Les accusations de harcèlement sexuel contre Bill Hybels, pasteur d’une mega-church, seraient « crédibles »

Un rapport fait état de « propos et actes sexuellement inappropriés », de « dénigrement », d' »abus de pouvoir », sur plusieurs années du ministère de Hybels.

Bill Hybels est le fondateur de la mega-church Willow Creek, près de Chicago. Connu et adulé dans le monde entier, il était à la tête d’une église de 12 000 membres. L’année dernière il a été accusé par d’anciens dirigeants de l’église de harcèlement sexuel. Bill Hybels a toujours nié ces accusations et certaines personnes de son entourage affirment ne pas avoir été témoins de tels faits.

« Je veux parler à toutes les personnes qui ont été induites en erreur à travers le pays… au cours des quatre dernières années et leur dire dans ma voix, d’une voix aussi forte que vous me permettrez de le dire, que les charges retenues contre moi sont fausses. À ce jour, il n’y a toujours aucune preuve d’inconduite de ma part. »

Bill Hybels, des pasteurs et les anciens choisissent de démissionner

En avril 2018, il décide de quitter ses fonctions de pasteur principal. À leur tour, Steve Carter, pasteur enseignant principal, Heather Larson, pasteure principale, et le conseil des anciens démissionnent. Un nouveau conseil des anciens a été mis en place, un groupe consultatif indépendant a été créé (GCI) et la Willow Creek Association a été renommée Global Leadership Network.

« Nous sommes un tout nouveau conseil des anciens de neuf membres, officiellement installé en janvier 2019. Nous nous engageons à travailler ensemble pour tirer les leçons du passé et à prendre en compte notre avenir en tant qu’église, en tenant compte des recommandations du rapport du GCI. »

En août dernier, le New-York Times se faisait l’écho des propos de Pat Baranowski, adjointe exécutive de Bill Hybels dans les années 80. Elle avait alors 32 ans et admirait son patron. C’est avec fierté qu’elle avait accepté  la proposition de la famille Hybels de s’installer dans leur maison. Mais un jour où sa femme et ses enfants s’étaient absentés, Bill lui aurait proposé de s’allonger pour qu’il lui masse le dos. Il serait alors monté sur elle, lui aurait dégrafé le soutien-gorge, puis touché près de ses seins. Elle raconte qu’elle n’a pas su lui dire non. S’en suivent alors d’autres actes pendant 2 ans, jusqu’à une relation sexuelle orale. Désormais âgé de 65 ans, elle s’exprime ainsi :

« Je ne voulais vraiment pas faire de mal à l’église. J’avais l’impression que si cela était exposé, cet endroit fantastique exploserait et j’adorais l’église. J’ai aimé les gens là-bas. J’ai adoré la famille. Je ne voulais faire de mal à personne. Et j’avais honte. »

Des voix s’élèvent pour briser le silence 

Nancy Beach est une ancienne pasteure enseignante. Christianity Today rapportait ses propos il y a un an. Elle raconte un voyage en Europe en 1999. Bill lui aurait demandé de rester quelques jours de plus. Elle parle de promenades sur la plage et d’une invitation dans la chambre :

« Il disait toujours : tu ne sais pas comment faire un câlin. Ce n’est pas un vrai câlin. C’était donc comme une longue étreinte qui me mettait mal à l’aise. »

Pourtant Hybels incitait les hommes à respecter la « règle de Billy Graham », les encourageant à ne pas rester seule avec une femme.

Le groupe consultatif indépendant a donc mené plusieurs sessions entre août 2018 et février 2019, afin de mener des interviews et de rendre un rapport sur la situation. Les membres de ce groupe insistent sur leur neutralité et leur indépendance financière. Ils ont interviewé Bill Hybels et sa famille, des leaders actuels ou passés de la Willow Creek Church, les personnes qui avaient fait des accusations, des personnes liées au travail de Bill et toutes personnes qui auraient eu des informations pertinentes. Le rapport s’est consacré aux faits répétés et corroborés par plusieurs sources et non à des observations individuelles.

Pour le rapport, les accusations sont « crédibles »

Et ce rapport vient d’être mis en ligne par la Willow Creek Association. Il fait état de « propos et actes sexuellement inappropriés », de « dénigrement », d' »abus de pouvoir », sur plusieurs années du ministère de Hybels et non sur des périodes ou des contextes isolés.

« Les accusations de propos et d’actions sexuellement inappropriés de Bill Hybels dans le contexte de son ministère et de son leadership à la Willow Creek Community Church et de Willow Creek Association sont crédibles. […] Bill Hybels a verbalement et émotionnellement intimidé les employés, hommes et femmes. »

Chez les personnes interviewées, il est autant question de « respect et d’admiration » que de « peur et de réticence au désaccord ».

Le rapport dénonce également l’incapacité de la structure à surveiller son fondateur. Selon ses membres, il était de leur responsabilité de « comprendre la nature et le contexte des accusations. »

« Pendant plusieurs décennies, les conseils de la Willow Creek Community Church n’ont pas été capables de surveiller efficacement Bill Hybels. »

Le rapport donne également des pistes de travail pour le futur de l’église.

Le Conseil d’Administration de la Willow Creek Association s’est exprimée sur son site à la suite de la lecture de ce rapport :

« Nous recevons et acceptons les conclusions et les conseils partagés avec humilité et avec le désir de vivre les prochaines étapes décrites dans le rapport. Nous regrettons les souffrances causées par les erreurs du passé et estimons que ces directives et informations peuvent offrir une voie à suivre qui permet la reconnaissance, l’amendement et la guérison. »

Pour Vonda Dyer, ancienne employée de l’église, cette situation doit amener chaque leader à réfléchir :

« Toute cette saga devrait être un rappel qui donne à réfléchir à tous ceux qui exercent un ministère et à tous ceux qui exercent des fonctions de direction. »

Boz Tchividjian est un ancien procureur aux crimes sexuels, il dirige désormais Grace, une organisation qui vient en aide aux victimes d’abus dans les institutions chrétiennes. Il regrette le silence qui entoure ces affaires.

« Tant de victimes dans le monde évangélique restent silencieuses car elles ont le sentiment que si elles s’avançaient, elles endommageraient le ministère de cet homme, et que Dieu ne serait pas en mesure d’accomplir les choses qu’il accomplissait par l’intermédiaire de cet homme. »

Pour les membres du groupe consultatif indépendant, il convient de se positionner en tant que « croyant » et « de se comporter comme Jésus-Christ ».

« Les erreurs et le péché ne doivent pas être niés ou oubliés, pas moins que les bénédictions de Dieu et la fidélité du peuple de Dieu. »

M.C.

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