Pour la Chine, la météo est-elle une arme de guerre ?

Un pays, aussi grand soit-il, est-il en droit de manipuler son climat sans demander l’accord du reste de la planète ?

À l’heure des grandes décisions visant à lutter contre le réchauffement climatique, l’annonce faite en décembre dernier par la Chine pose crûment la question : elle compte d’ici à 2025 contrôler le climat de plus de la moitié de son gigantesque territoire. Soit une superficie moitié plus vaste que l’Inde voisine.

Jusque-là, le pays avait déjà largement fait usage de méthodes d’ensemencement des nuages afin de maîtriser la répartition des précipitations en fonction de ses besoins. Ainsi, sur le plateau tibétain, la Chine œuvre déjà largement à modifier les conditions météorologiques afin d’alimenter au mieux la principale réserve d’eau de l’Asie. Dans les quatre années à venir, ce « contrôle du temps » s’appliquerait sur 5,5 millions de kilomètres carrés, pour arroser les récoltes, éviter sécheresses et incendies comme pour améliorer la qualité de l’air. Mais l’Empire du Milieu, même s’il ne se soucie que de lui, ne vit pas dans une bulle. Pour l’Inde voisine, inquiète des perturbations météorologiques que cela engendrerait sur son propre territoire, il s’agit là d’une « militarisation du temps ».

Il faut dire que l’expérience chinoise en la matière remonte aux années 1960, le programme de géo-ingénierie chinois employant déjà 35 000 personnes à l’heure actuelle. La Chine n’est pas pour autant la seule puissance d’envergure à s’intéresser au contrôle de sa propre météo, ou à celle des autres, à la façon de la bande dessinéeSOS Météores de Blake et Mortimer, publiée en 1958. General Electric, outre-Atlantique, a découvert dès 1946 l’influence de l’introduction de glace dans les nuages sur les précipitations. Dès la prise de pouvoir de Fidel Castro, la CIA avait étudié comment ruiner l’économie de Cuba en ensemençant les nuages afin de faire tomber la pluie sur les récoltes de canne à sucre de l’île. La même méthode a été utilisée durant la guerre du Vietnam afin de ralentir l’avancée des troupes d’Ho Chin Minh. Aujourd’hui encore, la CIA finance de nombreuses recherches sur la géo-ingénierie, des dizaines d’entreprises travaillant à la modification des conditions météo dans une bonne moitié des états américains. Demain, même si les modifications environnementales « pacifiques » ne sont pas, selon les conventions internationales sur le sujet, considérées comme « hostiles », l’enfer climatique n’est-il pas pavé de bonnes intentions ?

Judikael Hirel

Source : The Guardian 

Cet article est republié à partir de La Sélection du Jour.

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