Timothée Davi

Timothée Davi

Né en 1992, Timothée Davi est détenteur d'un Master en Théologie Fondamentale de la Faculté de Théologie Protestante de Strasbourg. Sa thèse de Master portait sur l'évangile de Jean. Passionné tant de la Bible et des langues bibliques que de la théologie systématique (exposé de la foi) et de l'apologétique (défense de la foi), Timothée aime écrire et partager sur divers sujets relatifs aussi bien à la foi qu'à la société en vue de l'édification des chrétiens.

Podcast « Les Fils d’Issacar » : Une défense du retrait du CNEF de Protestants en Fête

Bonjour à tous, je suis Etienne Omnès, vous écoutez les Fils d’Issacar un podcast hebdomadaire de commentaire d’actualités selon une vision du monde évangélique.

L’évènement de la semaine est bien évidemment l’anniversaire de l’affichage des 95 thèses de Luther contre les indulgences, évènement qui marque le départ de l’évènement religieux le plus important depuis la fondation du christianisme : la Réforme. Cela fait donc un demi-millénaire que ces évènements ont eu lieu, et la Fédération Protestante a organisé la commémoration sous le nom de « protestants en fête ». L’occasion pour nous de mesurer notre unité, nous retrouver entre frères protestants… sauf que les choses ne se sont pas passées ainsi.

Une défense du retrait du CNEF de Protestants en Fête

Les faits sont assez confus, aussi je me contenterai uniquement de dire ce qui est sûr : le CNEF, et Etienne Lhermenault plus particulièrement, a annoncé lundi qu’il ne participerait pas à la manifestation « Protestants en fête », notamment à cause d’un culte inclusif -je n’ai aucune idée de ce que cela veut dire précisément-. Clément Diedrichs expliquait le retrait de cette manifestation hautement symbolique de la façon suivante :

« Cette manifestation devait mettre à l’honneur le Sola Scriptura. Les évangéliques croient que toute la Bible oriente notre vie et notre foi, que rien ne doit être écarté au prétexte de suivre les évolutions de la société, y compris sur l’homosexualité. Nous n’avons rien contre les personnes présentes sur le stand LGBTI. Mais nous ne sommes pas d’accord avec ceux des protestants qui, affirmant se référer à la Bible, sont dans une ouverture totale sans proposer un accompagnement vers un changement. Nous refusons d’édulcorer la notion de péché. Nous avons tous été pécheurs, par exemple égoïstes, et nous devons tous cheminer vers un changement. »

Les réactions à l’intérieur du milieu protestant n’ont pas attendues, et sont tout à fait dans la tradition polémique protestante. Ainsi, Bernadette Sauvaget, du journal Libération, rapporte les propos de François Clavairoly, le président de la Fédération Protestante de France, le principal organe de représentation :

« Nous regrettons que la direction du Cnef ait pris cette décision radicale. Cela montre une radicalisation de la direction du Cnef. Sa position ne nous paraît pas fondée, si ce n’est par des motifs d’homophobie, ce que nous ne voulons pas croire. »

En ces temps de tensions immenses dans le pays, le président de la Fédération Protestante de France a donc utilisé les mots « radicalisation » et « homophobie » pour désigner le CNEF, ce qui fait de nous les salafistes de Christ. Mais rassurez-vous, monsieur Clavairoly ne veut pas le croire, nous voilà sauvés.  Bernadette Sauvaget rapporte également :

« Leur attitude ne correspond pas à la tradition protestante», regrette, pour sa part, la théologienne Joan Charras-Sancho, l’animatrice de l’antenne inclusive de la paroisse Saint-Guillaume à Strasbourg, un groupe de réflexion et d’expérimentation sur les questions LGBT, également organisateur du débat théologique sur ces problématiques et du culte inclusif mis en cause. «On veut nous apparenter à un lobby LGBT. Ce n’est pas le cas, s’insurge-t-elle. Nous voulons seulement aider les personnes à dépasser les discriminations.»

Je ne peux pas commenter les activités réelles de cette fameuse antenne, faute de savoir de quoi il s’agit. En revanche, je trouve hautement absurde l’idée que cette attitude ne corresponde pas à la tradition protestante, mais chaque critique en son temps. Je souhaite enfin signaler la critique de Georges Michel, secrétaire général de la FPF, évangélique :

« En tant qu’évangélique, je m’inscris dans une ligne qui respecte la famille traditionnelle dans une perspective biblique. Mais je reconnais à d’autres le droit de dire qu’ils pensent autrement. Depuis sa création, le CNEF s’inscrit dans la thématique: « Libre de le dire ». Ceux qui ont une vision de la famille avec laquelle je ne suis pas d’accord sont aussi « libres de le dire ». »  -citation

Voici pour les principales critiques qui ont été adressées au CNEF, et j’ai à cœur de défendre notre organe de représentation, qui a eu raison de boycotter ainsi cette manifestation, et que je soutiens, même s’ils n’en ont pas besoin. Que le Seigneur les soutienne dans leur intégrité, et les affermisse !

Prenons la première de ces critiques, la plus mauvaise à mon sens, celle de François Clavairoly. A l’aide d’un vocabulaire chargé, il nous colle l’air de rien le rôle du fondamentaliste bas du front. Ce qu’il ne veut pas croire, ouf, encore heureux ! A ceci, la meilleure réponse reste celle du directeur du CNEF :

« Nous n’avons rien contre les personnes présentes sur le stand LGBTI. Mais nous ne sommes pas d’accord avec ceux des protestants qui, affirmant se référer à la Bible, sont dans une ouverture totale sans proposer un accompagnement vers un changement. Nous refusons d’édulcorer la notion de péché. Nous avons tous été pécheurs, par exemple égoïstes, et nous devons tous cheminer vers un changement » -fin de citation

Ce n’est pas une question de hadiths, de lecture en bois de la Bible, d’interprétation trop rigides… il s’agit tout simplement d’un autre christianisme, d’un autre protestantisme. Si vous changez la définition et le rapport du péché, vous touchez à la nécessité de la croix, et déjà nous ne parlons plus du même Christ. Il me semble légitime que lorsque l’on constate une différence aussi importante que celle rapportée par Diedrichs, il est raisonnable de ne pas jouer la comédie et de faire semblant d’être unis quand nous ne sommes pas unis. Si le CNEF était resté à Protestants en Fête, François Clavairoly aurait-il dit : « Nous regrettons que la direction du CNEF ait pris une décision aussi hypocrite. Sa position paraît fondée sur de l’opportunisme, ce que nous ne voulons pas croire. » ? Lorsque Jean-Luc Mélenchon a fait savoir qu’il ne ferait pas alliance avec Benoît Hamon lors de la dernière présidentielle, a-t-on dit que cela était un signe de radicalisation de Jean-Luc Mélenchon, a-t-il eu droit à « c’est un signe de totalitarisme, ce que nous ne voulons pas croire » ? Il suffit.

Vient ensuite Joan Charras-Sancho, qui dit que cette attitude n’est pas dans la tradition protestante. Je m’excuse auprès de cette dame, mais mes connaissances en histoire de l’église ne sont pas bien à jour : depuis quand la Réforme s’est-t-elle faite dans l’inclusion et la pleine acceptation des erreurs romaines ? Depuis quand la querelles entre réformés et anabaptistes s’est-elle fait dans compréhension et la tolérance mutuelle ? Même si le CNEF avait eu tort dans son positionnement, en affichant ainsi sa distinction, il est au contraire complètement dans une certaine tradition protestante. Mis à part dans « la tradition protestante pour les nuls » je ne vois pas ce qui pourrait justifier l’idée de Joan Charras-Sancho.

Je maintiens que la position du CNEF est dans la continuité de la tradition protestante, non seulement quant au style, mais aussi quant au fond. Nous sommes en alignement avec les apôtres, avec les pères de l’église, et avec les réformateurs sur la doctrine du péché. Nous affirmons, conformément aux écritures et à la tradition chrétienne, que tout pécheur est appelé à la grâce de Jésus Christ, mais que cette grâce n’est pas censée le laisser sans effet ni transformations. Nous ne pouvons pas affirmer moins : ce serait trahir la foi de nos pères et celles des apôtres, celle de Christ.

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Voyons la dernière critique à présent, celle d’un frère évangélique. Le pasteur Georges Michel reprochait ainsi au CNEF de ne pas respecter le droit des autres protestants d’avoir une vision différente de la famille. En passant, le secrétaire de la FPF confirme bien ainsi qu’il s’agit de vision de la famille, et non juste d’un ou deux petits stands de rien du tout. Bref. La critique du pasteur Michel est incroyablement à côté de la plaque elle aussi : je comprends qu’il ait souhaité faire un jeu de mots sur la campagne du CNEF « libre de le dire », mais le CNEF n’a empêché aucune opinion de s’exprimer, et n’a même pas critiqué d’autres opinions que la sienne. Le CNEF n’a pas assimilé la FPF à des antifa, et il ne s’est pas offusqué de voir un stand en dehors de la tradition chrétienne. Il a simplement statué sa position et s’est retiré sans encourager personne à faire de même. Pourquoi la FPF se sent-elle atteinte dans sa liberté d’expression, juste parce que le CNEF utilise la sienne sans entraver celle des autres ? N’est-t-elle pourtant pas assurée dans ses opinions ?

Retenons de cette histoire les aspects suivants : les critiques les plus nombreuses et les plus précises viendront toujours du milieu protestant large. Et l’attitude du CNEF est un exemple de ce qu’il faut faire dans ce cas précis. Ils ont statué leur position, l’ont relié à Christ, et se sont retirés sans faire de vagues inutiles. Les éclaboussures viennent des autres. Merci à Etienne Lhermenault d’avoir pris ainsi la bonne décision. Que le Seigneur donne à son église française l’intégrité et la persévérance nécessaire pour les temps qui viennent.

Merci d’avoir écouté les fils d’Issacar. Vous pouvez nous suivre sur Facebook en aimant la page « les Fils d’Issacar ». Si vous avez apprécié l’épisode, n’hésitez pas à le partager.

Nous vous donnons rendez-vous la semaine prochaine. D’ici là, je vous souhaite une excellente semaine.

Etienne OMNES

Phileosophiablog.wordpress.com

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Né en 1992, Timothée Davi est détenteur d'un Master en Théologie Fondamentale de la Faculté de Théologie Protestante de Strasbourg. Sa thèse de Master portait sur l'évangile de Jean. Passionné tant de la Bible et des langues bibliques que de la théologie systématique (exposé de la foi) et de l'apologétique (défense de la foi), Timothée aime écrire et partager sur divers sujets relatifs aussi bien à la foi qu'à la société en vue de l'édification des chrétiens.
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www.timotheedavi.wordpress.com

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