Nigéria : elles ont survécu à la traite des femmes sur les routes de l’exil

« Mon monde s’est écroulé. J’étais désespérée. C’était vraiment dur et dégoutant de me voir comme ça. Je me demandais pourquoi avoir fui ce vieil homme auquel on voulait me marier pour me retrouver à coucher pour du business, non pas avec un, ni avec deux, mais avec des milliers d’hommes. »

La moitié des migrants sont des femmes. Si la proportion reste relativement stable depuis les migrations du 19ème siècle, une nouveauté change la donne. Auparavant, les départs étaient familiaux. Si certaines femmes partaient seules, c’était pour rejoindre leur époux parti plus tôt pour préparer l’arrivée de sa famille.

Désormais, leurs départs sont solitaires. Ils sont faits dans l’urgence et la douleur. Ces femmes prennent la route seules ou avec leurs enfants pour fuir les violences conjugales, les mutilations génitales, les viols de guerre ou encore les mariages forcés. Sur les routes, elles doivent faire face aux mêmes difficultés que les hommes, mais elles doivent également affronter la violence des proxénètes.

Vatican News a recueilli les témoignages de deux d’entre elles, Joy et Edith. Toutes deux nigérianes de 23 ans, elles racontent l’horreur.

Edith n’a que  9 ans quand elle est confiée à son oncle. Après un petit temps de scolarisation, sa tante décide qu’elle doit travailler. Elle tente même de la prostituer à Dubaï sans succès. En 2014, Edith est contrainte à partir sur les routes de l’exil.

« De nombreuses personnes sont mortes. J’ai vu des cadavres partout. Tant de personnes ont été violentées, violées. Les garçons les frappaient, collectaient l’argent. Beaucoup de gens pleuraient, mais moi je n’en avais pas besoin, parce que j’avais déjà traversé tant d’épreuves. J’étais prête à tout affronter. Ou tu survis ou tu meurs. »

Elle traverse le Nigéria en bus, poursuit dans le désert, puis passe 3 semaines dans un ghetto libyen. Elle tente ensuite la traversée vers l’Europe en bateau. Mais le bateau prend feu. Brûlée vive, elle s’évanouit. Mais quand elle perd connaissance, elle fait tomber son amie à l’eau, une fillette, qui n’a pas survécu à la chute. Cinq jours plus tard, elle reprend la route et arrive enfin en Italie.

Après avoir été soignée pendant 1 mois dans un centre d’accueil, elle sort. Une « madame » vient à sa rencontre. Ces « madames » sont des proxénètes. Les nigérianes leur doivent obéissance à cause d’un serment fait devant un chef traditionnel.

« Une personne de mon camp m’a conduite à une femme. Elle m’a dit qu’elle était ma ‘madame’. Elle m’a tout pris, l’adresse du camp, mes numéros de téléphones. C’était l’hiver mais chaque nuit, ils m’emmenaient dans la rue. Je n’étais pas capable de faire le job. Je ne ramenais pas d’argent, alors elle me battait beaucoup. »

Comme Edith, Joy a croisé la route d’une « madame ». Elle a quitté sa maison pour fuir un mariage forcé. Pensant y trouver refuge, elle se rend chez une amie de sa mère. Mais celle-ci l’accompagne en Libye et la vend à une « madame ».

« Mon monde s’est écroulé. J’étais désespérée. C’était vraiment dur et dégoutant de me voir comme ça. Je me demandais pourquoi avoir fui ce vieil homme auquel on voulait me marier pour me retrouver à coucher pour du business, non pas avec un, ni avec deux, mais avec des milliers d’hommes. Et je ne pouvais même pas payer l’argent qu’elle me demandait. Je ne pouvais pas faire beaucoup. Je n’étais pas préparée à cela, je n’avais pas la force. Je pleurais tout le temps. Je priais, je priais Dieu : s’il ne voulait pas que je meure dans ce pays appelé Libye où il m’avait envoyé , il fallait qu’il m’apporte de l’aide. J’étais toute seule. Mon unique amie, c’était ma Bible. »

Mais en mars 2018, un roi traditionnel invalide publiquement tous les serments de ces jeunes femmes. Cette annonce est publiée sur les réseaux sociaux. Des milliers de femmes nigérianes se libèrent de l’influence de leur « madame ».

Joy raconte qu’en quittant sa proxénète, elle a rencontré une communauté chrétienne qui va à la rencontre des nigérianes dans les rues et les centres d’accueil.

« Rencontrer la communauté de San’t Egidio, ça a été un moment merveilleux ; de trouver des gens qui t’aiment, qui prennent soin de toi et qui pensent toujours d’abord à tes intérêts… Même s’ils ne te connaissent pas et qu’ils ne savent pas d’où tu viens, ils font de leur mieux pour que tu deviennes une meilleure version de toi-même. C’était un privilège pour moi de rencontrer ces personnes après de longues années de peine, de souffrances et de rejet. Je suis heureuse et pleine de gratitude de les avoir rencontrées. »

Les vies de Joy et Edith ont été transformées. Joy n’a aucune colère contre ceux qui ont fait d’elle une esclave sexuelle, affirmant que « la vengeance n’appartient qu’à Dieu ». Quant à Edith, elle rêve de devenir chef de son propre restaurant.

M.C.

Crédit Image : Nicolas Economou / Shutterstock.com

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