Le martyre des chrétiens d’orient : les victimes racontent l’enfer au journaliste Frédéric Pons

Frédéric Pons est un grand reporter, spécialiste du Moyen Orient. De ses reportages sur place, il nous rapporte les témoignages de ceux qui subissent au quotidien le génocide des chrétiens d’orient.

Dans le monde, 270 chrétiens sont tués chaque jour. Plus de 100 000 par an. 200 millions de chrétiens ne vivent pas leur foi librement. Les Yézidis ont subi 74 massacres de masse. Voici les chiffres de la persécution. La lecture du Martyre des chrétiens d’orient nous propose une immersion dans ces années de terreur. Entre incompréhension, horreur, force et foi, les récits nous bouleversent au fil des pages.

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Soeur Marguerite Slim, directrice de l’hôpital Saint Louis d’Alep raconte :

“Violence, barbarie, massacre, tortures, décapitations, crimes odieux, viols, exécutions, vols, séquestrations, kidnappings… hommes, femmes, enfants, de toutes religions sont atteints dans leur dignité, privés du nécessaire pour survivre, dérobés du futur et réduits à une vie de réfugiés ou de déplacés.”

En Irak et en Syrie, l’horreur n’est pas qu’une question de chiffres. L’horreur est atrocement concrète.

Cristina s’enfuit. Dans le bus bondé qui l’emmène vers l’exil, sa mère Ayda l’allaite. Les djihadistes entrent dans le bus, pillent les quelques richesses emportées à la hâte. Mais l’un d’entre eux voit une richesse particulière. Il voit Cristina. Il l’arrache à sa mère et l’offre à un homme de 60 ans dans la rue. Cristina, ce sera son “butin de guerre.”

Ailleurs, un enfant crie. Il a 3 ans. “ça suffit ! ça suffit !”. Il assiste à l’assassinat de son père. Mais ces cris ne suffiront pas. Il sera tué lui aussi.

Razzan s’enfuit elle aussi avec sa famille. Au premier barrage, les djihadistes volent l’argent et les bijoux. Au deuxième barrage, il n’y a plus rien à piller.

“De rage, un barbare lance le bébé contre un mur. ‘J’ai cru mourir avec Razzan’, dit sa mère en revivant le moment, encore sous le choc. La petite a survécu. Par quel miracle ? Ficelée comme une momie dans son berceau, Razzan est immobile, en état de catalepsie depuis plus d’un an.”

Le père Jacques vit à Qaryatayn. Un soir, des hommes masqués pénètrent dans son monastère. Ils jettent le père Jacques et Boutros Hanna dans le coffre de leur voiture. Il y restera 4 jours. Il connaîtra la violence de la captivité, les privations, les menaces, la flagellation, la simulation d’égorgement. 84 jours après, il sera libéré. Sa foi est inébranlable:

“ Aujourd’hui, je continue d’éprouver pour mes ravisseurs le même sentiment que j’ai eu pour eux quand j’étais leur prisonnier : la compassion. Ce sentiment vient de ma contemplation du regard que Dieu porte sur eux, malgré leur violence, comme Il le porte sur tout homme : un regard de pure miséricorde, sans le moindre désir de vengeance.”

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Les femmes sont aussi des proies récurrentes.

“D’autres témoignages sont plus précis. Ils parlent de barbus vainqueurs qui viennent se servir et choisissent les plus belles, les plus jeunes, parfois des fillettes. Quand les femmes souillées par plusieurs miliciens reviennent dans la cave, elles réapparaissent dévastées, muettes, prostrées : ‘Il fallait les encourager à ne pas se laisser mourir, à revivre, à relever la tête, à penser à leurs proches. Mais même cela était trop douloureux.’ “

Sahar de Mossoul interpelle :

“Tout était haram [interdit] : boire, fumer, sortir seule, manger des noix, des noisettes, vernir ses ongles, jouer au cerf-volant. Mais pour eux, c’était hallal [autorisé] de couper les gorges.”

La communauté internationale semble plus préoccupée par les pertes archéologiques.

Au Moyen-Orient, les chrétiens ont un choix à faire : partir, se convertir ou mourir.

Georges Sabé a choisi de rester :

“Nous avons choisi de rester auprès du peuple syrien qui souffre, de le servir, de lui témoigner de l’amour de Dieu, d’être des témoins de la lumière en un temps d’obscurité, témoin de la paix en un temps de violence inouïe.”

Sur un mur du vieil Homs, un tag montre l’engagement de ces chrétiens :

“Nous reconstruirons ce pays avec notre joie.”

Ceux qui restent peuvent compter sur le soutien d’ONG, notamment françaises. Mais ils doivent apprendre à vivre la plupart du temps sans eau, sans électricité, avec la crainte permanente de ne jamais voir revenir un ami, un frère.

D’autres ont fait le choix de partir. Mais partir, c’est quitter la terre de ses ancêtres, son histoire, ses racines, sa maison, ses souvenirs. Ils sont désormais déplacés, réfugiés, demandeurs d’asile.

Qu’ils partent ou qu’ils restent, ils sont tous déçus. Déçus d’avoir été trahis par des voisins, des amis musulmans avec lesquels ils vivaient autrefois en paix. Des voisins qui ont indiqué leur maison aux djihadistes. Des voisins qui ont volé leurs biens, détruit leurs photos, piétiné leurs souvenirs.

“Quand la guerre s’arrêtera, cette fracture interconfessionnelle élargie restera peut-être la seule victoire des islamistes et des pays qui les soutiennent.”

A un étudiant qui lui demandait s’ils vivaient les temps de la fin, Georges Sabé répond :

“J’espère que nous vivons la fin des temps de haine.”

M.C.

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