Nigeria : « Si cela continue, le pays est sur la voie de la désintégration » craint Mgr Gopep

« Lorsque les populations locales forment des milices d’autodéfense, cela signifie que le gouvernement perd sa légitimité et le contrôle du monopole de la force. Si cela continue, le pays est sur la voie de la désintégration. »

Violence accrue dans le pays, enlèvements, meurtres et attaques des églises et de leurs communautés. Pour l’Agence Fides, Mgr Luka Sylvester Gopep, Évêque auxiliaire de Minna, témoigne de la situation « très compliquée » du Nigeria.

L’évêque commence par rappeler l’origine de cette violence.

« L’état actuel de violence au Nigeria a commencé avec un mouvement islamique fondamentaliste né à Maiduguri, la capitale de l’État de Borno, appelé Boko Haram, qui signifie littéralement ‘l’éducation occidentale est une abomination’. Son principal enseignement consistait à placer la vie sociale et le développement de la population du Nigeria sous l’autorité et la stricte guidance de la charia islamique. »

Il précise que « au départ, Boko Haram s’est attaqué aux institutions gouvernementales, mais il a ensuite commencé à cibler les chrétiens ».

Désormais, d’autres entités sèment la terreur, des groupes de bandits, des éleveurs peuls armés et des kidnappeurs. « Dans mon diocèse, il y a 16 paroisses qui sont constamment soumises à de fortes attaques de bandes de kidnappeurs », explique Mgr Luka Sylvester Gopep.

« Les bandits arrivent même en plein jour, capturent des familles entières, ne laissent que les enfants et emmènent les adultes. Ils contactent ensuite les proches des kidnappés pour demander une rançon. Dans certains cas, certains des kidnappés sont tués, tandis que d’autres sont mutilés en raison de la férocité qu’ils ont subie entre les mains des ravisseurs. Pendant la période où les bandits emmènent les gens, leurs enfants sont laissés seuls dans leurs maisons et leurs communautés. En tant qu’Église, nous assumons la tâche et la responsabilité de prendre soin de ces enfants, en leur fournissant de la nourriture et des soins médicaux et psychologiques. »

« Parmi les femmes et les filles enlevées, certaines ont été données en mariage aux kidnappeurs, d’autres violées et d’autres encore vendues à d’autres gangs pour l’esclavage sexuel », poursuit-il.

Cette situation entraîne des déplacements de population et la création de camps de réfugiés auprès desquels le diocèse de Minna s’investit.

L’évêque le déplore, « malheureusement, les gouvernements, tant au niveau national qu’au niveau des États du Nigeria, ont continué à se contenter de belles paroles pour lutter contre l’insécurité ».

« Ils continuent à vouloir nous faire croire que nos dirigeants luttent contre l’insécurité et l’insurrection. Mais nous attendons toujours le moment où quelqu’un sera arrêté et inculpé devant un tribunal pour avoir soutenu l’insécurité ou le banditisme au Nigeria. Il est vraiment choquant qu’en dépit du fait que nous vivons dans une ère technologiquement avancée, le gouvernement du Nigeria n’ait pas été en mesure de déployer une quelconque forme d’équipement technologique pour aider à trouver les insurgés et les bandits qui terrorisent pratiquement tous les coins du pays. (…) On entend parfois dire que le gouvernement sait où se cachent les bandits. Si cela est vrai, pourquoi rien n’a été fait pour les arrêter ou mettre un terme à leurs activités meurtrières ? Tous les Nigérians, à l’exception des membres du gouvernement, se demandent ce que font nos gouvernements. Certains se sont même demandé à voix haute si certains responsables gouvernementaux n’étaient pas en partie responsables des problèmes d’enlèvement et d’insécurité qui nous assaillent. »

Dans ce contexte, l’évêque fait état du phénomène de la « justice de la jungle ». « Des groupes d’autodéfense locaux arrêtent des bandits, ne les remettent pas aux autorités locales mais procèdent à des exécutions extrajudiciaires », explique-t-il. « Si cela continue, le pays est sur la voie de la désintégration », ajoute-t-il alors.

« Lorsque les populations locales forment des milices d’autodéfense, cela signifie que le gouvernement perd sa légitimité et le contrôle du monopole de la force. Si cela continue, le pays est sur la voie de la désintégration. Mais les habitants des différentes communautés sont impuissants face à la violence croissante et à la destruction des vies et des biens dans leur pays. Si rien n’est fait pour remédier à cette situation, j’espère que les politiciens, uniquement préoccupés par les prochaines élections, n’auront pas de villages, de villes et d’agglomérations vides à gouverner lorsque les élections seront terminées en 2023. »

M.C.

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