Podcast « Les Fils d’Issacar » : « Soldats de Dieu. Paroles de djihadistes incarcérés »

Bonjour, nous sommes le samedi 16 septembre 2017, et un nouvel épisode du podcast de « Les fils d’Issacar » voit encore une fois le jour, une analyse hebdomadaire d’événements et nouvelles depuis une vision du monde chrétienne tenue par Etienne Omnès et moi-même (Timothée Davi) !

Nous vous demandons pardon pour une si longue absence que nous avons prise sans crier gare. En effet, ce n’est que quelque temps après le dernier épisode qu’Étienne et moi avons appris que l’équipe d’Infochrétienne prenait une pause bien méritée. Mais nous voilà de retour et non sans un sujet extrêmement actuel et intéressant.

Bonne écoute/lecture !

« Soldats de Dieu. Paroles de djihadistes incarcérés »

Ce vingt-deuxième épisode des Fils d’Issacar traitera d’un sujet hautement important sur lequel de nouvelles informations ont été apportées par un excellent article du journal L’Obs titré : « Djihadisme : au parloir avec les « Soldats de Dieu » », écrit par la journaliste Doan Bui. La journaliste y retranscrit un entretien tenu avec un chercheur du nom de Xavier Crettiez, professeur de science politique, qui a mené à bien une étude sur les processus de radicalisation.

  1. Le chercheur, son travail de recherche et le livre publié

Or, bonne et grande nouvelle, le chercheur a été à même de publier ce 7 septembre le résultat de ses recherches sous la forme d’un livre disponible à tous que l’on est en mesure de se procurer sous le titre de : « Soldats de Dieu. Paroles de djihadistes incarcérés. » D’où le titre du podcast d’aujourd’hui. Je recommande ce livre vivement à tous nos auditeurs et lecteurs.

Tout d’abord, qui est Xavier Crettiez ? Son parcours est fascinant et d’une certaine manière tout à fait adapté à la tâche qu’il s’est attribuée. En effet, ce professeur est avant tout un spécialiste de la violence et de la radicalisation en politique ; il a notamment travaillé sur les mouvements basques et corses.

Chose intéressante, il dénote chez ces djihadistes « une même cohérence dans le discours et dans la structuration idéologique » que chez les nationalistes corses et basques ; l’être humain est doué de raison après tout, peu importe la radicalité de sa pensée.

En outre, le chercheur souligne avec justesse que, à l’instar des nationalistes corses et basques, l’opinion publique ne s’intéresse que trop peu aux propos de ces radicaux. « L’imagerie djihadiste est sur-représentée [, mais leur discours] est considéré comme absurde [ou] moralement inaudible » dit-il.

Dès lors, remarquant le manque, le professeur a comme tout bon intellectuel cherché à dessiner ce qu’il appelle une « grammaire idéologique » qui nous permettrait de les comprendre au-delà de la fainéantise de cerveaux postmodernes se contentant de « ils sont décérébrés ». Pour ce faire, il a envoyé une cinquantaine de lettres à des détenus incarcérés avec pour objet d’organiser des entretiens avec ces derniers. À sa surprise, certains ont accepté tandis que d’autres l’ont bien entendu copieusement insulté de mécréant.

À présent, survolons le profil général que Xavier Crettiez a été en mesure de dresser hors de treize de ces entretiens.

  1. Les djihadistes, profil général

Aucun regret de leur part

Premièrement, tous les djihadistes qu’il a rencontrés revendiquaient pleinement leur engagement, il n’y avait aucune trace de regret ou de repentance de leur part. L’un d’entre eux, qui passe sa journée à lire le Coran et à dormir par terre par piété lui a même expliqué la chose suivante : « Je n’ai aucune envie de tuer ni aucune haine pour la France, mais je serai contraint de le faire en sortant de prison puisque c’est Dieu qui le veut ! » En tant que chrétiens, nous ne savons que trop bien combien il est important de savoir au moins deux choses : savoir qui est Dieu et quelle est sa nature. Et gloire soit rendue à Jésus-Christ de ce qu’il est Dieu et de ce qu’il nous a convaincus et appelés à partager son évangile et aimer tout le monde, c’est ça que Dieu, le vrai Dieu, veut vraiment.

« Très structurés intellectuellement… »  

Deuxièmement, le chercheur remarque qu’ils sont très structurés intellectuellement et étaient très satisfaits de débattre leurs convictions idéologiques avec eux. L’un des djihadistes était même en possession d’une bibliothèque qui contenait notamment : « Le Système totalitaire » de Hannah Arendt, « Surveiller et punir » de Michel Foucault, « Le Contrat social » de Rousseau, « Léviathan » de Hobbes, mais également… « Le Suicide français » d’Éric Zemmour ! Un autre lisait même les travaux du célèbre sociologue français François Burgat dont un livre l’avait éclairé et mis sur la voie rapporte le chercheur.

Ils connaissent les spécialistes analysant le phénomène de radicalisation !

Enfin, troisièmement, comble de l’ironie, la plupart des djihadistes connaissent « très bien », juge le professeur, les travaux des spécialistes de la radicalisation que sont Khosrokhavar, Burgat ou Kepel. Effet de mode ou d’entraînement, Xavier Crettiez n’est cependant pas en mesure de se prononcer.

  1. Les différentes théories sur la radicalisation devraient converger plutôt que s’opposer

Suite à ce portait général, la journaliste Doan Bui interroge le chercheur sur sa théorie plaidant pour une convergence des théories des experts sur la radicalisation. L’on ne s’épanchera pas là-dessus, mais le professeur avance qu’il nous faut porter le regard tant à une théorie qui voit un lien direct entre la lecture salafiste de textes coraniques et la violence (Kepel) qu’aux théories qui tour à tour compare le djihadisme à d’autres formes d’engagements politiques armés (Roy), à un mouvement anti-impérialiste (Burgat) ou encore qui se focalise sur la dimension psychanalytique de la radicalisation (Benslama).

Un rapide mot sur ce dernier point. Alors que l’on appréciera la vision holistique du problème défendue par Xavier Crettiez, l’on ne pourra s’empêcher de répéter que la première théorie, celle qui pointe à la violence inhérente même à l’Islam, au Coran et aux Hadiths est bien entendu première. Ces djihadistes le disent clairement : ils croient avoir trouvé la parole du dieu véritable et ils ne font que suivre sa volonté. Ce faisant, ils suivent l’exemple de Mohammed, leur prophète, qui, comme eux, a personnellement conquis et a amorcé une conquête qui s’étalera de La Mecque jusqu’aux portes mêmes de Paris pour la seule raison qu’il pensait avoir trouvé un dieu qui lui ordonnait une telle chose. Comme le dit la journaliste Charlotte d’Ornellas : « L’Occident ne nous aidera jamais à comprendre qu’avant toutes choses, seule une vraie raison de vivre peut devenir une raison de se battre, parfois jusqu’à la mort… »

  1. Propos inédits, extraits d’interview avec les djihadistes

Enfin, l’article nous partage une sélection de propos inédits de djihadistes provenant de cette étude effectuée par Xavier Crettiez ; il est à noter que la sélection desdits extraits a été concoctée par la journaliste Doan Bui dont nous avons suivi l’article du journal L’Obs.

Cependant, si l’on fera la lecture de quelques passages – cela sera un peu long, mais ça en vaut la peine ! – l’on esquissera un petit commentaire chrétien après chacun d’entre eux. Tellement de choses à dire et si peu de temps… Commençons donc !

I. Michel, jeune converti : « J’aime bien le sens du mot, ‘radical’, ça vient de radix qui veut dire ‘racine’, et ‘racine’, ça veut dire les fondements comme fondamentalisme. […] L’islam n’est pas apolitique, il a vocation à gérer l’État et, malheureusement, ce n’est pas la vision de l’islam en France. On essaie de falsifier l’islam pour faire un islam laïque. »

Deux choses extrêmement intéressantes ici de la part de ce Michel.

Dans un premier temps, il revendique sa radicalité sans aucun souci, ce qu’il recherche avant tout est de se reposer sur les fondements de la vérité qu’il pense avoir découverte. En tant que chrétien, cela nous rappellera combien tout le monde se repose sur des fondements idéologiques, même celui qui n’en a pas conscience. Prenons garde dès lors à nous reposer entièrement sur les fondements posés par le véritable Dieu, le Dieu d’amour mort et ressuscité en Jésus-Christ par amour pour ses créatures, afin de les sauver.

Dans un deuxième temps, il rappelle l’aspect foncièrement politique de l’Islam, ce qui nous rappellera que Jésus a toujours refusé d’être reconnu politiquement. Il refusa la couronne que des populaces juives embrasées d’un feu révolutionnaire lui tendaient et il refusa l’usage de l’épée lors de son arrestation. Les premiers chrétiens furent tous apolitiques, à côté du politique, le respectant sans jamais vouloir le dominer.

II. Abdel : « Ce qui m’a conduit à vraiment m’intéresser à l’islam, ce ne sont pas les musulmans, ce sont les fachos. C’était un site facho sur Internet qui parlait de la violence de l’Islam […]. Moi, je ne voulais pas y croire. J’avais une image de l’islam où il n’y avait pas de violence. Et là, je suis allé vérifier dans le Texte et j’ai vu que c’était correct et authentique […]. Je suis allé montrer cela à la mosquée et il y a eu un malaise. […] Eux veulent adapter la religion à la vie qu’ils mènent. Alors, le djihad, ils veulent l’enlever. »

Waw. Que dire sinon l’importance de l’information libre à l’heure d’internet. Cet Abdel s’est malheureusement rendu compte que le Texte auquel il reconnaissait une autorité divine lui ordonnait de tuer et répandre le royaume d’Allah coûte que coûte.

En tant que chrétien, l’on se rappellera encore une fois l’importance des fondements sur lesquels l’on se repose, comme on l’a souligné précédemment. Oui, toute foi ou prétendue « non-foi » a des conséquences : le Coran a transformé Abdel en meurtrier tandis que la Bible transforme jour après jour des meurtriers en doux agneaux (cf. « La croix et le poignard » de David Wilkerson).

III. Achir : « Moi, quand j’ai vu que c’était un vendredi 13 et que j’ai vu ce qui s’était passé, j’ai capté direct, ils ont tapé un endroit où il ne devait pas y avoir de musulmans. Les musulmans ne vont pas dans les bars et ne soutiennent pas l’équipe de France […]. Je parle des vrais musulmans, ceux qui font la prière, qui sont plus des ikhwan (frères), qui ne vont même pas là où il y a Coca-Cola. Donc, il n’y avait pas de vrais musulmans dans ces trois endroits […]. »

L’élément intéressant dans cette réponse d’Achir est qu’il fait la différence entre vrais et faux musulmans. Différenciation qu’une majorité de médias, soit par ignorance, soit par couardise ne fait presque jamais. Autrement dit, lorsque certains médias avancent l’argument suivant : A. Les djihadistes frappent des cibles « musulmanes ». B. Or, un djihadiste, s’il était « musulman », ne frapperait jamais un autre « musulman ». C. Dès lors, les djihadistes ne sont pas « musulmans ». L’on sait désormais que cet argumentaire est tout à fait faux ou tout du moins simpliste en raison de la définition de « musulman » qu’il épouse. Le musulman soulève une question de fond, une question épistémologique. Comment sait-on, reconnaît-on un vrai musulman. Pour cela, Achir pointe au Texte qu’il croit être sacré, aux agissements du prophète qu’il croit être choisi de dieu et aux actions des premiers disciples de ce prophète. Et ce qu’il y trouve est rigueur, dévouement radical, non-mixité avec les cultures environnantes et… violence.

En tant que chrétien, la Parole nous dit que l’on nous reconnaîtra en fonction de l’amour que l’on aura pour nos prochains et les uns pour les autres. Tel est le critère fixé pour nous par le vrai Dieu.

IV. Abdel : « Une fois, j’étais dans un bus et j’ai dit à un frère qui était avec moi : comment ils vont arrêter les Français lorsque les talibans seront ici ? ! Il a rigolé, il m’a dit, mais tu penses qu’eux ils vont combattre, regarde-les ! Et là j’ai tourné mon regard et je les ai regardés les écouteurs sur la tête machin et tout, tu leur demandes de faire un 100 m ils s’écroulent par terre. Qu’est-ce qu’ils vont faire ! Les jeunes ne sont plus des jeunes ici, ils sont déjà vieux, ce n’est pas un pays de combattants… […] Prenons les Russes, par exemple. Ils combattaient, ils criaient, ils aiment leur pays et tout. Ça, c’est une armée difficile à combattre parce qu’elle a un but. Mais prenez un Français, il va combattre quoi ? La patrie ? La patrie des jeunes, c’est Apple ! Le drapeau français, ils l’ont foutu dehors. Il n’y a rien de patriotique […]. Plus le temps avance, mieux c’est pour nous ! Parce qu’on voit bien comment devient la société française. Pour l’instant, elle ne se dirige pas vers un pays de combattants. »

Enfin, nous rencontrons la parole d’Abdel, moins théologique cette fois, mais tout de même intéressante. Pour le coup, ses propos sont criants de vérité… Notre civilisation moderne est devenue lâche et fainéante et aucun de nous ne désire ni n’est en mesure de combattre pour la nation qui l’héberge et le nourrit. À l’instar de la Rome décadente des 4e et 5e siècles, nous vivons dans un certain luxe et payons, bien maigrement, des « mercenaires » pour assurer notre sécurité. Une civilisation qui n’est plus à même de défendre son mode de vie, son existence, et ce jusqu’à la mort est destinée à mourir elle-même et être remplacée par une civilisation où des hommes et femmes sont encore prêts à mourir pour leur mode de vie, aussi terrible soit-il. Telle est la leçon que l’Histoire nous enseigne.

En dernière note, je voudrais appeler à la prière relativement à ces djihadistes, aux troubles par lesquels notre jeune civilisation d’après-guerre passe. Prions pour que Dieu nous fasse grâce. La période de paix dans laquelle nous nous trouvons et les systèmes démocratiques en place, aussi imparfaits soient-il, permettent à tout un chacun une vie de qualité et nous permettent de prêcher l’évangile sans être inquiétés. Soyons reconnaissants et prions que Dieu ait grâce et que l’Europe ne soit pas renversée dans le chaos. Enfin, prions que ces djihadistes découvrent le vrai Dieu dont le désir n’est pas l’assassinat des Hommes, mais qui est venu lui-même se faire assassiner par les hommes afin de sauver tous les hommes venant à lui. Prions qu’ils découvrent la Vérité, car elle seule les bouleversera, les transformera et les sauvera. Aucun programme de déradicalisation tenus par des français de religion/idéologie postmoderniste se rangeant derrière l’étendard ambigu « pas de vérités sinon la nôtre qui est qu’il n’y a pas de vérités » ne sera en mesure d’un tel exploit. Certes, ils porteront peut-être du fruit, mais sur le long terme, les plus endurcis des cœurs ne seront délivrés que par l’évangile. Prions pour eux. Le Seigneur nous demande lui-même d’aimer nos ennemis, les aimer jusqu’à donner notre vie pour eux.

Encore une fois, je vous enjoins de vous procurer le livre duquel sont tirés ces extraits, vous ne le regretterez pas : Xavier Crettiez « Soldats de Dieu. Paroles de djihadistes incarcérés. »

Merci d’avoir écouté Les fils d’Issacar. Pour retrouver l’intégralité des épisodes, rendez-vous sur le journal en ligne « Infochrétienne » (trois fois w point Infochretienne point com) et sélectionnez « Timothée Davi » dans le menu « Chroniqueurs ».

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Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour un nouvel épisode des fils d’Issacar qui sera présenté cette fois par Etienne Omnès. Que la Parole de Dieu et l’Esprit de notre Seigneur puisse être les seuls fondements sur lesquels vous bâtissez votre vie.

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Sources citées dans l’article :

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