La simplicité : Une grâce et une discipline ?

La complexité de la vie semble parfois placer la simplicité hors de notre portée. Et pourtant, y a-t-il véritablement contradiction entre les deux ? Perspective.

Les doigts du virtuose s’activent au-dessus du clavier. Tour à tour, ils picorent, voltigent, s’enlacent, se posent sur les touches. On ferme les yeux. On se détend… Rien à voir avec l’audition du petit dernier la semaine passée : fier de ses trois mois de cours, il a péniblement cherché chaque note des yeux et des mains. Tout le monde retenait son souffle. Pas de détente en vue… Mais alors, laquelle des deux interprétations était la plus simple : celle du concertiste ou celle du débutant ?

Simplisme et simplicité

Et si l’enfant qui se concentre sur chaque doigt représentait la personne qui, décidée à se simplifier la vie, trouve une méthode plus ou moins en vogue et la pratique avec assiduité. Elle se concentre, s’applique, prend de nouvelles habitudes. Forte de nouveaux critères de priorisation, elle tranche dans son agenda, ses possessions, ses amitiés. Son quotidien et ses discussions tournent autour de son mode de vie relooké. Cela peut devenir pénible pour elle… et pour l’entourage.

Par opposition, la simplicité du virtuose serait le pendant de la vie menée tambour battant, riche, voire très complexe, qui cependant dégage une sensation de paix intérieure. Dans son livre Freedom of simplicity (éd. Harper One), le pasteur Richard Foster fournit de nombreux exemples de personnes dont la simplicité fait envie. Avec cette mise en garde :

« On se forge souvent une image de ce que doit être la simplicité, et ensuite on se pousse, on se bouscule jusqu’à ce que, meurtri et blessé, on « corresponde » à cette image. »

Il souligne que la simplicité ainsi obtenue n’est pas porteuse de sérénité.

Au service de la simplicité ?

Faudrait-il alors se défaire de toute « méthode » et se laisser vivre dans l’espoir que la simplicité finira bien par nous imprégner ? Ce serait oublier que le virtuose n’aurait jamais pu atteindre son niveau actuel s’il n’était passé par l’étape Méthode rose pour l’apprentissage des bases du piano. Et pour parvenir à la simplicité, il nous est parfois nécessaire de réfléchir, pondérer, examiner nos façons de vivre.

C’est en tout cas ce que recommande Stephen Covey dans Les sept habitudes de ceux qui réalisent tout ce qu’ils entreprennent (éd. J’ai lu). D’après lui, nous avons surtout tendance à nous concentrer sur les urgences de la vie, qu’elles soient ou non importantes. Ou alors nous sommes si fatiguées par toutes les urgences que nous optons pour le non-urgent, non-important (comme certains programmes, jeux, vidéos, etc.). Or, pour lui, une vie apaisée et sereine passe surtout par les objectifs essentiels tels que  « construire des relations, établir des objectifs de vie, planifier des projets, faire de l’exercice physique, entretenir ses outils tout ce que nous savons que nous devons faire mais qu’on n’arrive jamais à réaliser parce que ce n’est pas urgent ».

Au centre de la vie simple

Au-delà de la gestion des priorités, Richard Foster poursuit ainsi : « La simplicité est à la fois une grâce et une discipline. » Tout comme notre relation avec Dieu : « Nous sommes sauvés par la foi seule en Jésus-Christ, mais sans les œuvres, notre foi est morte. » Ainsi, « ce que nous faisons ne nous apporte pas plus de simplicité, mais cela nous permet de recevoir la simplicité ». L’auteur propose par exemple l’expérience suivante, « Avez-vous déjà tenté de penser à Dieu tout au long d’une journée ? ». Il s’empresse de préciser : »Il ne s’agit pas de cesser vos activités habituelles. »

Concrètement, il propose de se discipliner à prier pour chaque personne que l’on croise dans la rue, chaque collègue à qui l’on adresse la parole, au début de chaque nouvelle activité, au fil de ses trajets, etc. pour que Dieu soit impliqué dans chaque aspect de la journée.

Ainsi, un peu comme le débutant qui, à force de s’exercer, devient virtuose et apporte la paix à son « auditoire », on peut progressivement atteindre la simplicité au sein même de la complexité de nos vies. Richard Forster conclut :

« Lorsque Dieu est au centre, notre vie devient ordonnée et paisible. »

Une simplicité, sans simplisme, sous la conduite de Dieu.

Rachel Gamper

Cet article est publié en collaboration avec SpirituElles, le magazine qui rassemble les femmes chrétiennes de la francophonie.

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