« Massacre de Panay » : 9 indigènes Tumandoks tués, l’armée et la police incriminées

La communauté indigène s’oppose à la réalisation de deux barrages aux Philippines.

Le 30 décembre dernier, 9 dirigeants de la communauté indigène Tumandok ont été tués, 17 autres dirigeants et membres de la communauté ont été arrêtés, « par le biais d’actions policières et militaires coordonnées », sur l’île de Panay aux Philippines.

Plus de 120 organisations internationales de défense des droits de l’Homme ont condamné cette « exécution apparemment extrajudiciaire ». Il s’agit selon elles de « meurtres flagrants et de violations flagrantes des droits de l’homme [qui] se produisent dans les régimes autoritaires et sont inattendus dans un pays démocratique ».

Le 18 janvier, elles ont publié un plaidoyer sur le site Minority Rights Group International.

« Les opérations meurtrières par le biais d’actions policières et militaires coordonnées contre les peuples autochtones sous le régime de Duterte aux Philippines doivent cesser ! […] Nous, les organisations soussignées, sommes solidaires des Tumandoks de Tapaz, Capiz et Calinog, Iloilo pour condamner l’incident et demander justice pour les victimes. »

Les neuf victimes, « des civils et non des combattants armés”, auraient été tuées “à bout portant alors qu’elles étaient dans leurs maisons respectives ». Le plaidoyer précise :

« Des rapports de la communauté indiquent que les téléphones cellulaires ont été confisqués pour empêcher les gens de prendre des photos et des vidéos de l’exécution sommaire. Dans un cas, les membres de la famille ont été forcés de quitter leur maison et dans d’autres, les militaires sont entrés de force dans leurs maisons et ont tiré sur les chefs pendant qu’ils dormaient. »

La police dit avoir ouvert le feu sur des militants d’un groupe rebelle communiste dénommé New People’s Army, hypothèse rejetée par les familles selon l’Agence Fides.

La communauté Tumandok s’oppose à la construction de deux barrages et milite pour le respect de ses droits. Selon les organisations de défense des droits de l’Homme, ils sont perçus par les militaires comme des « membres et partisans du CPP-NPA (groupe d’opposition armé) ».

À la suite du massacre de Panay, un des leaders de la communauté a réaffirmé la poursuite de la « lutte contre la construction des barrages » :

« Notre lutte contre la construction des barrages de Jalaur et de Pan-ay n’est pas encore terminée, nous restons donc résolus à défendre ce qui reste de nos rivières et forêts. Malgré la violence et les menaces, nous nous opposerons sans relâche et farouchement au pillage des entreprises et à la destruction de l’environnement. »

La société civile et les organisations religieuses souhaitent que la lumière soit faite sur ce « massacre de Panay ».

Le Père Aris Miranda explique que « le lieu du crime a immédiatement été scellé ». Mais il note que le barrage n’est pas le seul problème des Tumandoks.

« Il n’existe pas seulement le problème de la digue mais plus en général il existe un constant accaparement des terres indigènes attendu que Panay est riche en ressources naturelles, agricoles et minières et que les investisseurs philippins et étrangers ont toujours cherché à obtenir la terre indigène. Les Tumandoks constituent une population locale de près de 95 000 individus, très liés à leur terre et à leurs traditions. Ils furent parmi les premiers à s’opposer à la conquête espagnole et encore parmi les premiers à lutter contre les groupes de pression soutenus par le dictateur Ferdinando Marcos. Panay est en effet une île où sont présentes de très grandes exploitations agricoles, le terrain étant fertile pour la canne à sucre. Elle est depuis toujours un lieu qui suscite de grandes convoitises mais connaît également une longue histoire de résistance locale contre les envahisseurs extérieurs. »

Les évêques des Visayas occidentales ont publié une lettre pastorale relayée par l’Agence Fides. Ils font référence à la « difficile situation de nos frères et soeurs Tumandoks » et réclament :

« Une enquête approfondie de la part d’un organisme indépendant visant à expliquer ce qui s’est réellement passé le 30 décembre dernier ; la cessation de l’intervention militaire dans les communautés indigènes de manière à ce que nos frères et sœurs Tumandoks puissent rentrer chez eux et vivre de nouveau en paix ; le respect consciencieux des standards éthiques liés aux règles d’engagement de la part de la police et de l’armée dans le cadre de leurs opérations, avec notamment le port de caméras dans l’ensemble des opérations pour se protéger de fausses accusations et protéger les civils de l’usage excessif de la violence ou des abus de pouvoir. »

M.C

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