Père Pedro : « De cette montagne de déchets, nous avons fait une oasis d’espérance. »

Il y a bientôt 30 ans, Père Pedro s’est rendu à la décharge de Tananarive. Ce qu’il a vu l’a fait « basculer dans l’horreur ». Depuis, il n’a cessé d’agir pour les enfants de la décharge.

Le petit Pedro Opeka n’a que 9 ans, quand son père slovène lui apprend le métier de maçon en Argentine. Il rêve alors de devenir footballeur professionnel. Mais un autre chemin l’attendait. Après son bac, il se rend dans un coin reculé de l’Argentine avec des étudiants chrétiens. Il souhaite partager son savoir-faire avec les indiens mapuches, et y construit une maison.

Il renouvelle cette expérience l’année suivante dans la tribu de Matacos, à la frontière bolivienne. Sa vocation est née : il s’engage à passer sa vie à aider les plus pauvres, avec un maître-mot, aider sans assister.

« J’avais 17 ans et demi quand j’étais en Argentine, au-dessus de la Cordillière des Andes. J’étais tellement ébloui par cet environnement extraordinaire. Mais là, il y avait des indiens mapuches qui survivaient. Comment était-ce possible que des frères, en Argentine, puissent vivre dans cette pauvreté. Là, j’ai décidé. Je vais donner ma vie pour les plus pauvres. »


Aider les plus démunis à prendre leur destin en main

Proche de l’abandonIl se forme alors en théologie et philosophie à Buenos Aires puis en Slovénie, la terre de ses parents, avant de partir à Madagascar. Il est maçon dans la paroisse de l’une des régions les plus pauvres de l’île et fédère des groupes de jeunes paysans, les aidant à prendre leur destin en main. Après une reprise d’études, il se rend ensuite à Vangaindrano, où il partage pendant 13 ans la vie des paysans pauvres. Il travaille avec eux dans les rizières, partage leur sort et tombe malade à plusieurs reprises à cause des conditions de vie éprouvantes. Proche de l’abandon, alors qu’il pense devenir formateur au séminaire, une visite va bouleverser sa vie.

« J’étais tombé très malade, je ne pouvais plus me tenir debout devant tant de misères et de souffrances. Je me suis dit que j’allais quitter Madagascar. Mais à ce moment-là, ma communauté m’a proposé une nouvelle mission dans la capitale, Tananarive. Ce que j’ai vu dans la décharge m’a fait basculer dans l’horreur. »

Côtoyer la misère au quotidien

Des enfants tentent de survivre sur des montagnes de déchetsLa décharge. Des enfants qui tentent de survivre sur des montagnes de déchets, comme les chiens et les cochons qu’ils côtoient. 3000 chiffonniers, les mpikritakas, y travaillent inlassablement, triant et collectant jour et nuit le plastique, le métal, le charbon. Ils devront revendre 2 kilos de plastique pour gagner 1 centime d’euro. Pour obtenir le métal, qu’ils revendront 50 centimes d’euro le kilo, ils doivent mettre le feu aux déchets. La fumée toxique est omniprésente sur la décharge, rendant les problèmes respiratoires fréquents. Mais la misère est grande à Madagascar, et pour les familles pauvres rurales, cette décharge s’apparente à un eldorado. Vivre à la décharge est aussi une solution pour les 12% d’enfants qui survivent dans les rues à Madagascar. La décharge est également un lieu d’abandon. Parce que la misère se confronte aux déficiences des installations de santé, c’est la décharge qui accueille les jeunes mères, quand elles viennent lui abandonner leurs foetus et leurs nouveaux-nés.

« Quand j’ai vu ce jour-là des enfants disputer leur survie avec des animaux, avec des chiens, des cochons qui étaient là, je suis resté muet. J’ai subi un électrochoc. J’ai dit, ici, je n’ai pas le droit de parler. Là, je dois agir. Ce soir, j’ai fait une alliance avec Dieu […] Mon Dieu, aide-moi à faire quelque chose pour ces petits enfants. Je ne savais pas quoi, ni comment. Mais je savais qu’il fallait que ces enfants sortent de cet enfer. »

Ce 20 mai 1989 a marqué Père Pedro à tout jamais. Le lendemain, il organise un goûter avec les enfants de la décharge, puis il commence une école, sous un arbre. En décembre, l’association Akamasoa voit le jour. « Les  bons amis », voilà le projet de Père Pedro pour les enfants de la décharge.

C’est par le travail que nous allons vaincre la pauvreté.

Travailler inlassablement pour faire reculer la pauvreté

Brique après briqueEt depuis bientôt 30 ans, sans relâche, Père Pedro se bat chaque jour pour vaincre la pauvreté. Akamasoa aujourd’hui, c’est une véritable société : plusieurs villages, des hôpitaux, des crèches, des écoles, des collèges, des lycées, des écoles supérieures, de la formation professionnelle, des pépinières, des infrastructures sportives, des cimetières… Brique après brique, les malagasys bâtissent un monde serein.

« De cette montagne de déchets, nous en avons fait une oasis d’espérance. Tout a commencé par une brique. »

S’insurger « avec les armes du coeur »

Aujourd’hui, Père Pedro nous appelle à nous insurger. Nous insurger contre l’injustice, l’indifférence, l’égoïsme et la pauvreté.

« Face à la misère, à l’extrême pauvreté, ce devoir d’insurrection concerne tout le monde, pas seulement les détenteurs du pouvoir, nous devons tous nous insurger avec les armes du cœur. Il ne faut pas attendre d’être parfait pour commencer quelque chose de bien. »

Et pour lui, les chrétiens doivent être « dans les premiers rangs ».

« On n’a pas le droit de ne pas aider. On doit aider. C’est un devoir moral en tant qu’humain. C’est un devoir spirituel en tant que croyant. »

Père Pedro veut suivre le modèle de Jésus. Il aime rappeler que Jésus n’a jamais eu peur de dénoncer les inégalités, l’hypocrisie et l’injustice. Il a décidé de l’imiter.

Alors quand un journaliste lui parle de la crise en Europe, il s’insurge :

« Je suis arrivé à Madagascar, il y avait 6 millions d’habitants. Aujourd’hui, ils sont 23 millions d’habitants. Il y avait à l’époque 30% de pauvreté, de pauvres. Aujourd’hui, ils sont 90%. La Banque Mondiale dit 92%. […] Mais quelle crise ? On ne peut pas comparer la crise de l’Europe. Si vous dites que vous êtes en crise, inventez un autre mot pour l’Afrique et Madagascar. Là, on survit. »

Une oeuvre reconnue par tousSon oeuvre missionnaire est reconnue internationalement et récompensée par de nombreuses distinctions, comme la Croix du Grand Officier de l’Ordre National Malgache, ou la Légion d’Honneur en France. Nominé à plusieurs reprises au Prix Nobel de la Paix, nul doute qu’il recevra un jour ce prestigieux prix. Mais son bonheur est ailleurs :

« J’ai découvert le vrai bonheur, celui d’entendre résonner au plus profond de moi ces mots de Jésus, ‘ce que vous ferez au plus petit d’entre mes frères, c’est à moi que vous le ferez’. »

Après bientôt 30 années d’un service sans faille, Père Pedro a vu naître 22 villages Akamasoa. Des villages où chacun peut aller à l’école, être soigné et prendre soin de sa terre. Rebâtir sa vie dignement et envisager un avenir meilleur. Made In Compassion avait participé à cet élan en rebâtissant des maisons après le cyclone Enawo par exemple.

Aujourd’hui, Made In Compassion s’associe à l’effort de Père Pedro, en offrant la possibilité aux donateurs de soutenir 2000 enfants des villages du Père Pedro.

Made In Compassion s’engage aux côtés de Père Pedro

Découvrir le projet

Avec 15 euros, un enfant mange à la cantine pendant un mois.

Offrir un repas, c’est aussi offrir une chance d’aller à l’école, de recevoir une éducation et de se construire un avenir en dehors de la décharge.

La rédaction

Ne manquez pas l’interview intégrale de Père Pedro par Guillaume Anjou.

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