Un pasteur chinois renvoyé par l’Église d’État pour avoir défendu des croix

Zhang Chongzhu est un pasteur protestant de la province côtière du Zhejiang, une terre soumise aux typhons et dont le nom évoque une rivière au lit tordu. Le ministère du pâtre Zhang n’est pareillement pas un fleuve tranquille, le harcèlement qui l’emporte trouve son cœur dans la politique de répression des cultes menée par les autorités de la province qui étend celle décidée par le pouvoir central. En sus de cet ajout, il y a désormais l’écueil des capitaines d’églises officielles ; Zhang, nous apprend China Aid le 18 novembre dernier, a été privé de son ministère par deux organisations chrétiennes apparentées à l’État le mois passé.

D’après l’information récemment rapportée, des associations chrétiennes de l’Église protestante officielle ont interdit au pasteur Zhang de prêcher ou d’évangéliser en même temps qu’elles l’ont démis de ses fonctions le 29 octobre dernier. Auparavant, en septembre, il avait été mis en « résidence surveillée dans un lieu désigné », connu sous le nom de « prison noire », comme l’an passé à la même époque. Et, le 5 février de cette année, Zhang Chongzu avait été placé en détention pour « vol, espionnage, achat ou fourniture illégales de secrets d’État ou d’intelligence avec des entités étrangères à la Chine ». Arrêté le 9 mars pour ce crime, il avait finalement été relâché le 9 mai. Mais les soucis des tracasseries judiciaires ont été étendus par le Conseil chrétien de la province ainsi que le Mouvement des Églises Triplement Autonomes du Zhejiang. La révocation du certificat qui prouvait le droit du pasteur à prêcher et son éviction sont une source de colère pour les chrétiens locaux.

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Zhang Chongzhu (China Aid).

Avant son arrestation du 9 mars, le pasteur Zhang avait déjà été engeôlé au cours du mois d’août de l’année précédente. Son crime d’entente avec l’ennemi étranger se résumait concrètement à ses protestations contre la démolition des croix entreprises par les Gouvernement de la province du Zhejiang. Il avait fait passer des messages en dehors du pays pour alerter au sujet de ces destructions, et déclaré à la radio que faire du bruit était la seule solution pour obtenir de l’aide de l’étranger. Il devait rencontrer l’ambassadeur itinérant américain pour la liberté religieuse, David Saperstein, avec le célèbre avocat chrétien défendant les droits de l’homme, Zhang Kai, qui représentait les églises dont les croix avaient été abattues, libéré le 23 mars. Maître Zhang dirige une équipe d’une trentaine d’avocats en charge d’une centaine d’églises victimes de ces destructions règlementaires, mais illégales, dans une province où le christianisme fait florès. Il avait été rendu à la liberté, suite aux protestations internationales et une semaine avant la visite prévue entre le Président américain Barack Obama et le chef de l’État chinois, Xi Jinping, mais après avoir dû avouer à la télévision des activités de « trouble à l’ordre public » et de « divulgation de secrets d’État ». Deux semaines avant la libération de Zhang Kai, l’épouse de Chongzhu avait révélé à la radio que son mari venait d’être arrêté pour les raisons précédemment énumérées.

Le Zhejiang, terreau du christianisme sur lequel faire une croix

Le Président Xi Jinping a demandé de défendre le caractère chinois de la religion ou, à défaut, de siniser les cultes

Si les libertés publiques, dont celle de culte, se refroidissent dans la Chine de Xi qui mène un sévère retour vers la restriction des droits et se montre glacial envers le christianisme, non pas tant en raison de l’hostilité du Parti communiste envers la religion que par volonté de défendre l’identité traditionnelle du pays, la province du Zhejiang a devancé le Parti central, qui attire l’attention de l’Occident par son obsession quant à l’abattage des croix à la manière d’un typhon. Le Président Xi Jinping a demandé de défendre le caractère chinois de la religion ou, à défaut, de siniser les cultes, et dans cette province, qui fut une terre d’élection particulièrement fertile pour les missionnaires occidentaux au début du siècle dernier ; et le Gouvernement local tient à montrer l’exemple.

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Une croix abattue dans la province de Zhejiang (China Aid)

La grande ville portuaire de Wenzhou, autrefois surnommée la Jérusalem chinoise, et où le christianisme est la religion du dixième de la population évaluée à neuf millions d’âmes – une proportion véritablement singulière en Chine continentale -, conjugue présence chrétienne et vigoureux développement économique ; c’est la troisième cité du pays relativement au niveau du revenu moyen par habitant, derrière Shanghai et Pékin, et les néons des commerces côtoyaient jusqu’en 2013 un essaim de croix rubriquées à perte de vue. Alors que cette province autrefois parmi les plus pauvres du pays en est aujourd’hui l’une des plus riches au terme d’un grand bond en avant, les libertés religieuses connaissent, elles, un véritable bond en arrière.

Fin avril 2014, les autorités de la province avaient décidé de démolir l’église de Sanjiang à Wenzhou

Fin avril 2014, les autorités de la province avaient décidé de démolir l’église de Sanjiang à Wenzhou, dont la surface était le quadruple de celle prévue par le permis de construire, d’après les pouvoirs publics avant de soudainement s’en prendre quelques jours plus tard aux croix qui illuminaient la ciel nocturne dans la foulée ; seules celles sur les façades étaient épargnées. Un an plus tard, on estimait que 1 200 à 1 700 églises avaient été détruites, selon le New York Times du 29 mai 2015. Et Zhang Chongzhu n’est pas le seul pasteur de l’Église Protestante Triplement Autonome à avoir été défait par les organisations chrétiennes officielles ; le pasteur Gu Yese à Hangzhou, la capitale du Zhejiang, l’avait été le 18 janvier de cette année pour avoir lui aussi protesté contre les atteintes aux croix.

En février dernier, le pasteur Bao Guohua et son épouse, Xing Wengxiang, avaient été respectivement condamnés à 14 et 12 ans d’emprisonnement et  à des amendes correspondant alors à 15 300 et 14 000 dollars pour délits financiers, corruption et rassemblement en vue de troubler la paix sociale, sans parler du retrait des avoirs de chacun d’une somme équivalant à ce moment à 92 000 dollars, des chiffres qui surprennent et laissent penser que soit le délit financier était peut-être réellement constitué, soit la sanction pécuniaire fictive et ne servant qu’à convaincre de la justice des accusations. Pour Zheng Leguo, auparavant pasteur d’une église souterraine et vivant aujourd’hui aux États-Unis, il n’y a pas de doute, le couple est puni pour avoir osé protester contre le sort fait aux croix.

Le pasteur Bao dirigeait une église officielle, comme son collègue Gu. De la même manière que Zhang Chongzhu. Être membre de l’Église officielle ne garantit pas la sûreté de qui proteste contre cette insécurité, lorsque ce sont les pouvoirs publics qui la créent, et rares sont les pasteurs de ces communautés qui osent s’élever contre ces démolitions.

Hans-Søren Dag

Crédit images : Avec l’aimable autorisation de China Aid

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