L’incroyable performance du Real Madrid de Karim Benzema [OPINION]

Même si vous n’en avez rien à foot, lisez cette LSDJ. Car le sport a ses passions que la raison ignore. Outre-Pyrénées, la presse n’en revient pas : « Que Dieu descende et l’explique », titrait jeudi dernier Marca, l’équivalent de L’Équipe. La veille, le stade Santiago-Bernabéu était le théâtre d’un événement que même l’AFP qualifia de « presque surnaturel ».

Ce soir-là, dans son antre, le Real Madrid affronte Manchester City pour une place en finale de la Ligue des Champions. Chelsea – que Roman Abramovitch vient de vendre 5 milliards de dollars – en est le tenant du titre. L’an dernier, le club londonien l’avait justement remporté aux dépens des Citizens, d’une courte tête (1-0). Cette année, Manchester rêvait donc de rejouer la finale pour la seconde fois de son histoire.

La chose n’était pas mal engagée. Chez eux, le 26 avril, les Mancuniens avaient dominé Madrid (4-3), à l’issue d’un choc ébouriffant (cf. le magnifique « A la folie » de RMC sport, en sélection). Avoir sept buts en demi-finale n’était pas arrivé depuis 27 ans, lorsque l’Ajax Amsterdam de Patrick Kluivert vainquit le Bayern Munich 5-2 (1995). La victoire de Manchester sur sa pelouse de l’Etihad Stadium produisit cependant une impression contrastée. Les Citizens ne pouvaient pas s’en prévaloir pour aborder sereinement le match retour. Les Madrilènes avaient fait preuve d’une telle résilience ! Les Anglais menaient 2-0 au bout de 11 minutes et auraient doublé la mise à la demi-heure de jeu si Ryhad Mahrez et Phil Foden n’avaient pas raté deux occasions en or.

Le Real était muet et tanguait quand, dopée par Karim Benzema, l’équipe allait remonter deux buts d’écart à trois reprises : 2-0 puis 2-1, 3-1, 3-2, 4-2 et 4-3. Le Lyonnais en inscrivit deux – dont une Panenka (cf. de 20’00 à 21’20) – pour devenir le premier joueur du Real à dépasser les 40 buts sur une saison depuis le départ de Cristiano Ronaldo en 2018.

Bref, le duel titanesque de l’aller laissait présager un match retour torride.

Pourtant, mercredi dernier, rien ne bouge jusqu’à la 73e minute quand, une fois de plus, Manchester City prend les choses en main. Grâce à une frappe puissante de Riyad Mahrez, pour la quatrième fois, les Citizens ont deux buts d’avance sur leur adversaire (5-3 en cumulé). Le Real est laissé pour mort. L’écart subsiste encore à la 89e minute, Manchester se voit déjà en finale le 28 mai au Stade de France face aux Reds de Liverpool. Quant au club merengue, le plus titré de la compétition (13 trophées), il est virtuellement éliminé. Madrid, qui aime tant se présenter comme « roi d’Europe », entend déjà sonner le coup de sifflet final de l’humiliation.

C’est alors que le public espagnol, très calme jusqu’ici, sent venir l’instant décisif. Il connaît la force mentale du Real et les précédents historiques. Même s’il faut marquer deux buts, une vague de confiance irréelle naît dans les gradins. On se met à hurler le refrain « Si se puede ! » (Oui, c’est possible).

Et l’impossible advient.

A la 90e minute, le jeune Brésilien Rodrygo entré à la 68e minute marque sur une passe décisive de Karim Benzema. Le Français redresse une ouverture d’Eduardo Camavinga au second poteau, et lui permet de devancer Ederson, le portier anglais, du bout du pied !

Il reste très peu de temps pour marquer à nouveau et arracher la prolongation mais se produit alors le même phénomène psychologique que lorsque le Real parvint à renverser la situation, face au Paris Saint-Germain en huitième (1-0, 3-1) et Chelsea en quarts (1-3, 2-3 a.p.) aux deux tours précédents : en un instant, le stade se réveille, le niveau sonore monte, l’équipe du Real Madrid est survoltée et l’adversaire tétanisé. Á force de se raconter qu’ils jouent dans le plus grand club du monde, les Madrilènes finissent par y croire et cela fonctionne en prophétie autoréalisatrice.

90 secondes plus tard, Rodrygo offre la prolongation aux Merengue d’une tête imparable, avant l’estocade, par Benzema, qui, séché par Ruben Dias, obtient un penalty (95e). Saint-Georges est terrassé par le dragon ibérique, alors qu’à la 87e minute, les Anglais s’étaient offert deux énormes occasions, avec un ballon sauvé sur sa ligne par Ferland Mendy et une autre frappe de Jack Grealish détournée in extremis par Thibaut Courtois, dont le sang-froid fut un élément décisif de ce match retour.

Cette saison, on parle de l’« l’irréel » Madrid. As s’enflamme : « Le Real est d’un autre monde » : « Ici sont venus ceux d’Abu Dhabi, du Qatar, les Russes, ils sont tous tombés. Ici, c’est le Real Madrid, un club de football, quelque chose de pur. Le Real Madrid a vaincu les trois géants fabriqués à coups de chèques et qui ne respectent pas le fair-play financier », ose écrire Tomas Roncero. « C’est une blague, c’est pas possible », tweete Messi à Aguero. Mais comme le dit Rodrygo, « avec ce maillot, on apprend à se battre toujours jusqu’au bout ».

Les deux stratèges du banc de touche connaissent des fortunes diverses : le 28 mai à Saint-Denis, l’Italien Carlo Ancelotti peut devenir le premier entraîneur de l’histoire à rafler une quatrième Ligue des champions. Pep Guardiola, en revanche, subit un sixième échec en autant de saisons avec Manchester, après les deux titres glanés avec le Barça en 2009 et 2011. Le Catalan n’avait pas l’air si étonné. Á la fin du match, il semblait se dire, comme tout le monde « c’est normal ». De même que les deux seuls spectateurs qui voulaient inexplicablement quitter le stade plus tôt et qui ont finalement fait demi-tour (cf. vidéo). Business as usual ?

Louis Daufresne 

Source : RMC Sport

Cet article est publié à partir de La Sélection du Jour.

 

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