La radio : Une nouvelle dame et toujours si jeune [Opinion]

Si le Panthéon était sonore, ses murs renverraient l’écho des pionniers de la radio. Leurs noms sont connus, leurs œuvres le sont moins.

On doit bien une litanie à quelques génies de la physique :

– Samuel Morse invente le télégraphe (1841) ;

– Heinrich Hertz met en évidence l’onde radio (1886) ;

– Édouard Branly conçoit le récepteur d’ondes hertziennes (1890) ;

– Nikola Tesla produit le générateur haute fréquence de 15 kHz (1893) ;

– Oliver Lodge détecte des ondes radio jusqu’à 50 mètres (1894) ;

– Alexandre Popov découvre le principe de l’antenne (1895) ;

– Guglielmo Marconi réalise la première transmission hertzienne entre l’Angleterre et la France (1899) puis l’Amérique et l’Europe (1902).

Reginald Fessenden réussit le premier échange transatlantique en morse (1906) et la même année, il transmet la première voix, un programme de Noël comprenant des versets de l’Évangile et des cantiques chantés par une femme !

On vient d’inventer la radio.  L’armée, la marine en particulier, en mesure toute l’utilité.

Á l’aube de la Grande Guerre, la Belgique, grâce au roi Albert Ier, devient le premier pays à diffuser une émission – de la musique classique le samedi (1914). Six ans plus tard, il y a un siècle, la première station est créée en France, Radio Tour Eiffel (22 décembre 1921). La BBC et Radio Moscou voient le jour l’année suivante. Le profasciste Marconi construit Radio Vatican (1931). Les ondes courtes mondialisent la propagande. Aux États-Unis, le premier feuilleton radiophonique La Guerre des Mondes d’Orson Welles fait entrer les Martiens dans les foyers (1938). On a peur, le media gagne en puissance, Hitler aussi. Radio Londres résiste, Radio Paris est allemand et l’Allemagne entend Pie XII sur « les « centaines de milliers de personnes (…) vouées à la mort ou à une extermination progressive » (Noël 1942). La même année, l’Oncle Sam crée Voice of America puis Radio Free Europe (1949) dont les slogans traversent le rideau de fer.

La radio ? Jean-Paul Sartre déplore qu’ « elle surprenne les gens à table ou dans leur lit, au moment où ils ont le moins de défense » (1950) et Georges Duhamel souligne qu’elle « devient un très puissant moyen de pression ou même d’endoctrinement » (1952). Salue les Copains refait le monde en chantant sur Europe 1 (1959). Sans parti politique, la radio enivre la jeunesse. Pour dissoudre l’Assemblée, de Gaulle choisit la radio (30 mai 1968). Malgré la télévision, la voix ne se périme pas, bien au contraire : elle transforme la société.

Dans l’anonymat des villes et l’isolement des campagnes, la radio console et conseille. Même quand il y a de l’audience, c’est toujours quelqu’un qui me parle. La radio crée une relation ; la TV éblouit la masse. La voix dit tout de l’être, de sa pensée profonde. Cette pudeur fait naître le désir, comme l’ombre de Cyrano sur le balcon de Roxane. Toute radio n’est pas poétique, bien sûr. Trop souvent, tapage et racolage alimentent la pression de l’argent qui tue le temps à force de le comprimer.

Néanmoins, la radio demeure choyée par l’opinion : « Proximité, réactivité, souplesse. On se promène avec vous. C’est un média d’avenir par les technologies nouvelles et les formats. (…) La voix n’a jamais occupé autant d’espace dans notre vie quotidienne », note Roch-Olivier Maistre, président du CSA.

De fait :

1. La radio est le media de l’info, régulière et concise. Le seul canal du son oblige à bien s’exprimer – sans filet, ni mimiques, ni maquillage. L’image pollue la pureté de la voix, même si aujourd’hui l’écran reprend vigueur avec les TV d’info continue. D’ailleurs, un événement sans image existe-t-il ?

2. On peut écouter la radio en faisant autre chose. De l’oreiller au bureau, elle passe de pièce en pièce puis transforme l’embouteillage en temps utile. Mais si le flux du direct prime toujours, il n’a plus l’exclusivité. À toute heure, on peut réécouter l’émission de son choix. La radio devient hétérochrone : le temps n’est plus programmé dans la réception du message. On peut parcourir librement l’information, comme la presse écrite, le livre, la photo ou l’affiche.

3. Le coût de la radio est faible, tout comme sa logistique. C’est le media du pauvre, qu’il soit émetteur ou récepteur. Hormis le transistor, tout est gratuit dès l’origine. Par procuration, l’homme de la rue est transporté dans des situations extrêmes. Sur RTL, René Desmaison revient vivant de ses 342 heures dans les Grandes Jorasses mais pas son camarade Serge Gousseault (février 1971)…

40 ans après la libération des ondes (LSDJ n°1271), la diffusion numérique (DAB+) va mettre fin au monopole de la bande FM. Une nouvelle ère commence.

Internet périmera-t-il la radio ? Bien sûr que non. La Toile tisse le son, l’image et le texte. C’est un metamedia. On consomme toujours de la radio mais sur Smartphone. Néanmoins, beaucoup ne le savent pas car l’écran fait écran et le mot même de « radio » voit ses ondes prendre quelques rides.

À cent ans, on les lui pardonne volontiers.

Louis Daufresne

Source : RFI

Cet article est publié à partir de La Sélection du Jour.

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