numéro, l’identifiant de l’élève. C’est par ce numéro que Qelbinur devait interpeller ses élèves.

Au sujet de ses premières heures de cours, elle décrit une leçon « insupportable et inoubliable ». Elle se souvient d’un élève qui pleure, au fond, mais à qui elle ne doit pas s’adresser. Qelbinur comprendra rapidement que ses élèves ne sont pas analphabètes comme on lui avait annoncé. Elle parle d’érudits religieux, d’imams, d’universitaires ou encore de riches hommes d’affaires, de personnes âgées. Elle parle également de ceux qu’elle n’a jamais revus.

L’enseignante ouïghoure a ensuite été transférée dans un camp pour femmes à Urumchi. Il s’agit d’un bâtiment de 6 étages. Chaque étage contient une vingtaine de cellules qui abritent chacune 20 à 30 détenues. Dans la salle de classe, des centaines d’élèves assises sur de petites chaises, mais Qelbinur n’aperçoit que les 3 premières rangées d’entre elles à cause de l’obscurité de la pièce. Elle est quant à elle dans « une boîte en métal en forme de cage » pour l’isoler des élèves.

Zubayra relate ainsi les propos de Qelbinur :

« Là aussi, l’enseignement a été une expérience déchirante. Les élèves étaient silencieux, comme des poupées en sourdine. Des rangées et des rangées de têtes pâles et maigres étaient toutes inclinées, comme si elles étaient reliées les unes aux autres par une corde invisible, leurs yeux effrayés témoignant de leurs expériences infernales. Certains jours, elle a remarqué des jeunes filles incapables de s’asseoir sur la petite chaise, comme si s’asseoir était douloureux et que se tenir debout était insupportable. »

Qelbinur témoigne « des tortures et des viols systématiques, des privations de nourriture, des privations de sommeil et d’étranges injections ». Elle se dit « hantée par les visages et les yeux sans vie des victimes impuissantes et brutalisées ».

M.C.

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