Perspectives de guerre mondiale sur fond de campagnes électorales

C’est la déclaration de la semaine concernant les relations internationales, la candidate du Parti vert à l’élection présidentielle américaine, Jill Stein, a dit son effroi, le 12 octobre, en pensant à la guerre nucléaire que risque le monde si Hillary Clinton est élue.

Un propos qui intervient dans un contexte de tension grandissante entre les trois première puissances militaires du monde, les États-Unis d’une part, la Russie et la Chine d’autre part qui n’ont cependant pas à elles d’eux l’équivalent militaire de la seule superpuissance. Diverses voix de dirigeants politiques et militaires mettent en garde contre la probabilité et même la proximité d’une nouvelle guerre mondiale.

« Avec Hillary Clinton, nous pourrions glisser rapidement vers une guerre nucléaire en raison de sa politique affichée en Syrie. Je ne dormirais pas bien si Donald Trump était élu, mais je ne dormirais certainement pas mieux si Hillary Clinton l’était. Heureusement, nous avons un autre choix que ces deux candidats qui promeuvent tous les deux des politiques mortelles. Mais en ce qui concerne la guerre et les armes nucléaires, ainsi que la possibilité d’une guerre nucléaire, la politique de Hillary est plus effrayante que celle de Donald Trump qui ne veut pas de guerre avec la Russie. Trump veut trouver des solutions pour collaborer, ce qui est le chemin que nous devrions suivre », avertit l’outsider écologiste Jill Stein.

Si cette déclaration est à relativiser, car à considérer dans son contexte, celui de la campagne électorale américaine, elle mérite toutefois d’être prise en compte tant sont aujourd’hui nombreuses les démonstrations de force, verbales ou militaires.

Des annonces de Troisième Guerre mondiale par de hauts responsables politiques et militaires

Le 8 octobre dernier, le ministre des Affaires étrangères allemand, Frank-Walter Steinmeier, déclarait au quotidien Bild, au sujet des tensions croissantes :

« C’est une illusion de croire qu’il s’agit de l’ancienne guerre froide. Les temps actuels sont différents, plus dangereux. » Une mise en garde que partageait, dans l’article du Bild, l’ancien diplomate allemand, Wolfgang Ischinger, auparavant médiateur de l’OSCE pour l’Ukraine : « Le danger d’une confrontation militaire est considérable. Ce danger n’a jamais été aussi important depuis des décennies et la confiance entre l’Ouest et l’Est jamais aussi faible. »

Pour contrer l’OTAN qui se rapproche de ses portes, la Russie vient d’installer des missiles Iskander, pouvant emporter des têtes nucléaires, à Kaliningrad, près de la frontière polonaise ; leur portée est de 700 kilomètres. Moscou aurait même demandé à ses représentants à l’étranger de rapatrier leurs familles. A peine devenue Premier ministre, la britannique Theresa May a annoncé être prête à détruire un ennemi à l’arme nucléaire. Aux États-Unis, le secrétaire d’État à la Défense, Ashton Carter, a insisté fin septembre sur la disposition du Pentagone à utiliser le premier l’arme nucléaire. Hillary Clinton laisse son entourage dire qu’elle attaquera la Russie s’il le faut. Et deux hauts responsables militaires américains, ont annoncé début octobre l’imminence d’une guerre concernant notamment les trois principales puissances militaires du monde :

« Dans un avenir proche, il y aura une guerre qui impliquera plusieurs grands pays comme les États-Unis, la Chine et la Russie. Elle sera extrêmement rapide et dévastatrice », a prévenu le général William Hix,
ajoutant : « Des pays comme la Russie et la Chine forment d’énormes armées et améliorent leurs troupes avec toutes sortes de gadgets. C’est la raison pour laquelle il faut se préparer au plus grand conflit armé en 60 ans. »

Le haut gradé fait cependant référence à une guerre conventionnelle, c’est-à-dire non nucléaire, dans The Daily MailLe chef d’état-major des forces terrestres, Mark Milley abonde dans son sens en menaçant la Russie au sujet de la Syrie :

« Je tiens à être bien compris par ceux qui, à travers le monde veulent détruire notre mode de vie et celui de nos amis et alliés. Malgré vos défis, la puissance militaire américaine vous arrêtera, et nous vous battrons plus durement que vous ne l’avez jamais été ! »

La Syrie, voilà le dernier terrain d’affrontement entre les États-Unis et la Russie, mais aussi la Chine, qui fait désormais dire à la télévision russe que la Troisième Guerre mondiale est déjà entamée.

La Syrie, dernier avatar de l’opposition grandissante entre grandes puissances

Depuis l’intervention militaire russe en Syrie, à la demande du Président Bachar el-Assad, la tension entre Moscou et Washington, déjà élevée au sujet de l’Ukraine, ne cesse de croître. Les Américains avaient demandé à la Bulgarie et à la Grèce de fermer leur espace aérien aux avions russes gagnant la Syrie, Sofia avait accepté, Athènes avait gardé le silence. En 72 heures, les Russes avaient chassé tous les djihadistes de Syrie, ceux de l’État islamique, mais aussi les combattants dits modérés de l’Armée syrienne libre soutenue par les Américains, ou ceux d’al-Nosra, la branche syrienne d’al-Qaïda, appuyés par la France. Les islamistes étaient alors revenus, armés de missiles américains antichar TOW capables de frapper à 3 500 mètres, un équipement balistique semble-t-il livré par la Turquie et l’Arabie saoudite. Moscou tient à protéger son accès aux mers chaudes que lui offre le port syrien de Tartous et à soutenir son allié syrien.

A côté de l’aide russe, Damas bénéficie de celle de l’Iran qui appuie un pays frère, ennemi d’Israël et dirigé par alaouite, c’est-à-dire un fidèle d’une branche du chiisme, et se place en Syrie également dans une perspective messianique, pour préparer le retour du Mahdi, un imam caché qui devrait vaincre les ennemis d’Allah. Enfin, la Chine, présente depuis des années au Proche-Orient dans la discrétion, intervient désormais aux côtés du régime de Bachar el-Assad. Sans prendre part aux combats, les Chinois forment les soldats de l’armée régulière syrienne dans le domaine médical. En Chine. Cependant, les autorités, soucieuses de voir l’intégrité territoriale de la Syrie respectée, ont affiché leur désir de renforcer les liens militaires entre les deux pays. Bien que le média iranien Presstv News affirme que des navires de guerre chinois sont entrés à Tartous début octobre, aucun renseignement officiel n’en fait mention, et déjà en octobre 2015 le journal Le Point avait repris une information erronée plaçant un porte-avions chinois dans ledit port.

L’intervention chinoise dans le conflit dépasse la seule Syrie. Pékin entend lutter contre l’État islamique qui a commis un attentat contre son ambassade au Kirghizistan le 30 août dernier, pour prévenir l’embrasement de l’Asie centrale où des mouvements djihadistes sont tentés de prêter allégeance à l’État islamique, à l’instar d’une faction du Mouvement islamiste d’Ouzbékistan, même si actuellement les musulmans radicaux de la région ne reconnaissent pas Daech. D’autre part, la Chine ne peut pas laisser impunis les meurtres commis par les islamistes contre ses ressortissants, et elle tient à prévenir toute contagion sur son propre sol où, dans la région du Xinjiang, des djihadistes ouïghours sont déjà flattés par l’État islamique, tandis que des Chinois rejoignent le Califat. Les États-Unis se retrouvent donc sur le terrain proche-oriental face à une alliance entre les deux plus grandes puissances militaires mondiales après eux.

La crise est à son comble depuis le 17 septembre dernier et le bombardement de militaires syriens, par erreur selon Washington, au cinquième jour de la récente trêve d’une semaine négociée entre la Russie et les États-Unis, qui a tué au moins 80 hommes de l’armée régulière syrienne. Dans la nuit du 19 au 20, sitôt la trêve achevée, un convoi humanitaire de l’ONU a été frappé au sud-ouest d’Alep, et les Américains en tiennent les Russes pour responsables. Plus que jamais, il est désormais question d’une zone d’exclusion aérienne, avec des mots menaçants pour qui la franchirait. Moscou répond, par la voix du porte-parole du ministère de la Défense, le général Igor Konachenkov, que les Russes abattront tout appareil qui s’en prendra aux militaires syriens.

Les nouvelles tensions avec la Russie et la Chine s’agrègent à celles déjà fortes concernant l’Ukraine et la Corée du Nord ainsi que les mers de Chine méridionale et orientale. En Ukraine, la Révolution de février 2014 soutenue par les Américains, a irrité le voisin russe qui, à la suite de ces événements, a perdu un allié ; l’annexion de la Crimée, historiquement russe, par le Président russe, Vladimir Poutine, a conduit l’Occident à sanctionner financièrement Moscou qui est désormais soutenu par Pékin. La Chine, elle, aurait été menacée par Hillary Clinton, alors secrétaire d’État, d’être encerclée par les forces américaines si elle ne faisant pas davantage pour calmer les appétits balistiques de la Corée du Nord, dévoile le lanceur d’alerte Wikileaks.

Par ailleurs, il y a depuis des années des tensions entre la Chine, ses voisins et les États-Unis concernant la mer de Chine méridionale où Pékin revendique la propriété des archipels que sont les îles Paracels et les Spartleys ou quant à la mer de Chine orientale avec les îles Senkaku autour desquelles s’envenime le ton entre Pékin et Tokyo. La flotte américaine doit pouvoir circuler librement dans la mer de Chine méridionale, selon le droit international, la Chine refuse de l’admettre. A cela, il faut ajouter la volonté de l’Iran de devenir membre de l’Organisation de coopération de Shanghai, menée par la Chine et qui conteste de plus en plus l’hégémonie américaine. Dans ce contexte, les deux géants eurasiens, qui s’estiment chacun menacés sur leurs frontières, renforcent leurs liens face aux États-Unis.

Régulièrement, des chasseurs ou des bombardiers russes pénètrent dans l’espace aérien des pays de l’Union européenne. Les militaires français ont ainsi dû raccompagner des appareils russes en dehors de cette zone, ou la Royal Air Force a dû prévenir des tentatives d’incursion de bombardiers russes. En avril dernier, un avion russe avait frôlé un navire de guerre américain en mer Baltique. Toutefois, il faut considérer ces provocations dans le contexte de rapprochement de l’OTAN des frontières russes, ce à quoi participe la Révolution ukrainienne selon Moscou. En dépit de la fin du Pacte de Varsovie, et grâce à cette fin, l’Alliance Atlantique repousse ses frontières jusqu’aux marges de la Russie, ce que critique non seulement Moscou, mais aussi le ministre des Affaires étrangères allemand, Frank-Walter Steinmeier, qui dénonce également l’absence de volonté de dialogue de l’organisation militaire avec la Russie. La Chine, elle, serait derrière les actes de piratage informatique qui se multiplient contre les États-Unis et leurs alliés européens ou encore l’Australie.

Des bruits de bottes dans une course à l’armement

Sur ces tensions se greffe une course à l’armement. Le Président chinoix Xi Jiping, moins soumis qu’auparavant à un contrôle collégial hausse le ton, aussi bien face à l’armée chinoise en se présentant en treillis devant elle, que face à l’étranger. Il entend doter la Chine d’ici 2030 d’une puissance militaire équivalente à celle de la superpuissance américaine. Le budget militaire a été augmenté de 43% depuis 2010. Toutefois, le retard de Pékin sur les Américains est énorme, l’Armée populaire de libération n’est pas équipée des meilleures technologies et il faudra des années avant que les armes de pointes qui sont actuellement produites (tels les chasseurs ou sous-marins nucléaires) ne donnent pleinement satisfaction à Xi ou ses successeurs. Face aux velléités du nouveau timonier, des alliés des États-Unis dans la région, comme l’Australie ou le pacifique Japon, se réarment en toute urgence. Canberra a commandé douze sous-marins à la France, et va également se munir de trois destroyers de défense anti-aérienne et neuf nouvelles frégates, ainsi que des navires de reconnaissance côtière. De son côté, la Russie réadapte sa doctrine navale pour faire face à l’OTAN.

Effrayés par le ton de Moscou, les pays européens, même l’Allemagne, dont un grand nombre sont des alliés militaires de l’Amérique augmentent leurs dépenses d’armement ; la croissance du budget de la défense devrait être en moyenne d’environ 8% sur le Vieux continent pourtant largement en période de récession. Enfin, malgré la baisse de 4% de leur budget de défense depuis 2006, les États-Unis restent très largement en tête avec des investissements d’armée représentant 36% du budget militaire mondial et peuvent même se passer des années durant de la course à l’armement, même s’il faut considérer que les dépenses militaires américaines comprennent des dépenses salariales plus élevées par employé que chez les rivaux russes et chinois.

Des menaces amplifiées par la période électorale ?

Dans un contexte d’appel aux urnes, montrer ses muscles est important, l’important étant non pas tant la vérité des menaces que leur perception par l’électorat. En France, le Président Hollande, qui veut intervenir contre Damas, a menacé Vladimir de saisir la Cour pénale internationale alors qu’elle n’est pas reconnue par Moscou qui n’a pas ratifié le Statut de Rome. En Russie, il y avait des élections législatives en septembre, et, même si son parti était donné favori, Vladimir Poutine ne voulait pas laisser penser qu’il cédait devant les Américains ; s’il entend garder le Kremlin en 2018, il risque d’afficher sa force. Le Chinois Xi est candidat à sa propre succession l’an prochain. Au Royaume-Uni, le nouveau Premier ministre, Theresa May, a cherché à convaincre la Chambre des communes en assurant être prêt à tuer 100 000 personnes par l’emploi de l’arme nucléaire. Aux États-Unis, Hillary Clinton essaie de convaincre les électeurs que son rival Donald Trump est à la solde des Russes, lesquels Russes seraient, toujours selon elle, derrière les révélations encombrantes de Wikileaks la concernant ;  et il importe alors de surmédiatiser les coups de menton menaçant envers la Russie afin de crisper l’électorat face à un ennemi extérieur et détourner l’attention. De son côté, alors que les États-Unis admettent qu’il n’existe aucune preuve de l’implication de Moscou dans le piratage des comptes électroniques de l’équipe de campagne de Clinton, le vice-président américain, Joe Biden, a annoncé le 14 septembre une attaque cybernétique contre la Russie « au moment voulu et lorsque l’attaque sera susceptible d’avoir le plus fort impact », une déclaration qui ressemble plutôt à un message adressé aux électeurs qu’à une annonce destinée à Poutine pour les mobiliser contre le candidat accusé de servir la Russie. Toutefois, si la campagne électorale favorise ces comportements, les menaces sont réellement grandissantes, car d’autres enjeux qu’électoraux sont sur la table. Déjà en mai dernier, un ancien vice-commandant suprême des forces alliées de l’OTAN en Europe, Richard Schirref, publiait un ouvrage dans lequel il expliquait qu’il pourrait y avoir une guerre avec la Russie dès 2017.

Si la tension croît entre les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations, par ailleurs tous membres du club nucléaire, elle est retombée entre Londres et Moscou qui, des deux côtés, sont d’avis d’échanger. Les puissances nucléaires connaissent le risque d’une confrontation et l’arme nucléaire sert davantage à équilibrer la terreur qu’à anéantir l’ennemi atomique. Bien que les États-Unis soient considérablement plus puissants que la Russie et la Chine, la force de dissuasion nucléaire de chacun de ces pays est telle qu’aucun d’entre eux ne sortirait sans grands dommages d’un conflit nucléaire, pour oser un euphémisme. C’est probablement pourquoi, contrairement à d’autres, le général William Hix parlait de guerre conventionnelle.

En juin 1999, après la guerre entre l’OTAN – plus la France – et la Yougoslavie, la Russie de Boris Eltsine était entrée au Kosovo, défiant les soldats de l’Alliance Atlantique en prenant position sur l’aéroport de Pristina que l’Alliance voulait occuper. Si la tension était alors très forte, il n’y eut aucun affrontement sauf verbal, bien que le général Wesley Clark, commandant de l’opération Allied Force ordonna, avec la bénédiction du secrétaire générale de l’OTAN, aux parachutistes français et britanniques de s’emparer de l’aéroport par les armes, le général britannique Michael Jackson refusant d’obéir. Il y a cependant une différence avec ce qui se passe en Syrie, c’est que Poutine n’est pas le fade Eltsine, que la Russie n’entend plus laisser l’Occident empiéter sur ses plates-bandes, que le ton est davantage à la guerre qu’en 1999, et qu’il ne s’agit pas d’imposer une force de paix, mais de faire la guerre sans vraiment s’accorder sur l’ennemi, chacun considérant l’ami de l’autre comme un ennemi à abattre.

Hans-Søren Dag

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