La filière ski assommée par le maintien de la fermeture des remontées mécaniques

« Une réouverture mi ou fin février paraît hautement improbable ».

Elle avait beau être préparée par des « fuites », cette annonce de Jean-Baptiste Lemoyne, le secrétaire d’État au tourisme, le 20 janvier, a jeté la consternation et ravivé l’incompréhension dans les stations de ski. Une douzaine de départements français tirent leurs principales ressources de « l’or blanc » et les professionnels du secteur réalisent 35% de leur chiffre d’affaires pendant la saison hivernale, selon l’Association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM). L’ensemble de la filière représente 250 000 emplois directs et 400 000 emplois indirects. Or elle est déjà grevée par une baisse de chiffre d’affaires de 20% à 30% depuis que les remontées mécaniques ont été mises à l’arrêt le 15 mars 2020. Autant dire qu’elles ne seront pas remises en marche avant l’hiver prochain… Après la fermeture imposée à Noël (ce qui a fait perdre à la filière plus d’1,5 milliard d’euros), les vacances de février étaient l’unique espoir de sauver la saison.

La situation épidémique justifie-t-elle ce nouveau coup de massue ? N’y a-t-il vraiment aucun moyen de mettre en place un protocole sanitaire adaptées aux stations de ski ? Des pays voisins l’ont fait : si l’Allemagne et l’Italie proscrivent eux aussi totalement le ski alpin, la Suisse, l’Autriche l’Andorre et l’Espagne ont mis en place un protocole pour ne pas paralyser totalement les remontées mécaniques. Le président de Domaines skiables de France (DSF) a fait part de sa « tristesse absolue » à l’AFP après l’annonce du secrétaire d’État au tourisme. Mais c’est la colère qui l’emporte chez la plupart des acteurs de ce secteur dont, une fois n’est pas coutume, la France est le numéro 1 mondial (avec 55 millions de journées/skieur, la France était devant les États-Unis en 2013). « Les conséquences, ça va être des effets catastrophiques sur tout l’écosystème, qui représente plus de 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Ça va être des conséquences immédiates en termes d’emplois, de revenus, pour les opérateurs de domaines skiables, les hébergeurs, les commerçants (…). Nous ne comprenons pas cette mesure : dès lors qu’on autorise les voyages, les déplacements dans le pays, il n’y a aucune raison objective de discriminer les stations de ski » enrage Dominique Marcel, PDG de Compagnie des Alpes. « C’est vraiment un tsunami qui emporte la saison et va fragiliser les prochaines ». Au total, 120 000 emplois saisonniers sont menacés. Quant aux indemnités promises par le gouvernement, elles ont beau être importantes, elles ne feront pas le poids : rien que dans les Hautes-Alpes, les sports d’hiver génèrent entre 700 et 800 millions d’euros chaque année. Or le gouvernement annonce avoir dégagé 450 millions d’euros pour indemniser… l’ensemble des massifs montagneux. « En plus du choc économique, il y a une détresse terrible sur le terrain », témoigne Michaël Ruysschaert, directeur général de l’Agence Savoie Mont Blanc. « Les pouvoirs publics ne mesurent pas encore l’ampleur des dégâts que ces décisions vont causer sur les montagnes », avertit Dominique Marcel, PDG de la Compagnie des Alpes (Le Figaro, 21 janvier).

La fermeture des remontées mécaniques aura un impact pendant plusieurs années, confirme dans une interview au Point (21 janvier), Jean-Marie Bernard, président du département des Hautes-Alpes. « J’ai le sentiment d’un immense gâchis. Il n’y a pas une station dans les Hautes-Alpes où toutes les conditions ne sont pas réunies pour permettre l’ouverture des remontées mécaniques » déclare-t-il. Galvanisés par l’espoir d’une réouverture alors que la neige est tombée en abondance, les montagnards ont fait le maximum pour mettre en place des mesures sanitaires drastiques. En vain : « À force de gérer cette crise à la petite semaine, le gouvernement n’a pas vu, pas su voir ou pas voulu voir les évolutions de notre société et de nos professionnels », accuse Jean-Marie Bernard. Il semble pourtant évident qu’on court nettement moins de risques en plein air, emmitouflé et masqué sur un « tire-fesses » que dans un bus ou une rame de métro… sans parler de l’affluence dans les grandes surfaces. En outre, l’activité des remontées mécaniques était parfaitement compatible avec une restauration en plein air à midi en distribuant des paniers ou en utilisant les terrasses, puis avec le respect du couvre-feu à 18h. L’impact de cette interdiction sur la santé, sur le moral, et en définitive sur la résistance des organismes au coronavirus n’a manifestement pas été mieux pris en compte que la proscription des promenades dans la campagne, dans les forêts, dans la montagne, ou sur des plages désertes lors des confinements. Pendant ce temps-là, confinement ou pas, les buralistes continuent de vendre sans restriction un produit, le tabac, auquel Santé publique France attribue 75 000 décès par an (soit 3000 de plus, à ce jour, que le coronavirus). Qu’en pense le Haut Conseil de la santé publique ?

Philippe Oswald 

Source : Le Figaro

Cet article est republié à partir de La Sélection du Jour

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