Podcast « Les Fils d’Issacar » : Pauvreté en France, 3 préjugés face à la réalité

Bonjour, nous sommes le samedi 11 novembre 2017, et nous voici pour un nouvel épisode du podcast des « fils d’Issacar », une analyse hebdomadaire d’événements et nouvelles depuis une vision du monde chrétienne tenue par Etienne Omnès et moi-même (Timothée Davi) !

Nous vous souhaitons d’ores et déjà une bonne écoute/lecture !

Pauvreté en France : 3 préjugés face à la réalité

Ce trentième épisode des Fils d’Issacar rendra compte de la publication du rapport annuel sur la pauvreté produit par le « Secours Catholique-Caritas France » ayant, entre autres choses, pour dessein de déconstruire trois préjugés qu’une grande partie de la population française entretient à l’égard des personnes en situation précaire. Le rapport a été effectué en partenariat avec la fondation Crédit coopératif et avec le sociologue Serge Paugam. Par ailleurs, l’association du « Secours Catholique » parle du point de vue de l’expérience puisqu’ils ont affaire à environ 1, 5 million de personnes partout en France nous rapporte leur site dédié.

Quels sont donc ces trois principaux préjugés selon cette association ? Le premier : « Les personnes pauvres sont fainéantes. » Le deuxième : « Les personnes pauvres sont des profiteurs. » Enfin, le troisième : « Les personnes pauvres sont des incapables. Ils ne savent pas gérer leur argent. » Examinons à présent ces trois préjugés par le prisme de cette étude.

  • Les personnes pauvres sont fainéantes

Dans un premier temps, le Secours Catholique donne la parole à Serge Paugam, sociologue, directeur d’études de l’EHESS et directeur de recherche au CNRS, qui dénote deux tentatives d’explications classiques de la pauvreté : par la paresse et par l’injustice. Or, dans une conjoncture économique s’améliorant telle que la France le vit pour le moment, il remarque que l’explication de la pauvreté par la paresse a tendance à l’emporter. En effet, s’il y a plus d’emplois, ne devrait-il pas y avoir immédiatement moins de chômages ? L’équation semble raisonnable. De celle-ci découle alors un jugement selon lequel les personnes pauvres seraient tout simplement paresseuses.

Cependant, Serge Paugam attire l’attention sur le fait que plus d’emplois ne se traduit pas nécessairement en un décroissement des chiffres du chômage ; la situation n’est pas si simple que cela puisque la pauvreté et son corollaire, le chômage, entraînent des personnes dans un cycle de perte de confiance en soi et d’isolement social. Autrement dit, il est facile pour des personnes en situation économique plus ou moins stable de jeter la pierre sans se rendre compte des difficultés psychologiques à caractère paralysant dans lesquelles se trouvent souvent les personnes pauvres et/ou au chômage.

Dans un deuxième temps, le Secours Catholique nous offre quelques chiffres qui seront à même de déconstruire plus avant ce préjugé :

  1. 62, 5% des personnes rencontrées par le Secours Catholiques ne sont pas au chômage.
  2. 17, 1% travaillent.
  3. 48, 1% ne travaillent pas car elles sont « au foyer ou en congé maternité », « retraités », « étudiantes », « malades ou handicapées », « sans papier et sans droit de travailler » et « à la rue ».
  4. Finalement, parmi les personnes au chômage, 3 sur 4 sont en recherche d’emploi sans indemnité.

Dans un troisième temps, le Secours Catholique nous partage le témoignage de David, 49 ans et vivant sur Nièvre. Ce dernier travaillait chez un fabricant de tuile depuis 10 ans jusqu’au jour où un accident a démoli sa voiture. Son employeur n’a alors pas désiré attendre trois mois pour qu’il puisse acheter un nouveau véhicule et l’a licencié. Sans emploi, car sans voiture, David tomba alors dans un cercle vicieux duquel il se dégagea seulement cinq ans après en retrouvant du travail. Durant toutes ces années lui taraudait l’esprit l’idée qu’il ne serait peut-être au fond qu’un bon à rien et il estime avoir « pris 10 ans en 5 ans ».

  • Les personnes pauvres sont des profiteurs

Encore une fois, le Secours Catholique réfute ce préjugé en trois temps.

Dans un premier temps, l’association partage une analyse de Serge Paugam qui rappelle que ce préjugé, ancré dans une bonne partie de la population, non seulement postule que les personnes pauvres sont des profiteurs, mais qu’en plus certains tirent même des bénéfices substantiels de leur pauvreté et des aides qui leur sont apportées.

Bien entendu, il y a toujours des profiteurs, des gens astucieux et malhonnêtes qui tirent avantage du système, c’est là chose certaine. Seulement, la tendance populaire se focalise trop facilement sur ces cas et dresse finalement un tableau bien sombre de la population pauvre. Tel préjugé, généralisation doit alors être confronté.

Tout d’abord, accéder aux aides sociales n’est pas simple du point de vue du coût symbolique que l’action représente. La plupart des personnes rencontrées par le sociologue partagent en effet une sensation d’extrême honte à l’idée de rencontrer et demander l’aide sociale. C’est leur identité qui semble basculer tout d’un coup : elles ne sont plus considérées comme personnes, mais par le biais d’un qualificatif, pauvre. C’est une identité stigmatisante et beaucoup refusent de demander ses aides afin de ne pas se voir cataloguer de la sorte.

En définitive, à côté de cette catégorie des « profiteurs », l’on devrait, pour retrouver une vision réaliste de la question, systématiquement opposer une catégorie de personnes allant même jusqu’à ne pas vouloir recevoir ces aides.

Dans un deuxième temps, le Secours Catholique nous offre des chiffres évocateurs :

  1. En 2016, 40% des personnes rencontrées par le Secours Catholique qui avaient droit au RSA n’en ont pas fait la demande.
  2. 31% des familles qui pouvaient bénéficier des allocations familiales n’y ont pas recouru.
  3. Le non-recours aux droits est particulièrement élevé chez les personnes et familles étrangères.
  4. Taux de non-recours parmi les personnes et familles : A. RSA : i. 40% ensemble. ii. 59, 5% personnes étrangères. B. Allocations familiales : i. 31% ensemble. ii. 43% Familles étrangères.

Dans un troisième temps, le Secours Catholique nous livre le récit de Frank, 35 ans et vivant en Haute-Loire. Frank a vécu de nombreuses années SDF, en marge de la société. Cela ne fait que cinq ans que les choses ont évolué pour lui. Pendant ces années en tant que SDF, il partage : « Je ne souhaitais pas demander le RMI (RSA aujourd’hui), car j’estimais que ma situation était de ma faute, qu’elle était liée à ma volonté et donc que je ne pouvais pas prétendre à ces droits. » Aujourd’hui, il a enfin trouvé la force de demander des aides et bénéficie du RSA et de l’allocation de logement. Cependant, il n’ose toujours pas demander de l’aide pour ses soins : « Il y a toujours ce truc qui me tracasse psychologiquement et qui rend les choses compliquées : ce sentiment de profiter des honnêtes travailleurs. Et cela est accentué par le regard des autres. » Enfin, il conclut en soulignant qu’il a trouvé un travail et qu’il est impatient de pouvoir se libérer de ces aides, de ne plus avoir l’impression de « faire la manche auprès de l’État français ».

  • Les personnes pauvres sont des incapables. Ils ne savent pas gérer leur argent.

Enfin, le Secours catholique réfute ce dernier préjugé selon le même procédé.

Dans un premier temps, il donne la parole à Serge Paugam qui estime que se profilant derrière ce préjugé se trouve une certaine infantilisation des personnes pauvres selon laquelle ils ne seraient pas à même de contrôler leurs frustrations et dépenseraient leur argent de façon irrationnelle.

Or, vivre avec un budget aussi serré que ceux qui dépendent du RSA implique de facto de faire des choix drastiques afin de survivre au quotidien. Les personnes pauvres ont tendance à réduire leur budget de façon radicale en se privant de produits et bienfaits non nécessaires comme aller au restaurant ou partir en vacances, et ce afin de pourvoir aux besoins nécessaires comme le loyer, l’électricité, etc. Il y a un effort quotidien et intelligent visant à compresser les dépenses, et ce même celles à caractère alimentaires. Cependant, le coût social est là malheureusement puisque ne plus aller au restaurant ou ne plus aller en vacances réduit les liens sociaux et peut conduire in fine à une situation d’isolement.

Dans un deuxième temps, le Secours Catholique nous présente des statistiques éloquentes :

  1. 548€. C’est le revenu mensuel médian des ménages rencontrés par le Secours Catholique.
  2. Un revenu mensuel médian plus de trois fois inférieur au revenu médian des français.
  3. Revenu mensuel médian : A. Ensemble Secours Catholique : 548€. B. Secours Catholique : 20% les plus riches : 974€. C. Ensemble de la population française : 1695€.
  4. Et ce, dans un contexte d’accroissement permanent des prix à la consommation des biens de première nécessité.
  5. Parmi les principaux postes budgétaires des ménages les plus modestes, on trouve : A. Loyer, gaz, électricité. B. Alimentation. C. Eau. D. Enlèvement des ordures ménagères.
  6. L’évolution ahurissante des prix des produits alimentaires pèse largement sur les foyers pauvres.

Dans un troisième temps, le Secours Catholique nous partage le témoignage de Magalie, 34 ans vivant en Loire. Magalie vit avec ses quatre filles dans un petit village et touche le RSA, les allocations familiales et une pension alimentaire. En tout, elle a, pour cinq, moins de 1000 euros par mois. Avec un tel budget limité, Magalie partage d’abord payer les factures importantes comme le loyer, le téléphone, EDF et ensuite se débrouiller avec les 250 euros qu’il lui reste. À ce niveau, elle fait preuve d’inventivité puisqu’elle prend le bus à la place du train, fabrique elle-même ses yaourts et ses gâteaux, achète les produits les moins chers, ne part pas en vacances ou exceptionnellement, ne va pas au restaurant (leur « restaurant » consiste en un « repas spécial cuisiné par maman »), ne se rend pas au cinéma et économise à peine ce qu’il faut pour offrir des cadeaux à ses enfants pour Noël.

C’est sur cette dernière note que le Secours Catholique conclut son rapport réfutant ces trois préjugés populaires sur la pauvreté.

À ce stade de ce podcast, l’analyse chrétienne doit normalement suivre. Toutefois, après un tel rapport, y a-t-il vraiment quelque chose à rajouter ? Le rapport semble en effet, de par lui-même, un appel à une prise de conscience et à l’action suffisante.

Cependant, une analyse chrétienne reste tout de même nécessaire, elle sera cela dit relativement courte.

En tant que chrétien, l’on ne peut être que troublé suite à la lecture d’un tel rapport pour deux raisons. D’une part, par la prise de connaissance de préjugés qui, s’ils se vérifient peut-être en de rares cas, restent tout à fait faux, voire dégradants en général. D’autre part, par la prise de conscience à laquelle ce rapport appelle par le biais de ces analyses du sociologue Serge Paugam, ces chiffres et ces divers témoignages.

Cependant, plus que tout, l’on se doit d’être troublé en tant que chrétien parce que notre Seigneur, le seul et véritable Dieu, celui qui a créé l’univers et tout ce qui s’y trouve, le riche comme le pauvre, manifeste un souci et un amour particulier envers les personnes pauvres puisque « Dieu a choisi les pauvres aux yeux du monde afin qu’ils soient riches dans la foi » lit-on en Jacques 2, 5. Ce fait est d’ailleurs partiellement attesté par de nombreuses statistiques au fil des années montrant que la foi chrétienne se développe le plus dans les milieux pauvres. Ce fait mis à part, tels étaient les premiers disciples : des « gens ‘du peuple’ sans instruction » dédaignés par les élites religieuses de l’époque nous dit Actes 4, 13. Cela veut-il dire pour autant que Dieu rejette les riches ? Bien sûr que non, mais la Parole de Dieu reprend plutôt les riches en leur commandant sévèrement d’être généreux, de faire grâce de leur richesse terrestre comme le Seigneur leur a fait grâce de ses richesses spirituelles et de faire attention à ce que leur richesse ne devienne pas une idole voire un outil d’oppression.

Encore une fois, l’épître de Jacques est très claire sur le fait que l’on se doit d’être troublé lorsque des personnes vivent autour de nous dans des situations de précarité parfois insoutenables. Le fait même de visiter et prendre soin des personnes pauvres relève de l’identité, la « religion » du chrétien : « La religion pure et sans tache, devant Dieu notre Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, et à se préserver des souillures du monde. » Jacques 1, 27 nous enseigne. Dans l’Israël du premier siècle, les veuves et les orphelins représentaient les personnes pauvres et fragiles de la société par excellence, celles qui ne pouvaient pas travailler tout court ou assez que pour vivre décemment, même si elles le voulaient (cf. le cas de Ruth dans le livre biblique du même nom).

Et, bien entendu, à l’époque, il n’était pas question d’aides de l’état romain desquelles elles « profiteraient » ! L’épître de Jacques et une formidable ribambelle de passages de la Parole de Dieu appelaient et appellent toujours les chrétiens à l’action concrète pour aider ces créatures aimées de Dieu qui vivaient et vivent encore dans de terribles conditions de précarité. Jacques 2, 15-16 en rajoute même une couche en allant jusqu’à s’indigner de l’indifférence de certains : « Si un frère ou une sœur sont nus et manquent de la nourriture de chaque jour, 16 et que l’un d’entre vous leur dise : ‘allez en paix, chauffez-vous et rassasiez-vous !’ et que vous ne leur donniez pas ce qui est nécessaire au corps, à quoi cela sert-il ? » L’on pensera également aux paroles dures et sans équivoque de notre Seigneur en Mt 25, 34-40.

En conclusion, les premiers chrétiens étaient connus non seulement dans la province romaine dite de Palestine, mais dans tout l’Empire romain pour l’aide et l’amour qu’ils apportaient aux personnes pauvres ; l’on a des documents historiques écrits par des romains non chrétiens attestant la chose dans les premiers siècles. L’aide apporté aux pauvres par les chrétiens ne se fondait pas sur des principes humanistes et naturalistes comme les droits de l’Homme, mais sur la révélation du Seigneur de l’univers : tout Homme est créé à l’image de Dieu et empreint à cet effet d’une dignité et d’une qualité demandant l’amour et le respect. Tout Homme est aimé du Seigneur en ce que, premièrement le Seigneur a décidé de le créer et, deuxièmement, en ce qu’il lui dispense activement diverses grâces chaque jour. C’est ce principe vertical, objectif, normatif, provenant d’une autorité incontestable, la seule vraie autorité, qui est seul a même de mobiliser universellement les Hommes à suivre l’exemple de Jésus et à « aimer notre prochain comme nous-mêmes », ce qui constitue le plus grand commandement, le résumé de la Parole de Dieu, la « loi royale » (Jacques 2, 8). Aimons les personnes pauvres.

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Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour un nouvel épisode des fils d’Issacar qui sera présenté cette fois par Etienne Omnès. Que notre Seigneur, dont le cœur est proche et souffre avec la veuve, l’orphelin, l’immigrant, le pauvre et toute personne opprimée puisse pourvoir selon sa grâce aux besoins des ces personnes et les bénir selon les richesses de sa bonté. Quant à nous, que nous puissions, par nos prières, nos mots et nos actions nous retrouver comme notre Sauveur auprès de ces plus petits aux yeux du monde d’entre nous que la société a mis à l’écart. Le Seigneur les aime et ne les oublie pas, comment le pourrions-nous ?

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Source :

« Pauvreté. Les préjugés face à la réalité » par le « Secours Catholique-Caritas France ».

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