L’adhésion à l’OTAN de la Finlande et de la Suède, un parcours du combattant… [OPINION]

La Finlande et la Suède ont présenté le 18 mai leurs demandes d’adhésion à l’Otan. C’est leur réponse à l’inquiétude que suscite dans leurs populations la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine. Les Finlandais ne croient plus que leur neutralité les protège du voisin russe avec lequel ils partagent une frontière de 1 300 kilomètres. La Suède est plus éloignée, mais ses parlementaires, comme ceux de Finlande, sont majoritairement favorables à cette adhésion. Sans surprise, la France et l’Allemagne ont déjà publiquement exprimé leur soutien à cette initiative, ainsi que le secrétaire général de l’Alliance atlantique.

C’est toute la carte géopolitique de l’Europe du Nord qui serait ainsi redessinée au risque de braquer encore davantage Moscou. Le mois dernier, Vladimir Poutine menaçait de riposter à la fourniture d’armes à l’Ukraine par des déploiements d’infanterie et de systèmes antiaériens dans le nord-ouest de la Russie, et de forces navales dans le golfe de Finlande, ou pire encore, d’atomiser les principales capitales européennes depuis l’enclave de Kaliningrad avec le missile Sarmat. Par contraste avec ces menaces, la première réaction du président russe à l’éventuelle entrée de la Finlande et de la Suède dans l’Alliance atlantique paraît modérée : « Un tel élargissement de l’Otan ne constitue pas une menace immédiate » a-t-il déclaré le 16 mai, « mais le déploiement d’infrastructures militaires sur les territoires de ces pays entraînera bien sûr une réponse ». Celle-ci est venue le 20 mai, du ministre russe de la Défense : il a annoncé la création d’ici la fin de l’année de douze nouvelles bases militaires dans l’ouest du pays pour faire face à « la croissance des menaces militaires aux frontières russes ». C’est avouer à demi-mots que l’offensive contre l’Ukraine aboutit au résultat contraire à celui qui était visé.

En Finlande et en Suède, à peine retombée la vague d’enthousiasme soulevée par cette demande d’adhésion à l’Alliance atlantique, on s’interroge sur ses conditions. Beaucoup s’inquiètent de la présence éventuelle de troupes de l’Otan et d’armes nucléaires sur leurs sols. Des négociations devront établir le niveau de contribution de leurs pays à l’Alliance atlantique avant le sommet de l’Otan qui doit se tenir à Madrid les 29 et 30 juin prochains. Un rapport préliminaire finlandais, destiné aux députés, a déjà prévenu que « l’adhésion n’obligerait pas la Finlande à accepter des armes nucléaires, des bases permanentes ou des troupes sur son territoire ».

Mais un autre obstacle, infranchissable celui-là, pourrait venir d’un véto d’un des trente États membres de l’Otan dont l’unanimité est requise pour toute nouvelle adhésion. Le mois dernier, le président croate, Zoran Milanovic, s’était dit opposé à l’adhésion de la Suède et la Finlande à l’Otan, tant que la loi électorale en Bosnie-Herzégovine ne serait pas modifiée au profit des minorités croates. Le premier ministre hongrois Viktor Orban, qui bloque déjà l’embargo sur le pétrole russe (la Hongrie importe de Russie 85% de son gaz et 65% de son pétrole) pourrait lui aussi mettre son veto à l’entrée des deux pays dans l’Otan. Mais l’opposition la plus catégorique vient de la Turquie : le 13 mai, le président turc Erdogan a déclaré que l’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’Otan serait « une erreur ». « Nous ne céderons pas sur l’adhésion à l’Otan de ceux qui appliquent des sanctions envers la Turquie », a surenchéri Recep Tayyip Erdogan, lundi 16 mai, après qu’une rencontre le 14 mai à Berlin entre les ministres turc, suédois et finlandais des Affaires étrangères n’avait pas permis de débloquer la situation. Erdogan accuse Stockholm et Helsinki « d’héberger des terroristes » du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), et de l’YPG (Unités de protection du peuple), bras armé du Parti de l’union démocratique kurde en Syrie. « Les pays scandinaves, malheureusement, sont presque comme des maisons d’hôtes pour les organisations terroristes » a ajouté Erdogan. Il reproche en particulier à la Suède de ne pas donner suite aux demandes d’extradition d’une trentaine de supposés terroristes, et aux deux pays nordiques d’avoir gelé des exportations d’armes vers la Turquie depuis 2019, en représailles à l’opération turque dans le nord de la Syrie. Passant des déclarations aux actes, Erdogan a bloqué, mercredi 18 mai, un vote de procédure sur la demande d’adhésion de la Finlande et de la Suède, lors d’une première réunion des ambassadeurs des 30 pays membres de l’Otan. Néanmoins, des négociations se poursuivent au sein du Conseil Atlantique pour tenter de lever l’opposition de la Turquie. Si elles n’aboutissaient pas avant le prochain sommet de l’Otan à Madrid, fin juin, on pourrait s’attendre à ce que le président turc profite de l’occasion pour remettre « les pieds dans le plat » afin de consolider la « sécurité nationale » de la Turquie.

Philippe Oswald

Source : La Croix

Cet article est publié à partir de La Sélection du Jour.

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