Le monopole des semences entrainera inévitablement une crise alimentaire mondiale

Depuis la nuit des temps, les paysans produisent leurs semences, adaptées à l’environnement et au sol qu’ils cultivent. Aujourd’hui, les multinationales productrices de semences mettent en danger cette biodiversité. Elles concentrent les semences brevetées et autorisées à la culture agricole au détriment des semences paysannes et leur libre-échange. Ainsi, elles réduisent l’accès libre et diversifié à notre propre nourriture ; elles causent aussi des risques sanitaires. Face à ce monopole, nous nous devons d’agir afin que demain la sécurité alimentaire soit assurée pour tous.

Face au risque d’extinction de certaines variétés, comment concevoir qu’aujourd’hui un agriculteur peut être pénalisé du fait qu’il n’utilise pas les semences normalisées et inscrites au catalogue officiel ? S’il peut sous certaines mesures réutiliser ses propres semences, celles-ci ne peuvent ni être vendues ni échangées avec d’autres paysans. La biodiversité de ces semences adaptées à chaque situation, à chaque pays, contrées ou régions est aujourd’hui menacée. Dans un rapport datant de 2010, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, la FAO estime que 75% de la diversité des cultures a été perdue entre 1900 et 2000. Cette perte met en danger la possibilité des plantes nécessaires pour notre alimentation à s’adapter aux changements climatiques ou à des crises climatiques telles que nous avons pu en connaître durant l’année 2016 du à El Niño. Le rapport de la FAO souligne une réelle menace « La perte de biodiversité aura un impact majeur sur l’habileté du genre humain à se nourrir demain, lorsque l’humanité comptera 9 milliards de personnes en 2050 et que les plus pauvres du monde seront les plus touchés »

« Il existe des milliers d’espèces sauvages apparentées aux plantes cultivées qui doivent encore être collectées, étudiées et documentées, car elles recèlent des secrets génétiques qui leur permettent de résister à la chaleur, aux sécheresses, à la salinité, aux inondations et aux ravageurs ». Jacques Diouf, Directeur général de la FAO

Cette adaptabilité des plantes mérite une explication

Cette adaptabilité des plantes mérite une explication. Je parlerai donc d’un exemple très concret que j’ai vécu professionnellement. Vous voulez semer une prairie fleurie, vous achetez donc un beau mélange d’annuelles et vivaces produit par un groupe semencier. Vous vous attendez à ce que ces plantes se ressèment naturellement l’année prochaine ? Vous serez déçu car les semences produites à grande échelle et à bas coût dans les pays d’Europe de l’Est ne produiront rien la deuxième année en France.

Vous serez ainsi obligé de racheter de nouvelles semences chaque année. Si par contre, vous achetez des semences produites localement à un petit producteur, ou encore mieux collectées in situ, votre prairie fleurie deviendra pérenne, et chaque année vous profiterez de sa diversité qui sera propice à la faune et aux abeilles. Les plantes ont « un marqueur » génétique qui permet de s’adapter aux conditions locales. Ainsi, grâce à cette possibilité liée à la biodiversité, Pascal Poot arrive à produire des légumes sans eau et sans pesticide !

Les industriels producteurs de semences jouent l’effet contraire afin d’obliger jardiniers… à racheter leurs semences chaque année

Les industriels producteurs de semences jouent l’effet contraire afin d’obliger jardiniers, professionnels, maraîchers ou agriculteurs à racheter leurs semences chaque année. En fait le cartel international des groupes agro-semenciers impulse la privatisation des semences à travers une « protection plus sévère de la propriété intellectuelle ». Le cadre légal impulsé par les entreprises de l’agro et les gouvernements s’appelle UPOV 91 (Union Internationale pour la Protection des Licences Végétales), elle interdit l’échange de variétés entre paysans. De plus, les semences hybrides vendues aux agriculteurs sont rendues stériles ; il est alors impossible de semer sa propre récolte l’année suivante.

En France, la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages adoptée, le 20 juillet 2016, par les députés à l’Assemblée Nationale, a permis une avancée pour les semences anciennes hors catalogue. Elles sont autorisées à la vente et à la production. Toutes les associations Loi 1901 pourront désormais donner, échanger et vendre des semences de variétés du domaine public, qu’elles soient inscrites ou non inscrites au « catalogue officiel », à des jardiniers amateurs.

Seul bémol, les semences paysannes, premier maillon de la chaîne alimentaire… sont toujours interdites par la loi

Cette loi permet ainsi à des associations comme Kokopelli, la Graine et le Potager, Biau Germe, la Ferme de Sainte Marthe, etc. de continuer leurs actions. Certaines de ces associations étaient régulièrement mises à mal et poursuivies juridiquement par les semenciers agro-industriels. Seul bémol, les semences paysannes, premier maillon de la chaîne alimentaire, produites, utilisées, échangés et vendues par les agriculteurs sont toujours interdites par la loi et les règlements protégeant les semenciers.

En février 2016, lors de l’ouverture du symposium international de la FAO sur les biotechnologies agricoles à Rome, une centaine d’organisation civile ont tiré la sonnette d’alarme : « Nous sommes alarmés par le fait que la FAO, une fois de plus, sert de couverture aux entreprises, au moment même où ces entreprises parlent de fusions entre elles afin de concentrer le secteur commercial des semences dans peu de mains ». Après plusieurs réunions sur la place de l’agroécologie où il avait été possible de discuter, entre tous les acteurs, paysans et industriels, ce symposium sur les biotechnologies prouve « d’après la déclaration de la société civile, que l’industrie veut utiliser la FAO pour relancer son faux message, selon lequel les cultures modifiées peuvent nourrir le monde et refroidir la planète, alors que la réalité est que rien n’a changé du côté de la biotechnologie. ».

Dans un rapport international, Kathy Jo Wetter, coordinatrice ETC Groupe de l’enquête aux États-Unis, souligne et insiste sur la nécessité d’en finir avec les oligopoles et de fortifier un autre modèle : « La concentration du pouvoir des corporations et la privatisation de la recherche doivent être discutées comme des thèmes centraux dans la recherche de solutions au problème de qui va nous alimenter… C’est un grand mensonge de dire que le modèle agro-industriel peut combattre la faim dans le monde »

La fusion annoncée de Monsanto et Bayer est à ce titre très inquiétante

La fusion annoncée de Monsanto et Bayer est à ce titre très inquiétante. A terme la production de semence pourrait être entre les mains de trois grandes sociétés multinationales. La concentration entre quelques sociétés de la production de semence, de produits phytosanitaires et d’engrais est une situation explosive pour la biodiversité puisqu’il y a une « accaparation du vivant », préjudiciable à la biodiversité et donc à la possibilité de se nourrir. Dans une lettre ouverte, deux cents grands chefs cuisiniers français ont appelé au boycott de la fusion Monsanto-Bayer ils dénoncent les conséquences de la fusion entre les deux plus grandes firmes de biotechnologie sur notre alimentation. Ils s’insurgent contre l’invasion de l’agrochimie dans nos assiettes.

« Sans un produit sain et de qualité, sans diversité des cultures, le cuisinier ne peut plus exprimer son talent créatif. Il n’est plus en mesure de faire son métier comme il l’aime et de le transmettre avec passion. » Extrait de la lettre ouverte des chefs cuisiniers

Ardents défenseurs du bien manger, de la qualité du produit et des producteurs, ces grands chefs étoilés veulent également rappeler leur soutien à la biodiversité, le respect de l’environnement ainsi que la santé des consommateurs. C’est bien sur un enjeu pour la qualité des mets qu’ils préparent. C’est aussi un enjeu vital pour notre propre cuisine familiale. Dans les pays les plus pauvres c’est tout simplement une question de survie. Mais cela pourrait, à l’horizon 2030-2050, être le défi de toute la planète, y compris les pays développés, quand le réchauffement climatique aura une incidence notable sur les productions agricoles et vivrières.

Le grand chef cuisinier Olivier Roellinger s’est insurgé sur France 2 contre la confiscation des graines par l’industrie agro-chimique ! 90% des semences autorisées dans le catalogue officiel sont en effet possédées par 5 entreprises, dont Bayer et Monsanto.

« Contrôler toute la chaîne alimentaire, de la terre où pousse la semence jusqu’à l’assiette du consommateur, » est un axiome effrayant. C’est pourtant cela qui risque d’arriver si nous ne réagissons pas. Qui détiendra alors le pouvoir ? Nos gouvernements, nous en tant que citoyens ou un consortium de multinationales qui ne pensent qu’à engranger des bénéfices ? (Les accords internationaux CETA et TAFTA ne feront qu’aggraver cela en donnant plus de pouvoir aux multinationales). Cette agriculture où les paysans ne seront plus que des « simples exploitants au service d’une machine infernale », où le sol devient un support inerte (par l’emploi abusif de la chimie) quand il est encore présent, où la production devient industrielle, hors sol… a de quoi inquiéter.

Des effets sur notre santé sont aussi déjà connus. Les agriculteurs sont en première ligne avec des intoxications aiguës ou chroniques qui ont rendus certains invalides. Le photographe Alvaro Ybarra Zavala questionne l’industrie agroalimentaire et ses dérives : des grains de maïs transgéniques, des machines à pulvériser des insecticides, des gigantesques et nombreux silos de l’usine Monsanto, à Rojas, en Argentine aux enfants malades et malformés dans les villages voisins, le contraste est saisissant, le cheminement abrupt.

En France, il y a des cas où des écoliers ont été « incommodés » par des pulvérisations à proximité de leur école (une règlementation en cours cherche à limiter cela) et l’état sanitaire des eaux de surface ou des nappes phréatiques est inquiétant par la présence excédentaire de résidus de produits phytosanitaires dont le glyphosate produit phare de Monsanto suspecté d’être cancérigène.

Des scientifiques commencent aussi à faire le rapprochement entre cette « agriculture industrielle », les pollutions chimiques, et certaines maladies qui sont en augmentation (autisme, alzheimer, parkinson…).

Est-ce ce modèle « industriel » que nous voulons pour notre alimentation ?

Est-ce ce modèle « industriel » que nous voulons pour notre alimentation ? Cette façon de « produire » en diminuant la biodiversité est dangereuse et entrainera une crise alimentaire mondiale si nous persistons dans cette voie. D’ores et déjà cette diminution de la biodiversité et la pression de la pollution agrochimique ajouté à d’autres facteurs climatiques ou épidémiologiques entraînent une mortalité conséquente des abeilles. Ainsi The United States Fish and Wildlife Service (USFWS), organisme fédéral des États-Unis avec mission de s’occuper de la gestion et la préservation de la faune sous la responsabilité du Département de l’Intérieur, a classé ce 30 septembre 2016, les abeilles comme une espèce en voie de disparition. D’un côté, cela doit mous alerter sur notre propre devenir face à la diminution de la biodiversité. De l’autre, vu le rôle important de pollinisation des abeilles, toute la chaîne alimentaire sera impactée par leur disparition.

Le brevet du vivant est une voie royale ouverte à Syngenta, Monsanto, Limagrain et consorts pour prendre le contrôle de notre alimentation, y compris pour les variétés millénaires ainsi une variété d’une plante sauvage peut-être copiée puis brevetée. Et, si ses semences venaient à être brevetées, des centaines de millions de paysans seraient obligés d’abandonner leurs graines ancestrales, les semences paysannes et de les acheter (très chères) à ces semenciers. Pendant ce temps la biodiversité se réduit de plus en plus et cela entraînera une crise alimentaire mondiale, si rien n’est fait afin d’arrêter cette concentration du vivant entre quelques « mains », voulant s’enrichir en appauvrissant la Terre et les hommes. Le vivant appartient à l’humanité.

« Lorsque Dieu a créé l’homme et la femme, il a bêtement oublié d’en déposer le brevet, si bien que maintenant le premier imbécile venu peut en faire autant. » George Bernard Shaw

Comment est-on passé d’une agriculture vivrière à une agriculture industrielle ? Comment est-on arrivé à cette situation où la terre qui a la capacité de nourrir avec abondance l’homme depuis sa création, à un état où notre alimentation est en danger ? Notre empreinte écologique sur la planète fera l’objet d’une autre chronique à venir. Mais dès aujourd’hui réfléchissons et agissons afin que les semences et leur biodiversité, le « vivant » soit libre d’accès pour chacun sur cette Terre comme l’a voulu Dieu :

« Le champ que défriche le pauvre donne une nourriture abondante, mais l’absence d’équité (de justice) provoque la perte de certains. »
Proverbes 13:23

Nathanaël Bechdolff

La rédaction

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