Mariage entre personnes de même sexe : la Cour Européenne saisie par le Collectif des Maires Pour l’Enfance

Franck Meyer : face à la demande de mariage de personnes de même sexe, les maires de France doivent pouvoir légitimement exercer leur liberté de conscience, comme le gouvernement s’y était engagé dans un premier temps. Interview

Franck Meyer, vous êtes maire de votre commune et porte-parole du Collectif des Maires Pour l’Enfance. Le 17 juin 2016, vous avez saisi la Cour Européenne des Droits de l’Homme avec 146 autres élus, pour faire valoir votre droit à la liberté de conscience face à la demande de mariage de personnes de même sexe. Info Chrétienne vous propose de préciser votre démarche en répondant à quelques questions que nous avons entendues ici et là.

Mais vous êtes complètement « has been », vous en êtes conscients ? Vous n’avez pas remarqué que la société a évolué ?

Vouloir être « dans le vent » n’est que l’ambition des feuilles mortes ! Sur la question du mariage ou de la famille, la société reste majoritairement attachée à la représentation que vous jugez « traditionnelle ». Lorsque les maires ont été consultés par le Collectif des Maires Pour l’Enfance, 81 % des maires avaient estimé qu’au nom de la défense de l’intérêt de l’enfant, il fallait maintenir le modèle parental avec un père et une mère. (Sondage IFOP réalisé par le collectif des Maires Pour l’Enfance en novembre 2006)

Vous savez quel énorme pourcentage d’échec rencontre le mariage « classique » et combien d’enfants souffrent de la séparation et souvent du combat entre leurs parents. Pensez-vous vraiment que les enfants de couples homosexuels pourraient être plus malheureux et plus instrumentalisés ?

Si on prend comme référence ce qui va mal, on ne peut espérer que mieux ! Le fait d’être hétérosexuel ou homosexuel ne fait pas de nous automatiquement un « bon parent ». Mais votre question est intéressante car elle montre combien le comportement des adultes peut affecter les enfants et que finalement ce qui est souhaitable c’est bien que les enfants puissent être élevés par un papa et une maman qui sont fidèles l’un à l’autre et qui s’aiment ! Là encore nous avons sondé l’opinion des maires et ces derniers estiment, pour les trois-quarts d’entre eux, que les enfants éprouvent souvent de grandes difficultés à s’adapter aux choix de vie affective de leurs parents (séparations, divorces, remariages, changements de conjoints …). Lorsque le collectif des Maires Pour l’Enfance dit que l’enfant a besoin, dans la mesure du possible, de connaître ses parents et d’être élevé par eux, il le dit à tous (quelle que soit l’orientation sexuelle des adultes concernés).

De quel droit jugez-vous l’engagement que veulent prendre deux personnes qui s’aiment ?

Nous ne jugeons pas. Jamais un maire ou son adjoint ne pose la question de l’amour dans un mariage, car le code civil n’en parle pas. Le code civil rappelle les devoirs de respect, de fidélité (je me permets de le souligner !), de secours et d’assistance des futurs époux (article 212 du code civil).

Mais enfin cette loi du mariage pour tous a été votée très démocratiquement, comment osez-vous la remettre en cause ?

La loi n’est pas remise en cause. Je veux citer ici le Président de la République s’exprimant, le 20 novembre 2012, devant les maires réunis en congrès : « Les maires auront, si la loi est votée, à la faire appliquer. Mais je le dis aussi vous entendant : des possibilités de délégations existent. Elles peuvent être élargies et il y a toujours la liberté de conscience ». Le problème c’est que, par la circulaire Valls du 13 juin 2013, le gouvernement a nié tout respect de la liberté de conscience des élus municipaux en les menaçant de condamnations pouvant aller jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende. C’est pourquoi nous avons fait appel de cette menace tout d’abord devant le Conseil d’Etat, qui a mis plus de deux ans à nous répondre que nous devons rester « neutres », puis devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme, depuis le 17 juin 2016, espérant que par cette juridiction notre liberté de conscience sera défendue, reconnue et respectée.

Un maire est un élu. En refusant de marier les couples homosexuels, en plus de désobéir civiquement, il met une partie de ses administrés au ban de la société. Trouvez-vous ça normal ?

Nous ne refusons pas de marier les couples homosexuels, nous refusons de marier deux personnes de même sexe, qu’elles soient hétérosexuelles ou homosexuelles. Il n’y a pas dans cette décision, prise en conscience, de volonté de mettre quiconque au « ban de la société ». Les officiers d’état civil n’ont jamais demandé aux futurs mariés quelle était leur orientation sexuelle ! Ils ne le faisaient pas hier, ils ne le feront pas plus demain !

Sur le plan religieux, certaines dénominations protestantes, par exemple l’Eglise Protestante Unie de France (EPUdF), reconnaissent le mariage civil et ont même voté la possibilité de marier religieusement des couples homosexuels. N’ont-ils pas le même Dieu et la même Bible que les autres chrétiens ?

L’église ne « marie » pas. C’est, en France, la République qui marie. Un regroupement d’églises (et un seul), dans la fédération Protestante de France, a envisagé (le jour du 2è anniversaire de la loi Taubira) de pouvoir « bénir » les couples de même sexe. Cette recommandation n’est pas biblique et l’EPUdF est le seul regroupement d’églises à avoir fait ce choix. 95% des chrétiens protestants ne l’ont pas fait et ils se sont tous opposés au projet de « mariage et d’adoption pour tous », tout en appelant au respect des personnes homosexuelles de façon très claire (Voir article en annexe).

Mais les protestants, en particulier évangéliques, ne sont-ils pas potentiellement dangereux en étant aussi fondamentalistes ?

Quel danger vous semble être le plus grand : permettre à un enfant de connaître son père et sa mère, en lui permettant dans la mesure du possible d’être élevé par eux (ce qui est l’objectif de l’article 7 de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant) ou bien de brouiller les pistes de la filiation ? (car au moment du mariage ont remet un livret de famille et c’est à l’officier d’état civil d’inscrire s’il y aura deux pères ou deux mères !). A travers les nombreuses revendications d’homoparentalité qui s’expriment aujourd’hui on voudrait nous faire croire, comme l’a si bien dit la psychanalyste Claude Halmos, que « La différence des sexes n’existe pas (…) elle ne compte pas, elle n’est – pour reprendre un mot de sinistre mémoire – qu’un « détail » de la vie ou de notre histoire personnelle ». Il n’en est rien !

Nous devons le rappeler, sans colère, mais avec détermination.
L’humanité ne nous appartient pas, elle appartient à nos enfants et à nos petits enfants !

Propos recueillis par Elisabeth Dugas, pour Info Chrétienne

La rédaction

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