Podcast « Les Fils d’Issacar » : Hugh Hefner : Comment l’Église va changer son époque

Bonjour à tous, nous sommes le samedi 7 octobre, je suis Etienne OMNES et vous écoutez les fils d’issacar, une analyse hebdomadaire des évènements et nouvelles à travers une vision du monde chrétienne.

La semaine a été très riche en évènements intenses, et si j’avais commenté un sujet qui était de l’actualité de cette semaine-ci, cela aurait probablement été le référendum illégal sur l’indépendance de la Catalogne. Cependant, ces évènements me semblent d’une importance plutôt secondaire comparé à un autre qui était un épisode de la semaine passé, qui est passé inaperçu en France : la mort, et donc la mesure de l’héritage de Hugh Hefner, le fondateur de la revue pornographique Playboy.

Hugh Hefner : Comment l’Eglise va changer son époque.

Hugh Hefner est donc mort à 91 ans, le 28 septembre 2017. Cette nouvelle a provoqué pas mal de commentaires outre-atlantique, car la mort des personnages publics est souvent l’occasion de mesurer et juger leur trace dans l’histoire. Il y a eu deux catégories de réactions : ceux qui saluaient l’entrée au paradis du grand croisé du progrès humain, qui pouvait goûter à ses soixante-dix vierges d’une part. D’autre part, ceux qui se demandaient dans quel cercle de l’enfer se trouvait exactement l’infâme pornocrate.

Pour se faire une idée de qui est Hugh Hefner, ce qu’il a fait et quelle fut son influence, je vais citer l’excellent obituaire de la BBC :

Il a exploité avec succès la nouvelle génération d’américain qui a connu l’élévation du niveau de vie dans le boom des années 50 à 60. Activiste politique et philanthrope, il n’a pas seulement produit un magazine, mais tout un mode de vie. Et avec le fameux lapin à nœud papillon de Playboy, il a lancé une des marques les plus reconnues du 20e siècle. La première édition contenait un ensemble de photographies nues de Marylin Monroe que Hefner avait acheté pour 500$. […] Que ce soit par chance ou par jugement, le timing de Hefner était parfait : la publication des rapport d’Alfred Kinsey sur le comportement sexuel humain défiait les croyances conventionnelles sur la sexualité et lançait des conversations sur des sujets tabous jusqu’ici.

« Kinsey était le chercheur » nota plus tard Hefner « j’étais le pamphlétaire. »[…]

La classe moyenne américaine des années 1950 était notoirement corsetée et la combinaison de photographies délicieuse de femmes –je ne fais que citer- et des articles intellectuellement stimulant ont plu au mâle urbain d’après-guerre. « Je n’ai jamais conçu Playboy comme un magazine de sexe » se rappellera plus tard Hefner « je l’ai toujours conçu comme un magazine de lifestyle où le sexe serait un ingrédient important. » Ce fut un succès sans précédent, vendant plus de 50 mille copies en quelques semaines. Hefner avait trouvé une niche dans le marche des magazines pour hommes, qui était alors dominé par les périodiques de chasse, de tir et de pêche. » -Fin de citation

Avec le succès du magazine est venu la démocratisation de la pornographie, qu’Internet une fois lancé à pu développer avec une grande efficacité, au point où le magazine subit la concurrence de sa propre descendance. On se souviendra que récemment Playboy avait annoncé qu’ils arrêtaient de faire du nu parce qu’Internet était de toute façon trop fort dans le domaine… avant de reprendre deux ans plus tard. Plus que n’importe quel philosophe, plus que n’importe quel politique, Hugh Hefner a mis en branle et étendu la révolution sexuelle, simplement grâce à ce magazine. Bien sûr, Playboy n’est pas n’importe quel magazine, il est tout de même basé sur l’exploitation des femmes, et certains auteurs n’ont pas hésité à le qualifier de « maquereau » à sa mort, comme par exemple Suzanne Moore dans son article sur le Guardian : « J’ai appelé Hugh Hefner un maquereau, il m’a menacé de procès, mais c’était bien ce qu’il était ». Voici un extrait :

« Maintenant qu’il est mort, ce vieux décadent répugnant en costume est appelé « libérateur des femmes ». Kim Kardashian est honorée d’avoir été impliquée dans Playboy.

Je ne sais pas vraiment quelles femmes ont été libérées par les fantaisies de Hefner. Je suppose que si vous aspiriez à être une barbie vivante cela devait être aussi formidable que d’être dans l’entourage de Donald Trump. S’il y avait eu procès, j’aurais aimé entendre quelques-unes des anciennes playmates et « lapines » témoigner à la barre – car elles l’ont fait au cours des années.

La fantaisie que Hefner vendait n’était pas une fantaisie de liberté pour les femmes, mais pour les hommes. Les femmes devaient être étrangement chastes mais toujours disponibles en permanence au juste prix. Habiller des femmes adultes en lapin –autrefois vu comme le sommet de la sophistication- est maintenant vu comme du cabotinage et de l’ironie. Il y a ceux aujourd’hui qui veulent célébrer la contribution de Hefner au monde du magazine journalistique, et je ne nie pas que Playboy a fait appel à quelques fantastiques auteurs.

Une partie du sens des affaires de Hefner a été de rendre la vente de chair féminine respectable et « in », pour rendre le soft porn acceptable. Le rêve de chaque homme était d’avoir le style de vie de Hefner. Apparemment, chaque photo de lui, jusqu’à la fin, le montre avec son rictus de lézard entouré de clones blondes. Chaque demi-blague sur twitter était de de demander si Hefner irait au ciel après y avoir déjà été. » – fin de citation

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On le voit donc, si chaque époque se définit par ses héros, et que Hugh Hefner est le héros de celle-ci… et bien disons que tout est dit.

Il y aurait des dizaines d’angles d’attaques possibles à cet évènement, tellement ce personnage représente un certain esprit dans notre époque, et tellement ce simple éditeur a transformé notre moralité plus que n’importe quel philosophe, comme je l’ai déjà dit. Je pourrais parler de la contradiction tragique entre la façade du rêve et les coulisses du sordide. Je pourrais parler d’à quel point il est le père, apôtre et fondateur de la religion pornographique qui est un vrai ravage spirituel à notre époque. Cependant, d’autres que moi sauront faire ce commentaire, aussi je vais commenter cet évènement sous un angle que vous n’attendez probablement pas : Hugh Hefner peut être pris comme modèle pour les chrétiens évangéliques.

Attendez la fin du podcast avant de fermer la fenêtre, je vais tout vous expliquer.

C’est un fait que la révolution sexuelle est passée, et qu’il va être aussi difficile de la changer maintenant qu’il était difficile pour les chrétiens des premiers siècles de contester la barbarie romaine.  C’est un fait qu’elle a le haut du pavé culturel, et qu’elle a de son côté tout ce que notre pays peut compter d’institutions et d’autorités culturelles. C’est un fait que nous chrétiens pouvons désespérer de pouvoir changer ainsi ce nouvel ordre moral. Mais l’exemple de Hugh Hefner nous montre que ce n’est pas impossible.

Les années 50 étaient très étriquées moralement, où certes le standard éthique était haut, mais l’hypocrisie morale était grande aussi. On ne divorçait pas en masse dans les années 50, mais on trompait sa femme tout autant. A ce moment-là est sorti le travail d’Alfred Kinsey qui a produit un choc culturel, et qui a fissuré une certaine vision de la sexualité humaine. Il ne restait plus à Hefner qu’à exploiter cette fissure et proposer à la culture de son temps ce qu’elle demandait.

En 2017, nous avons probablement dépassé la phase d’émerveillement vis-à-vis de la révolution sexuelle : cela fait à présent plus de deux générations que le divorce s’est libéralisé, que le droit de tuer les filles est un droit de la femme, que la contraception nous permet d’avoir des rapports sexuels sans conséquences et donc sans responsabilités. Et le bilan est décevant, particulièrement pour ceux qui deviennent adulte en ce moment. On nous avait promis de vivre une sexualité libre et gratifiante, nous nous sommes aperçus qu’elle était certes libre, mais misérable. On avait promis de vivre libre des chaînes du mariage. Les enfants qui ont épongé la première grande vague de divorce ont grandi dans des familles en lutte, et souhaitent plus que leurs parents se marier. On a bazardé l’antique règle qui interdisait de connaître les femmes mariées. On les a remplacés par un code de règle beaucoup plus complexe et anarchique autour de la notion très floue de « consentement », consentement qui est parfois impossible à discerner. On voulait libérer la femme, et nous n’avons fait que lâcher les chaînes des prédateurs.

Notre société montre des signes de fatigue de cette « liberté ». On continue de brandir les vieux slogans, mais leur pouvoir diminue, comme les slogans conservateurs d’après-guerre étaient brandis hauts, mais dont le pouvoir de persuasion était nul.

Mieux encore : les récentes avancées des lobbys LGBT déclenchent des réactions conservatrices en retour, comme une sorte de seau d’eau glacée qui réveille certaines consciences, et qui crée un mouvement qui cherche encore un débouché philosophique et politique. Notre société fermente d’une explosion spirituelle à venir.

La seule chose qu’il manque encore, c’est un message, c’est une démarche ou un média qui transforme le gaz en explosion. Les étincelles ne manquent pas, mais que ce soit le mauvais timing ou simplement le mauvais contre-message, la déflagration n’a pas eu lieu.

En revanche l’église chrétienne a ces capacités-là : elle a le bon message, elle est au bon endroit, et contrairement à la plupart des autres philosophies, le christianisme est réellement capable d’être concret et de transformer radicalement la vie. La Bible n’est pas seulement un message, mais une vision du monde complète, un style de vie intègre et intégral. Si Hefner a pu avec son magazine changer complètement le paysage moral de son époque, l’Eglise peut faire la même chose aujourd’hui avec la Bible.

Et elle le fera, je l’espère dans notre génération, à la grâce de Dieu.

Merci d’avoir écouté les fils d’Issacar. Vous pouvez nous suivre sur Facebook en aimant la page « les Fils d’Issacar ». Si vous avez apprécié l’épisode, n’hésitez pas à le partager.

Nous vous donnons rendez-vous la semaine prochaine. D’ici là, je vous souhaite une excellente semaine.

Etienne OMNES

Phileosophiablog

Liens cités : The Guardian, BBC

Timothée Davi
www.timotheedavi.wordpress.com

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