Plastiques : pour une meilleure gestion de l’emballage, du recyclage et de la consommation

« En 2050, il y aura plus de plastiques que de poissons dans l’océan », alertait en 2016 la fondation Ellen McArthur. Dramatique pour l’environnement, l’accumulation de ces déchets dans la nature provoque chaque année l’introduction d’environ 13 millions de tonnes de plastiques dans les mers.

En se décomposant, ils se fragmentent en micro puis en nanoplastiques. 90 % de l’eau en bouteille et 83 % de l’eau du robinet contiennent ainsi ce type microparticules. Et nous les retrouvons dans notre chaîne alimentaire via leur absorption par les organismes marins.

Industriels sous pression

Les acteurs économiques font aujourd’hui face à de nouveaux enjeux en matière de gaspillage et de déchets : ils sont contraints par de nouvelles lois et placés sous une pression croissante des médias et des consommateurs. Le 10 juillet dernier, Brune Poirson, secrétaire d’État à la Transition écologique, a présenté son projet de loi « anti-gaspillage ».

Le texte comporte quatre volets : mieux informer et consommer, lutter contre le gaspillage, renforcer le principe pollueur-payeur et appuyer la lutte contre la pollution plastique. Ce projet de loi va de pair avec la loi EGAlim sur l’interdiction des produits à usage unique. Le plastique y est pointé du doigt tant à cause de son origine pétrochimique que par la pollution qu’il entraîne en fin de vie, et ce tout particulièrement dans les eaux.

Trouver le bon dosage – entre matières recyclées et vierges, ressources épuisables et renouvelables, emballages réutilisables et jetables – devient donc une préoccupation majeure des industriels… et un casse-tête qui exige d’adapter la chaîne de l’offre dans son intégralité.

De l’origine du plastique

La toute première matière plastique de synthèse, appelée celluloïd, a été mise au point par le Français Henri Braconnot en 1833, avant d’être produit industriellement par les frères Hyatt aux États-Unis en 1868. Fabriqué à partir du camphre de la cellulose, le celluloïd étant en fait un bioplastique, composé non pas de molécules issues du pétrole, mais de fibres de coton.

C’est seulement dans la première moitié du XXe siècle que la pétrochimie s’impose dans la production de plastique ; et l’emballage que nous connaissons actuellement n’a vu le jour qu’à partir de 1930. Aujourd’hui, on peut regrouper en trois catégories les différentes variétés de plastiques existantes : les thermoplastiques, les thermodurcissables et élastomères.

Des adjuvants technologiques sont ajoutés à ces polymères de base pour améliorer ou ajuster leurs propriétés – qualité, stabilité, souplesse, teinte… Ces additifs se comptent par milliers.

Un matériau résistant, léger et peu coûteux

D’année en année, les matières plastiques destinées à l’emballage ont pris une place déterminante dans les stratégies d’optimisation de la chaîne logistique.

Lorsqu’il est question de gagner du poids pour économiser le carburant, par exemple, le plastique sort grand vainqueur.

Résistant, durable, léger et peu coûteux, il possède de nombreux avantages : moins lourd que le métal, plus durable que le bois, il est aussi très malléable. Peu étonnant alors que le secteur alimentaire, premier utilisateur en volume d’emballage plastique, ne jure que par ce matériau. Selon une étude Xerfi publiée en 2018, la grande distribution constitue deux tiers du chiffre d’affaires des fabricants de plastique.

Ce matériau joue aussi un rôle dans la lutte contre le gaspillage alimentaire grâce à son rôle « protecteur », qui limite tout contact avec l’environnement extérieur et allonge la durée de vie en créant des barrières à l’humidité et l’oxygène. Nos biscuits, par exemple, conservent leur croustillance grâce à l’emballage plastique, même si de nouveaux matériaux voient le jour.

Si certains produits requièrent un emballage efficace pour des raisons évidentes de conservation, d’autres sont tout à fait superflus et sont donc suremballés. Mais ce suremballage tient aussi au rôle majeur que joue l’empaquetage dans la visibilité et l’attraction du produit dans les points de vente. Pour toutes ces raisons, il est perçu comme un outil d’optimisation.

Le recyclage, un processus lourd

La réutilisation de la matière, pilier de l’économie circulaire est apparue comme une solution miracle pour faire face à l’abondance de plastique. Toutefois, considérant la faiblesse des techniques actuellement employées pour le recyclage, la filière n’est pas optimisée, ce qui a pour conséquence de dégrader la qualité de la matière recyclée et de limiter les volumes susceptibles d’être valorisés.

La multitude de logos constitue d’autre part une source de confusion pour le consommateur qui se retrouve souvent à trier des plastiques qui ne sont pas recyclables. Séparer les plastiques recyclables requiert un travail manuel chronophage, difficile, et un coût en main d’œuvre élevé pour la filière. Le recyclage se heurte donc à la multiplicité des types de plastiques, qui complexifie les activités de collecte et de tri et engendre des coûts élevés en recherche et développement pour les collecteurs souvent très mal équipés.

Dans tous les cas, le recyclage ne constitue pas l’ultime solution car le plastique, non recyclable à l’infini, finira toujours par devenir un déchet. Par exemple, pour fabriquer une bouteille en plastique, nous pouvons utiliser, certes, de la matière recyclée mais dans un souci de qualité et de tenue, de la matière plastique vierge est aussi indispensable. En moyenne, seuls 14 % des plastiques usagés sont collectés pour être recyclés. Et au cours du processus de recyclage, 4 % rejoignent les déchets dispersés car ils sont « perdus », 2 % sont recyclés en boucle fermée et 8 % sont recyclés en boucle ouverte, c’est-à-dire pour des applications différentes de leur rôle premier.

La limite de l’exportation des déchets

Une autre difficulté concerne la collecte des matières plastiques, largement insuffisante. En Europe, par manque de gisement de plastique recyclé, le prix du PET (polytéréphtalate d’éthylène) recyclé clair peut dépasser celui du PET clair vierge. En Chine, les politiques limitant l’usage et la dépendance aux résines vierges ont fait exploser le cours du plastique recyclé.

Une des raisons pour laquelle les volumes de plastiques recyclés sont si faibles en France tient à la fuite des ressources via l’exportation des déchets, instituée depuis les années 2000. En Europe et en France, une large partie des déchets était exportée vers l’Asie et en particulier vers le Chine, premier importateur de déchets plastiques au monde. Le coût du travail y est moins élevé et les économies réalisées permettent de compenser les coûts de transport. L’équilibre a changé depuis janvier 2018 : alors que l’Union européenne exportait la moitié de ses plastiques collectés et triés, la Chine a fermé ses frontières à l’importation de déchets plastiques.

Écoconception, consigne et vrac

Si les filières de recyclage ne suffisent pas à absorber la consommation croissante de plastique, des pistes de solutions existent.

En matière d’écoconception, d’une part, trois axes sont à privilégier pour réduire les impacts négatifs de la production et de la consommation sur l’environnement : concevoir des emballages allégés, composés d’un unique matériau et fondés sur des matières premières renouvelables, recyclées et/ou recyclables.

En dix ans, les emballages en plastique ont perdu 28 % de leurs poids : l’allégement de la matière passe en partie par la simplification du système de l’emballage et l’optimisation de ses dimensions en l’adaptant au contenant.

Le développement d’un emballage mono-résine plastique (contre un emballage multi-matériaux) permet d’améliorer le rendement de matière recyclée en facilitant la sélection au tri, ce qui a pour conséquence d’améliorer considérablement la qualité des flux collectés. Le choix de coloris compte aussi, certains étant détectables au tri optique quand d’autres ne le sont pas. Déployer une meilleure recyclabilité favorise des filières de recyclage plus pérennes.

En parallèle, le vrac explose. Des initiatives comme Coop Atlantique développent des boutiques où tout est vendu sans emballage. Des camions vrac itinérants permettent de ravitailler les zones rurales et d’éviter aux consommateurs de se déplacer au magasin avec leurs contenants (V’la Vrac et l’Épicerie Zéro déchet). Biocoop lance Biocoop ADN dont 80 % de l’offre est vendue sans contenant ou avec des pots réutilisables. Au rayon, frais les produits s’achètent à la coupe, y compris le beurre.

Enfin, il serait bon de remettre au goût du jour la consigne. Abandonnée en France dans les années 1980, seule l’Alsace la pratique encore concernant les bouteilles en verre destinées à la consommation à domicile. Tandis que de nombreux consommateurs commandent désormais leurs courses en ligne, la société Loop propose de livrer des contenants consignés que l’on redonne à la prochaine commande et que l’entreprise entretient et réintègre dans la chaîne.

Toutes ces initiatives visant le zéro déchet mettent en pratique les principes de circularité, en réinsérant systématiquement le contenant dans les chaînes de production. Mais simultanément, loin de diminuer, les usages du plastique se développent. Les nouveaux modes de vie (urbanisation, nomadisme et réduction de temps consacré à l’alimentaire) ont ainsi entraîné une augmentation du prêt-à-manger, grand pourvoyeur de déchets plastiques.


Audrey Quintana a participé à la rédaction de cet article.The Conversation

Anicia Jaegler, Professeure, Kedge Business School

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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