La « déroutante standing ovation » d’un pasteur coupable d’abus sexuel sur mineur, lors de son repentir public

Le phénomène mondial #MeToo n’aura échappé à personne. Pas une semaine ne passe sans une révélation d’abus dans le milieu du cinéma, de la télévision, du sport, de l’entreprise…

Cette semaine, la gymnaste chrétienne médaillée olympique Simone Biles a rejoint le mouvement en révélant au public que son ancien médecin d’équipe, Larry Nassar avait abusé d’elle et de plusieurs de ses équipières. Plus troublante encore est la révélation au grand public de l’agression d’une adolescente de 17 ans par son pasteur stagiaire, alors qu’il s’était proposé de la raccompagner après une réunion. Le pasteur Andy Savage a reconnu les faits qui lui sont reprochés et a demandé pardon devant l’église qui a salué son geste par une très controversée standing ovation.

Ed Stetzer, directeur exécutif du Billy Graham Centre, a dénoncé cette ovation « déroutante » dans une tribune publiée sur Christianity Today. Selon lui, la victime devrait toujours être le centre de notre attention dans une affaire d’abus, et non le coupable, fusse-t-il repentant. Par ailleurs, l’histoire racontée par le pasteur ne correspond pas à la version de la jeune fille aujourd’hui adulte. La victime avait été marginalisée par l’église, alors que le pasteur a été réhabilité.

« Nous ne devons jamais protéger les « abuseurs » dans nos églises. Nous devons protéger les victimes. »

Au moment des faits, le pasteur Savage, 22 ans, avait contraint Jules Woodson, alors âgée de 17 ans à participer à un acte sexuel dans sa voiture. Il s’en était immédiatement excusé, demandant à la victime de garder le silence pour préserver son ministère, ce qu’elle a fait jusqu’à aujourd’hui. S’il a admis les faits à ses responsables spirituels de l’époque,  Andy Savage en nie aujourd’hui une partie, estimant que Jules était consentante.

Jules Woodson, victime au sein de son église, Simone Biles, chrétienne victime dans le milieu du sport… Et combien d’autres ?

Les sordides histoires d’abus sexuels sont bien souvent la conséquence des mêmes mécanismes : les victimes sont aux mains d’hommes plus puissants ayant de l’ascendant, elles en retirent parfois une « gratification » (promotion, avancement…), et les coupables peuvent user de leur force physique quand les ressorts de la peur, de la manipulation ou de la persuasion ne suffisent plus.

Comment les chrétiens, de manière individuelle ou en tant qu’Église, peuvent réagir face à de telles révélations ou de tels comportements au sein de l’église et dans leur entourage ?

Selon le pasteur Ed Stetzer, il y a 3 choses à ne pas négliger.

1. Ne laissons pas la culture et la société affecter notre compréhension de la valeur que Dieu accorde aux femmes

Ne laissons pas les schémas de pensées toxiques s’infiltrer dans nos communautés et changer la façon dont nous comprenons le rôle prévu par Dieu pour les femmes. Ne minimisons pas les faits, ne les acceptons pas comme quelque chose de « normal », « contextuel » ou pire, « mérité ».

2. Ne permettons pas à un seul homme de posséder un pouvoir absolu au sein de l’église

Le ministère pastoral est parfois mis en place de manière à ce que le pasteur ait « les pleins pouvoirs ». Le leader charismatique incontesté ne rend plus de comptes à personne. Le résultat d’un tel mode de leadership est « systématiquement catastrophique ».

3. Écoutons et soutenons les victimes

Nos églises doivent être des refuges sûrs pour ceux qui ont été victimes et maltraités, sans jamais minimiser ou étouffer les faits. Nous sommes appelés à défendre les marginalisés, les maltraités, les brisés, et à soutenir toutes les femmes dont la vie a été bouleversée par les abus.

Dieu aime la justice, comme le dit Paul dans l’épître aux Romains, « Car le royaume de Dieu, ce n’est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit ».

Nulle créature n’est cachée devant lui, mais tout est à nu et à découvert aux yeux de celui à qui nous devons rendre compte.
Hébreux 4:13

H.L.

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