« Si je reviens un jour » : l’exceptionnelle correspondance retrouvée entre Louise, 16 ans, juive déportée, et sa professeure chrétienne

Lors d’un déménagement au lycée Jean-de-la-Fontaine de Paris, des lettres, des photographies et une Bible sont retrouvées dans une vieille armoire. Grâce à cette correspondance, Khalida Hatchy, professeure, et Stéphanie Trouillard, journaliste de France 24, vont retracer le parcours de Louise, 16 ans, déportée à Auschwitz, brillante élève du lycée avant la guerre, qui s’interroge sur la foi.

Février 2010. Lycée Jean-de-la-Fontaine, Paris, Christine Lerch, trouve des lettres, des livrets, une photo de classe et une Bible. Tout appartient à Louise Pikovsky. Elle tente en vain d’en savoir plus. Six ans, plus tard, elle les confie à Khalida Hatchy, particulièrement touchée, qui décide de poursuivre les recherches.

Toutes les lettres font preuve de la remarquable intelligence de la jeune fille. Louise adresse à son enseignante, Anne-Marie Malingrey, ses interrogations, son cheminement, et rarement, ses angoisses.

« Oh! Mademoiselle, si vous vouliez me reparler de la joie. Je suis sûre que nous ne pouvons apprécier le bonheur qu’après avoir souffert, mais est-ce que la souffrance a des arrêts. Je finis par en douter. Je vous embrasse affectueusement. »
(août 1942)

Anne-Marie Malingrey enseignait le latin et le grec à Louise. Elle est une spécialiste reconnue de la littérature grecque chrétienne. Anne-Marie deviendra professeure émérite à l’Université Charles-de-Gaulle de Lille. Sa collègue, Colette Montavon, la décrit « pétrie de foi ». Sa correspondance avec Louise l’est également. Elle se rappelle :

« Pendant les vacances 1942, nous avons correspondu souvent. Je lui envoyais des colis de ravitaillement depuis notre zone, moins défavorisée que la zone occupée. »

Les lettres de Louise révèlent l’influence du témoignage de son enseignante.

Boulogne, 12 août 1942, lettre de Louise à Mlle Malingrey

« Oui, vous avez raison, Mademoiselle. Dieu seul peut nous aider et je crois fermement bien que j’aie longtemps lutté. Tant de choses me déplaisaient chez les les gens croyants et pratiquants. […] Mais vous m’avez vaincue…  »

Boulogne, 31 août 1942, lettre de Louise à Mlle Malingrey

« Nous voici, Mademoiselle, devant une semaine neuve, et devant un mois tout neuf, le dernier mois de vacances. Je pense bien l’employer à lire si je vous obéis en ne travaillant pas. Je voudrais pouvoir lire, lire en en m’arrêtant que pour penser à mes lectures. »

Paris, 9 septembre 1942, lettre de Louise à Mlle Malingrey

« J’ai lu le premier chapitre : Dieu le Père Tout-Puissant. J’admire la simplicité et la grandeur. »

Paris, 17 septembre 1942, lettre de Louise à Mlle Malingrey

« Aussitôt que vous pensez à Dieu, aussitôt que vous prononcez son nom, la lumière se fait autour de vous, dans votre esprit et dans votre coeur. […] Tous les sombres problèmes de la vie, tous les doutes disparaîtront, toutes les tribulations et les douleurs de l’existence s’évanouieront. L’obscurité de la tombe elle-même se dispersera car derrière la tombe, vous verrez le monde lumineux du ciel. »

Boulogne, 19 septembre 1942, lettre de Louise à Mlle Malingrey

« Quels beaux textes ! Je ne sais plus lesquels distinguer des autres. Ils sont tous beaux. Tous expriment la reconnaissance pour les bienfaits de Dieu. »

Puis, le silence.
Jusqu’en janvier 1944.

« Nous sommes tous arrêtés. Je vous laisse les livres qui ne sont pas à moi et aussi quelques lettres que je voudrais retrouver si je reviens un jour. Je pense à vous, au Père, à Mlle Arnold, et je vous embrasse. Louise »

Louise, ses parents, Abraham et Brunette, son frère Jean, ses soeurs Annette et Louise, font partie des plus de 13 000 juifs arrêtés lors de la rafle du Vel d’Hiv. La police se rend chez les Pikosky, emmène le père, et donne une heure au reste de la famille pour se préparer. Louise court chez Anne-Marie Malingrey, pour mettre à l’abri des lettres, des livres et sa bible. L’enseignante, les voisins, plusieurs voudront les cacher. Mais la famille ne veut pas être séparée et refuse. Ils seront acheminés le 3 février 1944 vers Auschwitz, par un des derniers convois, où ils mourront, ensemble, quelques jours plus tard.

Colette Montavon, collègue d’Anne-Marie, raconte :

« C’était le grand regret de sa vie. Elle s’en voulait de ne pas avoir insisté pour qu’elle reste dormir chez elle cette nuit-là. »

Dans la bible de Louise, en guise de dédicace, une citation écrite en grec :

« Nous avons pour consolation les saints livres qui sont entre nos mains. »

M.C.

Source : France 24

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