Lourde polémique en Ardèche

L’histoire se déroule à Saint-Pierre-de-Colombier, village perdu au cœur du Parc naturel régional des Monts d’Ardèche, au milieu d’un triangle entre Mende, Montélimar et Le Puy-en-Velay.

Les paysages y sont magnifiques… et les passions torrides. La construction d’une vaste église oppose une congrégation catholique à des militants écologistes. Le 17 juin, la préfecture annonçait que le chantier serait suspendu jusqu’en octobre, histoire d’apaiser les tensions entre les deux camps : d’un côté, il y a la Famille missionnaire de Notre-Dame (FMND), peu connue malgré ses 13 foyers en France. Saint-Pierre-de-Colombier est à ses yeux l’équivalent d’Assise pour les Franciscains. De l’autre, on trouve le collectif des Amis de la Bourges, du nom de la rivière locale, « armés » par des militants zadistes peints en vert. Récemment, sur ordre du préfet, 70 gendarmes mirent fin à l’occupation illégale du chantier. C’est une chance pour les religieux que Mme Françoise Souliman, préfet de l’Ardèche, soit de leur côté. Sinon, Notre-Dame des neiges serait peut-être déjà devenue Notre-Dame des Landes. Mais combien de temps l’État, souvent moqué par les catholiques confinés, pourra-t-il faire respecter le droit face à une extrême-gauche qui a pour métier de piétiner les institutions ? Mis à part Mgr Jean-Louis Balsa, l’évêque du lieu (Viviers) et Mgr Bernard Ginoux, évêque de Montauban, peu de voix de s’élèvent pour faire valoir la légalité du chantier. Est-ce calculé pour ne pas donner trop d’écho à la contestation ? Peut-être. Reste que le discours des opposants est mieux relayé par les media, comme en témoignent la revue de presse de leur site Stop Basilique, ainsi que ce papier du Monde. Tous leurs arguments ne sont pas illégitimes, loin de là : ils craignent en particulier que le site devienne un Lourdes local. On peut en discuter mais certains points sont inexacts. Ainsi fait-on passer la Famille missionnaire de Notre Dame pour « traditionaliste », mot disqualifiant synonyme de « secte » dans l’opinion, comme si la construction envisagée allait ressembler au Mandarom de Castellane (Alpes-de-Haute-Provence). Or, il n’en est rien. Pour l’architecte des bâtiments de France, le projet s’intègre parfaitement dans le site naturel. Sur le fond, l’institut fondé par le père Lucien-Marie Dorne (1914-2006) ne semble rien véhiculer de délétère. Pour l’actuel supérieur, le père Bernard, « il se situe dans l’esprit des foyers de charité fondés par Marthe Robin. Si Jean-Paul II est traditionaliste, alors nous le sommes. Le père Dorne fut l’un des premiers à mettre en place la réforme liturgique. Si la FMND approuve totalement Vatican II, elle ne considère pas le concile comme une révolution », conclut-il avant de préciser qu’on y célèbre la messe dite de Paul VI.

Un point mérite l’attention : c’est le réveil de ce centre spirituel qui ne comptait plus que 16 membres dans les années 70. Depuis la mort du père Dorne en 2006, la FMND reçoit des vocations et l’institut compte aujourd’hui 150 religieux dans toute la France, hommes et femmes. Le 15 décembre, quelque 2000 pèlerins viennent commémorer la bénédiction de la statue de Notre-Dame-des-Neiges, au point de se trouver à l’étroit dans les murs de l’église paroissiale qui ne peut abriter que 550 fidèles. En 2015, un habitant du village propose aux religieux un terrain de 35 000 m². L’année suivante, l’évêque donne son accord à la construction d’un lieu pouvant accueillir à terme quelque 3500 personnes. Les dons affluent et permettent de collecter quelque 20 millions €. En décembre 2018, la FMND obtient le permis de construire, après deux ans d’instruction où, selon le père Bernard, « tout s’est fait dans les règles ». Le village n’a pas de plan local d’urbanisme (PLU), c’est la loi montagne qui s’y applique. Celle-ci fait du cas par cas et ne rend pas obligatoire une étude d’impact, un point que déplorent les opposants. Seul un parking de 2000 m² attire l’attention de la DREAL, (direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) mais les choses ne vont pas plus loin. Par acquit de conscience, les religieux font tout de même réaliser une étude environnementale, « sans aucun pot de vin », souligne le père Bernard. Trois grands panneaux d’affichage annoncent le chantier et aucune plainte n’est déposée à la mairie dans le délai légal des deux mois.

Cette histoire suscite l’ire d’une extrême-gauche qui assimile toute foi à du fascisme. Sans savoir qu’au départ, la Famille Missionnaire de Notre-Dame-des-Neiges s’enracine dans un vœu fait par un groupe de femmes le 23 juillet 1944 au moment où les Allemands remontent de Provence : s’ils ne tuent personne et que le village est épargné, elles feront ériger une statue à la Vierge. Qu’on soit catholique ou non, ce sanctuaire témoigne encore aujourd’hui de cette résistance à l’occupant. Et finalement à toute forme d’occupation.

Louis Daufresne

Cet article est republié à partir de La Sélection du Jour.

 

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