Au Kenya, une nouvelle attaque ciblée d’al-Shabbaab tue six chrétiens

La milice islamiste somalienne al-Shabbaab a encore frappé en territoire kényan le 6 octobre dernier, ciblant une fois de plus les chrétiens dans son assassine discrimination. Les djihadistes ont revendiqué l’attaque qui a fait six morts.

Après le raid meurtrier dans la région de Mandera près de la frontière avec la Somalie, al-Shabbaab a annoncé sur ses propres ondes être l’auteur de l’attaque, décrite par elle comme « planifiée » et ayant « permis de tuer des chrétiens ». La finalité de cet acte terroriste est de faire partir les chrétiens d’une région majoritairement musulmane dans un Kenya dont entre 70 et 80% des habitants se revendiquent du christianisme et un peu plus de 10% de l’islam.

Un site de télécommunications a par ailleurs également été attaqué, mais le commissaire du comté de Mandera, Fredrick Shiswa, l’explique par la volonté des shebab de faire diversion. Les assaillants ont pris le bâtiment où habitaient les chrétiens en recourant à la grenade avant de les abattre. Pour le chef de la police, l’action a été si bien exécutée qu’elle ne pouvait qu’avoir été préparée depuis longtemps. L’un des 27 habitants qui ont eu la vie sauve, Sadiq Sharif, s’étonne que les islamistes aient osé attaquer le complexe résidentiel situé à proximité d’un poste de police.

Al-Shabbaab est une organisation islamiste somalienne dont le nom signifie « Jeunesse » et qui cherche à prendre le pouvoir dans son pays et y imposer partout la charia comme elle a pu le faire dans le centre et le sud. Selon les sources, le nombre de ses membres varie entre 5 000 et 9 000 membres. Parmi les attaques qui ont le plus fait parler d’elle dans le monde, il y a celle menée à l’intérieur du centre commercial Westgate au Kenya, le 21 septembre 2013, au cours de laquelle 61 civils et 6 policiers furent tués. Elle est actuellement combattue en Somalie par l’armée gouvernementale soutenue par les États-Unis, l’Éthiopie, l’Ouganda et le Burundi, Djibouti et la Sierra Leone ainsi que par le Kenya.

Les pays prêtant main forte à l’armée somalienne sont regroupés sous le nom de Mission de l’Union africaine en Somalie ou AmiSom, un ensemble fort de 22 000 hommes. Le Kenya est entré en guerre contre les shebab en octobre 2011 et a lancé l’opération Linda Nchi (protéger le pays) suite aux incursions des shebab derrière sa frontière, pour notamment enlever des ressortissants étrangers, humanitaires ou touristes, des rapts que niait le groupe islamiste – l’autre motif serait la volonté de Nairobi de transformer en zone tampon le Jubaland, cette région dans le sud de la Somalie qui était kényane avant d’être attribuée par les Britanniques à la Somalie alors italienne en 1925, pour remercier Rome de son soutien lors de la Première Guerre mondiale. Bashir Rage, un porte-parole d’al-Shabbaab, avait alors menacé le voisin de représailles :

« Nous viendrons au Kenya si vous ne retournez pas en arrière. Ne laissez pas le feu de la guerre venir embraser votre propre pays. » Jusque là, les shebab étaient actifs au Kenya pour y soigner leurs blessés, recruter et trouver des ressources financières, ce qui, couplé aux enlèvements susceptibles de détourner la manne touristique du pays, était devenu intolérable pour Nairobi. Depuis les shebab mènent des raids au Kenya et ciblent les chrétiens et les autorités.

Al-Shabbaab et la discrimination dans le terrorisme au Kenya

Lors de l’attaque de centre commercial Westgate, fréquenté par touristes occidentaux, les islamistes shebab avaient trié entre les musulmans et les supposés chrétiens. D’après les témoignages des survivants, renforcés par celui d’un policier, les assaillants avaient interrogé les gens avant de trancher : s’ils étaient musulmans, ils pouvaient s’en aller ; s’ils étaient chrétiens, ils étaient assassinés. Gonflant ses chiffres pendant la prise du Westgate, al-Shabbaab avait communiqué sur Twitter : « Depuis notre dernier contact, les moudjahidin à l’intérieur du centre commercial nous ont confirmé avoir tué plus de 100 kouffar du Kenya et la bataille est en cours », « kouffar » signifiant « infidèles » dans un sens péjoratif. En pénétrant dans le bâtiment, les militaires et médecins kenyans avaient découvert des enfants poignardés, des visiteurs aux yeux crevés ou énucléés, aux doigts arrachés avec des pinces, des hommes émasculés. D’autres personnes, égorgées d’une oreille à l’autre, avaient été précipitées du troisième étage.

Le 2 avril 2015, les shebab avaient massacré 142 étudiants à l’université de Garissa, retenant les chrétiens sur place tandis que les musulmans pouvaient s’en aller. Trois militaires et trois policiers avaient également trouvé la mort en affrontant les islamistes. Les islamistes avaient tué les étudiants en se réjouissant : « Cela va être de bonnes vacances de Pâques pour nous. » Les étudiants devaient ramper dans des mares de sang ou appeler leurs parents, avant d’être abattus, pour que ces derniers demandent au Gouvernement de retirer ses troupes de Somalie. En novembre 2014, al-Shabbaab avait discriminé parmi la soixantaine de passagers chrétiens d’un bus près de Mandera et assassiné les 28 chrétiens d’entre eux.

Le mouvement islamiste souhaite embraser le Kenya en instrumentalisant les tensions religieuses entre chrétiens et musulmans. En 2007, suite à la défaite du candidat Raila Odinga qui, bien que de religion chrétienne, avait secrètement signé un accord avec les musulmans qui demandaient l’islamisation de la Constitution, le pays avait sombré dans la violence, et des musulmans avaient attaqué les partisans du Président Kibaki, allant jusqu’à brûler une cinquantaine de fidèles protestants dans leur église ; ceux qui parvenaient à sortir de l’édifice étaient tués à la machette.  Nombreux sont les Somaliens vivant au Kenya et les musulmans radicalisés qu’al-Shabbaab espère entraîner dans un conflit avec le Gouvernement et les chrétiens. En novembre 2013, inquiets de voir la menace grandir, des pasteurs avaient réclamé le droit pour les chrétiens de défendre les églises avec des armes.

Une lueur d’espoir, toutefois, a été entrevue lorsque, fin décembre 2015, les passagers musulmans d’un bus attaqué par les shebab ont refusé d’être séparés des chrétiens. « Tuez-nous tous ou laissez nous tranquilles ! », ont osé les musulmans. Croyant entendre la police arriver, les islamistes se sont enfuis. Le geste de solidarité a fait dire au ministre de l’Intérieur, Joseph Nkaisser : « Ces musulmans ont envoyé un message très important d’unité, disant que nous sommes tous Kényans et que nous ne pouvons pas être séparés par l’Homme. » Un appel au refus de discrimination dans le crime qui est la principale arme morale d’un pays dont la devise est « Travaillons ensemble » pour ne pas faire le jeu des shebab.

Hans-Søren Dag

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