Municipales : Une vaguelette verte aux allures de tsunami

Si l’on tient absolument à parler de « vague » à propos des élections municipales du dimanche 28 juin, alors, parlons de l’abstention.

Ce scrutin s’est déroulé dans des conditions détestables, sous contrainte sanitaire, sans campagne électorale, au seuil des vacances, et trop loin du premier tour. Sa légitimité est gravement entachée par la terreur de la contagion. Résultat, une abstention sans précédent, un vrai désastre : 58,4%, selon les chiffres du ministère de l’intérieur, soit plus de 20 points qu’au second tour des élections municipales de 2014.

L’épidémie n’explique pas tout. Pourquoi une telle désaffection ? Le maire n’est-il pas l’élu préféré des Français, le seul à vrai dire auquel ils accordent encore leur confiance ? Mais quel pouvoir reste-t-il au maire d’une commune depuis qu’il est coiffé par une communauté de communes et par la région ? Et à quoi bon voter si des décisions qui impacteront la vie quotidienne s’inspirent d’une « Convention citoyenne pour le climat » dont le recrutement a été confié au hasard –et dont la représentativité est d’autant plus douteuse que seuls les « accros » à l’écologie ont mené les débats ? (cf. LSDJ n°996) Résultat : la plupart des propositions de la Convention ont été votées à 85% ou 90%, des scores soviétiques ! Néanmoins, le chef de l’État a assuré qu’il retiendrait la quasi-totalité des propositions des 150 « conventionnels » pour les soumettre à référendum, à l’exclusion des plus explosives : – la limitation à 110 km/h sur les autoroutes (les 80 km/h sur routes avaient lancé la fronde des Gilets jaunes) ; – la taxe sur les profits qui aurait attaché un nouveau boulet aux pieds des entreprises ; – et la déclaration de principe plaçant les « droits » de la nature au-dessus des droits humains (c’est la philosophie des intégristes de l’écologie profonde, ou « deep ecology »).

Quoiqu’en réalité aussi mal élus que les autres sur ces très basses-eaux municipales, les maires « verts » chamboulent la physionomie politique d’une dizaine de villes dont les plus grandes après Paris : Lyon, Bordeaux, Strasbourg (victoire remportée avec seulement 9,42% des inscrits !) …et peut-être Marseille (on le saura samedi prochain après des tractations façon bouillabaisse). Si l’épidémie a aggravé un désintérêt croissant pour les urnes, elle a galvanisé les écologistes qui n’ont cessé d’établir une relation pourtant des plus douteuses entre la Covid-19 et le réchauffement climatique. Ils ont pratiqué cet amalgame en bénéficiant d’une active propagande médiatique agitant la fin du monde si la France ne se convertissait pas à la religion verte (bien que notre pays figure parmi les plus respectueux de l’écologie).

Par démagogie, absence d’idées et de programme, La République en Marche (LREM) a donné à fond dans ce panneau en se « végétalisant » hâtivement …et en a fait les frais : les électeurs ont préféré l’original à la copie. Aucune grande ville dans son escarcelle : la déconfiture de LREM est totale (le succès d’Edouard Philippe au Havre ne doit pas faire oublier que le premier ministre… n’est pas membre de LREM). Et nombre de maires LR qui s’étaient alliés à LREM, ont été entraînés par celle-ci dans la chute –à l’exception notable de Toulouse.

Le parti LR n’amplifie pas ses résultats du premier tour mais ne décroche pas non plus. Il reste la force politique la mieux implantée localement (il avait conquis beaucoup de municipalités en 2014). Il est néanmoins douteux qu’il sache en tirer profit à l’échelle nationale sans programme et candidat crédible à la présidentielle.

Le parti écologiste a pris la gouvernance de la gauche. La France insoumise (LFI) était aux abonnés absents et n’a logiquement enregistré aucune victoire de rang dans ces élections. Le PS conserve des bastions : Paris, Lille, Nantes, Rennes, conquiert Nancy, Saint-Denis, Montpellier, mais perd Poitiers et Strasbourg. Au total, il stagne. On peut aussi parler de stagnation à propos du Rassemblement National, qui peine toujours à s’implanter localement, l’exception notable étant la conquête de Perpignan par Louis Alliot (qui avait pris soin de « dégriffer » son étiquette RN), mais le parti frontiste perd le 7e secteur de Marseille (plus peuplé que Perpignan) et Mantes.

Finalement, ces élections municipales consacrent l’avènement d’une nouvelle gauche « pastèque » (verte à l’extérieur, rouge à l’intérieur) qui prend la place du vide laissé par la France insoumise, les socialistes et les communistes (en voie d’extinction). Vu l’anthropologie erratique du parti écologique, son peu d’appétence pour la nation et les sujets régaliens, son absence de scrupules à s’allier aux « verts » des banlieues islamisées, cette vaguelette verte aux allures de déferlante est un symptôme de la décomposition française. La question est maintenant de savoir si l’expérience de la gouvernance des Verts (cf. l’état dans lequel ils ont mis Grenoble) ne va pas, au bout du compte, réveiller en sursaut les Français.

Philippe Oswald

Source : Atlantico

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