Podcast « Les Fils d’Issacar » : Le Zimbabwe et la chute du « vieux lion » R. Mugabe

Bonjour, nous sommes le samedi 25 novembre 2017, et nous voici pour un nouvel épisode du podcast des « fils d’Issacar », une analyse hebdomadaire d’événements et nouvelles depuis une vision du monde chrétienne tenue par Etienne Omnès et moi-même (Timothée Davi) !

Nous vous souhaitons d’ores et déjà une bonne écoute/lecture !

Le Zimbabwe et la chute du « vieux lion » R. Mugabe

Ce trente-deuxième épisode des Fils d’Issacar traitera du Zimbabwe et de la démission du président ou plutôt dictateur Robert Mugabe. Cet épisode, bien que de nature internationale, ne pourra que nous intéresser dans la mesure où l’événement est de taille et riche en leçons à retenir d’un point de vue chrétien.

Cela faisait déjà trente-sept ans qu’il était au pouvoir, Robert Mugabe alias le « vieux lion » a démissionné de façon aussi soudaine que dramatique ce mardi 21 novembre sans même attendre d’être destitué par ses partisans. Rappelons tout de même que l’armée l’avait déjà écarté du pouvoir ce 15 novembre dernier et que son propre parti, la Zanu-PF, l’avait même subséquemment déchu de la présidence dimanche dernier.

La nouvelle prend de court non seulement le Zimbabwe, mais le monde entier. C’est que R. Mugabe tenait le pays dans son étreinte dictatoriale depuis trente-sept ans, un long règne s’il en est dans une Afrique minée par les guerres civiles.

Cependant, si l’ex-dirigeant du Zimbabwe régnait toujours à l’âge avancé de 93 ans, ce n’était ni avec l’approbation du peuple ni vraiment avec celle des puissants. Les premiers se sont plutôt réjouis à l’annonce de la nouvelle, espérant un meilleur avenir pour leur pays. Quant aux derniers, rôdant tels des vautours près du pouvoir, ils n’attendaient qu’à se partager la carcasse.

Robert Mugabe était en effet un homme qui ne dirigeait plus son pays que de loin et maladroitement par ailleurs manipulé par sa femme Grace Mugabe, cette dernière rêvant de s’emparer du trône après lui. Cela dit, « maladroit » constitue assurément un euphémisme lorsqu’il s’agit de qualifier son règne. Voyez plutôt : après 37 ans au pouvoir, le pays connaît un taux alarmant de 90% de chômage, 72% de pauvreté, 4,1 millions de personnes en « insécurité alimentaire » et une espérance de vie de 60 ans pour ne partager que quelques chiffres (cf. « Le Zimbabwe, un pays à l’agonie sur le plan économique »). En quelques mots comme en cent : son règne fut un désastre aux proportions gargantuesques.

C’est donc une fin lamentable pour ce dirigeant dont même la jadis célèbre rhétorique anti-impérialiste aux relents identitaires ne faisait plus vibrer personne au Zimbabwe.

Emmerson Mnangagwa, 75 ans, ancien vice-président récemment élu président du parti au pouvoir la Zanu-PF, va vraisemblablement assurer la succession du « vieux lion ». Nouvelle qui ne ravira personne étant donné que ce dernier se tenait au cœur des répressions du régime Mugabe. « Ce passé sombre ne va pas disparaître. Cela va se poursuivre comme un chewing-gum collé sous une semelle », se désole Piers Pigou, consultant d’International Crisis Group en Afrique australe.

Si vous êtes, comme moi, tout à fait néophyte en matière de politique du Zimbabwe, les questions suivantes surgissent sans doute à ce stade dans votre esprit : qui donc était Robert Mugabe ? Comment est-il arrivé au pouvoir ? Comment y est-il resté ? Comment ce « héros de la libération » est-il devenu ce dictateur honni sommé de quitter le pouvoir ? Ce sont des questions capitales afin d’obtenir une compréhension précise de l’événement et je tenterai d’y répondre brièvement par le biais de quatre dates majeures : 1980, 1987, 2000 et la chute progressive de 2008 à 2017. Je reprends ici un excellent article du Figaro pour lequel je vous laisse les références en bas de l’article.

1. 1980 : Robert Mugabe devient Premier ministre du nouveau Zimbabwe

En 1980, après quinze années de guerre civile et la signature des accords de Lancaster l’année précédente, la « Rhodésie du Sud » prend son indépendance et devient le Zimbabwe. Né en 1924, membre de l’ethnie largement majoritaire des Shonas, Robert Mugabe devient, à 56 ans, le Premier ministre de ce nouveau pays. Marxiste, formé à l’université de Fort-Hare, en Afrique du Sud, réservée à la population noire, il a derrière lui des années de lutte anticoloniale contre le gouvernement de Rhodésie du Sud et son Premier ministre, Ian Smith. Il a fondé, en 1963, l’Union nationale africaine du Zimbabwe (Zanu) majoritairement composée de Shonas, et passe dix ans en prison entre 1964 et 1974. À sa libération, il prend la tête de la guérilla contre le gouvernement rhodésien depuis le Mozambique voisin.

Comme Premier ministre du Zimbabwe, il bénéficie de son aura de « héros de la libération ». Un statut qui va le suivre de longues années, lui apportant le soutien de nombreux dirigeants africains. Il tente au départ de construire une politique nationale de réconciliation entre les deux ethnies du pays, celle majoritaire des Shonas, dont il fait partie, et celle minoritaire des Ndébélés, appuyés sur le parti de l’Union du peuple africain du Zimbabwe (Zapu), rival du sien. Il distribue à cet effet des portefeuilles ministériels à toutes les communautés, y compris à des « Rhodésiens blancs ». Mais dès 1983, sa politique prend une tournure plus violente. L’armée réprime dans le sang la révolte de Ndébélés dans la province de Matabeleland.

2. 1987 : devenu président, Robert Mugabe tenté par l’instauration d’un parti unique

En 1987, Robert Mugabe récolte les fruits d’une politique de plus en plus autoritaire. Après un accord de paix mettant fin à la guerre civile entre Shonas et Ndébélés, il obtient la fusion de la Zapu dans la Zanu, qui devient à cette occasion la Zanu-PF. Une organisation politique qui devient, dans les faits, un parti unique, même si Robert Mugabe ne parvient pas à l’inscrire dans le droit alors que les régimes communistes s’effondrent après la chute du mur de Berlin en 1989. Le dirigeant zimbabwéen parvient en revanche à faire réviser la Constitution et devient président de la République, avec des pouvoirs élargis, en supprimant le poste de Premier ministre. Renforçant progressivement son autoritarisme, il est reconduit dans ses fonctions en 1996, en 2002, en 2008 et en 2013.

3. 2000 : le grand échec de la politique agraire de Mugabe et la « ruine du grenier à blé de l’Afrique »

Au début de son règne, se refusant à toute expropriation forcée, il avait rassuré les fermiers blancs qui possédaient alors une très large majorité des terres agricoles et encore près d’un tiers de celles-ci à la fin des années 1990. La réforme agraire qu’il mène à partir de 2000, fondée sur des expropriations sans compensation, est un fiasco qui mène le « grenier à blé de l’Afrique » à la ruine. Les terres sont redistribuées à des proches du régime, spoliant les propriétaires blancs (plusieurs dizaines sont assassinées), mais aussi des milliers d’ouvriers agricoles noirs, qui se trouvent totalement démunis. Le pays, exportateur de grains dans les années 1980, est alors frappé par des vagues de famine.

Une inflation sans précédent touche le Zimbabwe dès 2000. Elle atteint 231 millions de % en 2008. Un billet de cent mille milliards de dollars du Zimbabwe valant trente dollars américains est ainsi mis en circulation en janvier 2009. Une situation qui force le gouvernement zimbabwéen à abandonner sa propre monnaie au profit du Rand sud-africain et du dollar américain dès avril 2009. Le chômage concerne alors près de 90% de la population.

4. De 2008 à 2017 : la lente chute politique du « vieux lion »

Dans un contexte économique et social désastreux, l’élection de 2008 est un premier signal politique pour Robert Mugabe, qui est battu au premier tour par le leader du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) créé en 1999. Mais cinq jours avant le second tour, Morgan Tsvangirai se retire de l’élection, dénonçant les violences extrêmes des partisans du président zimbabwéen contre ses soutiens. Un retrait qui permet à Robert Mugabe de remporter aisément le second tour, sans adversaire.

Son âge avancé et les doutes sur sa santé ont progressivement fragilisé le « vieux lion » qui souhaitait pourtant devenir le premier dirigeant centenaire de la planète. De surcroît, sa seconde épouse, quarante et un ans plus jeune que lui, Grace Mugabe, était décriée pour ses ambitions politiques alors qu’elle se positionnait comme son possible successeur. Très impopulaire au Zimbabwe, surnommée « Gucci Grace » pour ses goûts de luxe, la première dame s’est notamment opposée au vice-président, Emmerson Mnangagawa, dont elle a obtenu le limogeage, le 6 novembre 2017. Un pas de trop pour le couple Mugabe, qui a déclenché le coup de force de l’Armée, le 15 novembre, proche du vice-président déchu. En quelques semaines, la chute du « camarade Bob » s’est brusquement accélérée, mettant fin à un règne d’un peu moins de quarante ans.

Que penser de cet événement d’un point de vue chrétien ? Je suis tenté de lancer la réflexion par un « rien de nouveau sous le soleil » comme le dit l’Ecclésiaste en Ecc 1, 9.

Nous voici confrontés à la chute d’un énième dirigeant s’étant cru indomptable, indispensable et qui s’est rendu compte, tel Napoléon à Sainte-Hélène, que le monde tourne et tournera sans lui. Pire encore, ce « vieux lion » va s’éteindre dans l’indifférence générale. Comme le dit 1 Pierre 1:24-25 :

« Tout homme est pareil à l’herbe, et toute sa gloire comme la fleur des champs. L’herbe se dessèche et sa fleur tombe. Cependant, la Parole du Seigneur subsiste éternellement. Or, cette Parole, c’est l’Évangile qui vous a été annoncé. »

En effet, tous les dirigeants de cette terre ne sont rien, comparable à de « l’herbe ». Ils ne sont qu’un courant d’eau entre les mains du Tout-puissant (Pro 21, 1). Seul Jésus-Christ, l’éternel lion de Juda, et sa Parole, nous dit 1 Pierre, « subsiste éternellement » en tant que roi des nations incontesté et incontestable. Son règne, bon et juste, n’aura pas de fin. Jamais ses fidèles ne se lasseront de chanter « Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu, le Tout-Puissant, celui qui était, qui est et qui vient » (Ap 4, 8).

Si le sujet est intéressant à méditer, n’oublions pas que des Zimbabwéens ont souffert et souffrent dans les mains de ces injustes leaders. En dernier mot, j’en appelle donc à la prière pour le peuple zimbabwéen. Et joignant l’acte à la parole, je prie et vous invite à faire de même :

« Seigneur, nous te présentons le peuple du Zimbabwe. Tu sais que ce dirigeant inique a régné sur lui pendant toutes ces années de façon oppressante et injuste. Tu es un Dieu proche et non lointain, tu souffres avec ce peuple, ces Hommes créés à ton image. Cependant, nous confessons que nous ne méritons rien Seigneur et nous te supplions, parce que nous savons que tu es un Dieu bon qui fait grâce, donne ta paix à ce peuple du Zimbabwe. Ne permets pas que ce nouveau dirigeant, Emmerson, soit comme son prédécesseur et s’il l’est, ne permets pas qu’il règne sur eux.  Enfin, plus important que tout, nous prions pour l’avancée de ton royaume et le salut du peuple du Zimbabwe, qu’ils puissent entendre ton nom Jésus et venir à toi, le lion de Judas. Amen »

Merci d’avoir écouté Les fils d’Issacar. Pour retrouver l’intégralité des épisodes, rendez-vous sur le journal en ligne « Infochrétienne » (trois fois w point Infochretienne point-com) et sélectionnez « Timothée Davi » dans le menu « Chroniqueurs ».

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Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour un nouvel épisode des fils d’Issacar qui sera présenté cette fois par Etienne Omnès. Que le Seigneur Jésus, le roi des rois, seul souverain incontesté et incontestable de la terre et des cieux, le lion éternel de Juda, soit pour toujours le seul sujet de votre confiance et de votre louange. Gloire lui soit rendue à jamais.

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