Quelques pistes pour en finir avec l’insomnie

Tout le monde a déjà vécu ce genre de nuits : les yeux grands ouverts, à compter les moutons ou les fissures sur le mur, incapable de dormir alors que (supposément) le reste du voisinage ronfle paisiblement…

Supposément, car, en France, 15 à 20 % de la population se plaint de symptômes d’insomnie chronique et près de 50 % de ces insomniaques souffrent d’une forme d’insomnie sévère. Vous n’êtes donc pas la seule personne à attendre parfois (ou régulièrement) la visite de Morphée.

Il existe plusieurs types d’insomnie, ce qui fait de cette affection l’un des troubles du sommeil les plus complexes. Certains se plaignent de difficultés à initier le sommeil − s’endormir leur prend plus de 30 minutes, tandis que d’autres ont des difficultés à maintenir l’état de sommeil − ce qui se traduit par plusieurs réveils prolongés au cours de la nuit. Certaines personnes enfin subissent des réveils précoces le matin, sans pouvoir retrouver le sommeil. Un même individu peut souffrir de plusieurs de ces symptômes.

Les personnes concernées se plaignent généralement d’avoir un sommeil de mauvaise qualité, et, dans certains cas, de durée réduite, ce qui s’accompagne de symptômes de fatigue diurne et de difficultés à se concentrer, à suivre une réunion de travail voire à rester calme au volant, dans les bouchons matinaux. Toutefois, une courte durée de sommeil ne suffit pas à elle seule à définir l’insomnie. Ce sont plutôt les difficultés diurnes qui sont cruciales pour son diagnostic. Si vous vous sentez reposé après une courte nuit, vous ne souffrez probablement pas d’insomnie.




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Il est en outre important de faire la distinction entre une insomnie dite transitoire – lorsque la personne éprouve des symptômes d’insomnie en raison d’un stress temporaire – et une insomnie chronique. Ce dernier syndrome est défini par le fait de présenter des symptômes d’insomnie durant au moins trois nuits par semaine, pendant plusieurs mois, symptomes ayant un impact négatif sur le fonctionnement journalier.

Comment l’insomnie chronique apparait-elle ?

Certains facteurs prédisposeraient aux problèmes de sommeil et créeraient une vulnérabilité qui se révélerait lors de l’exposition à un facteur déclencheur. On sait par exemple que les femmes et les personnes âgées sont plus disposées à souffrir d’insomnie. Qui plus est, les personnes dont l’histoire familiale est marquée par l’insomnie ou une tendance à l’anxiété seront plus vulnérables face à un facteur déclencheur.

Ledit facteur déclencheur peut être un deuil, un changement d’environnement ou un stress. Généralement, une fois que la cause est identifiée et le problème, résolu, on peut s’attendre à ce que l’insomnie transitoire cesse. Elle ne se transforme en insomnie chronique que lorsque les difficultés de sommeil deviennent un problème indépendant.

Dans ce cas, l’insomnie n’est plus liée à son facteur déclencheur, et sera généralement attisée par des facteurs perpétuants. Ces derniers sont souvent des stratégies inadaptées, mises en place dans le but de compenser les effets de l’insomnie. Ainsi, boire un verre d’alcool avant d’aller se coucher, entretenir de fausses croyances sur le sommeil ou se mettre au lit alors que l’on n’est pas fatigué sont des comportements qui perpétuent l’insomnie.

La persistance de cette dernière entraîne l’insomniaque dans un cercle vicieux où les effets du manque de sommeil se mêlent à un état constant d’hypervigilance physique, mentale et cognitive, empêchant un sommeil profond et réparateur.

Il arrive que les difficultés à trouver le sommeil soient les conséquences d’un autre trouble, tel qu’une maladie (douleurs chroniques, cancer, dépression), la prise de certains médicaments ou d’autres substances. On parle alors d’insomnie secondaire.

Certains comportements inadaptés, tels que boire un verre d’alcool avant d’aller se coucher, perpétuent l’insomnie.
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Mal dormir a de graves conséquences

À l’image de la célèbre énigme de l’œuf ou la poule, lorsqu’il s’agit d’établir un diagnostic et de traiter l’insomnie, déterminer ce qui est venu en premier, de l’anxiété (voire de la dépression) ou de l’insomnie, est une question complexe. Dans la prise en charge, il est important d’intervenir à la fois sur l’insomnie et les conditions médicales associées, afin d’éviter que ces divers problèmes ne s’entretiennent mutuellement.

Un sommeil fragmenté et/ou de durée réduite a de nombreuses conséquences sur notre capacité à nous concentrer, à prendre des décisions, à apprendre ou à réguler nos émotions. Si certains insomniaques disent s’habituer à la fatigue, de nombreuses recherches ont montré qu’à long terme, un sommeil perturbé ou réduit de manière chronique pourrait avoir des effets, non seulement sur notre fonctionnement cognitif mais aussi sur notre santé physique et mentale (augmentation du risque de dépression, des problèmes cardio-vasculaires, de l’anxiété et du diabète).

L’insomnie a également des implications sociétales et financières : elle se traduit par davantage d’absentéisme au travail, une baisse de productivité et une augmentation du nombre de prescriptions médicales.

Les effets du manque de sommeil sur la santé et le bien-être sont une préoccupation majeure de santé publique, motivant les chercheurs à trouver des solutions.

Les limites des somnifères

Pour prévenir la survenue des difficultés de sommeil et leur chronicité, une des approches essentielles repose sur la sensibilisation à l’importance d’une bonne hygiène de sommeil. Cela signifie notamment s’astreindre à des horaires de sommeil réguliers, dans un environnement propice au sommeil (obscur, silencieux, pas trop chaud). Par ailleurs, il faut avoir conscience que les activités potentiellement stressantes ou le fait de passer trop de temps devant des écrans peuvent être défavorables à l’endormissement.

Dès le plus jeune âge, il est essentiel d’éduquer les enfants au rôle du sommeil et à l’importance de sa préservation. Cependant, si des problèmes affectant le bien-être et le fonctionnement diurne apparaissent, certaines interventions peuvent être mises en place pour les circonscrire.

Les prescriptions de sédatifs ont des effets directs sur le sommeil : réduction du temps d’endormissement et augmentation du temps total de sommeil). Ils entraînent toutefois une large palette d’effets secondaires, et leur utilisation s’accompagne du risque de développer une tolérance et une dépendance à long terme.

Les traitements pharmacologiques à effet sédatif sont les plus prescrits contre l’insomnie, mais s’accompagnent d’effets secondaires et d’un risque de dépendance.
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Utiles à court terme (idéalement de 4 à 6 semaines maximum), pour gérer une insomnie transitoire, les médicaments n’agissent pas à eux seuls sur les facteurs perpétuant l’insomnie. De ce fait, le traitement de première intention à l’heure actuelle est la thérapie cognitivo-comportementale pour l’insomnie (TCCi ou CBTi en anglais), une intervention psychologique multimodale qui a pour but d’identifier et de modifier les pensées et comportements inadéquats.

Thérapie et hamac

Conduite pendant 6 à 8 semaines par un psychologue ou autre professionnel de la santé, la TCCi a fait ses preuves contre l’insomnie. Elle permet un endormissement plus rapide et un meilleur maintien du sommeil non seulement à court terme (60 % de réponse à la thérapie), mais aussi à long terme avec 40 % de rémission.

Néanmoins, chez certains patients le sommeil ne s’améliore pas après la TCCi. Cela pourrait être dû à l’existence de plusieurs sous-types d’insomnie, reposant sur différentes causes et mécanismes cérébraux sous-jacents. Il a par exemple été démontré que les insomniaques présentant une altération dans la génération des fuseaux de sommeil (des ondes cérébrales impliquées dans la préservation de la stabilité du sommeil) semblent répondre moins bien à la TCCi. Ces insomniaques auraient physiologiquement davantage de difficultés à maintenir leur sommeil.

Les apports cognitifs et psychologiques de la TCCi seraient donc peu utiles pour les personnes affectées par ce sous-type d’insomnie. À l’heure actuelle, des recherches sont menées pour trouver d’autres marqueurs physiologiques permettant non seulement de mieux définir l’insomnie, mais aussi d’améliorer la prise en charge des patients.

Une stimulation physique telle qu’un doux balancement latéral peut influencer l’endormissement et augmenter le temps passé en sommeil profond.
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D’autres recherches – au stade expérimental pour l’instant – sur des interventions non pharmacologiques destinées à améliorer le sommeil sont en cours. Récemment, des résultats sur les bons dormeurs ont montré qu’une stimulation physique pendant la nuit peut influencer le sommeil. En effet, de manière similaire aux bébés, nous serions toujours sensibles au balancement, même à l’âge adulte. Il a été démontré que chez de bons dormeurs adultes, un balancement latéral doux (0.25Hz) favorise l’endormissement et augmente la durée de sommeil profond, avec une réduction du nombre de microréveils.

Le lit-hamac serait-il la clé des songes pour les insomniaques et les personnes sensibles à l’insomnie ? Cette hypothèse doit encore être testée. Une chose est sûre, les scientifiques sont déterminés à trouver des solutions pour en finir avec l’insomnie, et ces recherches ne sont qu’un exemple parmi de nombreux autres.The Conversation

Thanh Dang-Vu, Neurologist, Associate Professor, Concordia University Research Chair in Sleep, Neuroimaging and Cognitive Health, Concordia University et Aurore A. Perrault, Postdoctoral research in sleep medicine, Concordia University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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