RIACE, un village italien devient lieu d’accueil pour les réfugiés

En 1998, les habitants ont ouvert leur porte pour héberger 300 réfugiés. « Tout remonte au 1er juillet 1998, lorsqu’un voilier transportant 300 Kurdes s’est échoué sur la côte, à Marina Riace » raconte le maire Domenico Lucano. Depuis, ce village de Calabre n’a pas cessé de recevoir des réfugiés et revit grâce à eux.

En 1998, ce village italien se meurt ; de 3000 habitants en 1960 sa population est tombée à 900 personnes. Les commerces ferment, l’école se vide… Atteinte par le chômage, chaque famille a un membre qui a émigré vers de meilleures contrées. Un geste de bonne volonté, une main tendue à ces 300 premiers réfugiés kurdes a bouleversé la vie du village quand Domenico Lucano convainc les habitants de les accueillir. Aujourd’hui, le village a 2100 habitants dont 1/3 composé de réfugiés ou migrants. Les habitations abandonnées ont été restaurées pour les accueillir.

« Nous avons tous au moins un membre de notre famille qui a émigré dans un pays lointain », souligne le maire de Riace

Et voilà, toute l’économie de ce village redémarre par cet afflux de réfugiés. Certains ne font que passer le temps de décider où ils veulent aller et obtenir leurs papiers, 6000 réfugiés et migrants sont ainsi passés par Riace au fil des années. Ceux qui sont partis ailleurs pour essayer, reviennent parfois. D’autres décident de rester. Dans des petits ateliers d’artisanat, des petites boutiques où travaillent main dans la main, les calabrais et les migrants, sont confectionnés dans ce petit bourg des bijoux, des vêtements, des articles vendus aux touristes.  Les commerces, l’école, le village sont au bénéfice de ces nouveaux arrivants. Pour faire fonctionner l’économie locale, les réfugiés reçoivent une monnaie locale complémentaire à l’effigie de Martin Luther King « I have a dream ». Ainsi les aides qu’ils reçoivent sont utilisées sur place dans les commerces qui peuvent l’échanger contre des euros.

« Les migrants qui sont arrivés ici sont des personnes utiles. Ils nous ont permis de reconstruire et de rouvrir les écoles, de relancer les ateliers d’artisanat pour redonner vie au village, la force de germer. »

Ainsi un village destiné à disparaître à cause d’un exode rural massif de ses habitants revit. Le maire Domenico Lucano s’est battu auprès de l’État italien et de l’Europe afin d’obtenir des financements pour l’installation de ces réfugiés sur place. Recteur de la paroisse de Santa Maria Assunta, le Père Giovanni Coniglio estime que Riace représente un modèle d’accueil dans la dignité. Le plus ancien des réfugiés est un maçon kurde, totalement autonome. « Riace est devenu ma patrie », affirme Baran dans un italien parfait.

A Riace, non seulement les maisons sont restaurées mais la vie même de ces réfugiés est reconstruite : ils sont accueillis, ils ont un toit pour leur famille, ils ont de quoi manger et vivre, ils sont aidés, ils peuvent apprendre l’italien, leurs enfants peuvent aller à l’école, et ils peuvent trouver du travail sans se soucier du lendemain. En France, à Calais, une jungle existe comme une verrue. Le « chef » de ce bidonville où environ 6000 migrants campent, Alpha erre depuis 10 ans en Europe sans avoir de lendemain et sans pouvoir reconstruire une vie malgré ses talents. J’ai un rêve ! Que ces 6000 migrants et les autres soient accueillis dans nos villages, qu’ils les fassent revivre et qu’eux-mêmes puissent se reconstruire.

Nonobstant, en écrivant ce texte, nous allons probablement choquer notre   lecteur à l’aune des derniers événements vécus, notamment le 13 novembre. Pour autant nous  assumons la responsabilité de cette chronique tout en prenant conscience en partageant cette réflexion, de la difficulté d’accueillir l’ivraie et le bon grain, tout en prenant conscience que certains migrants ne sont pas venus dans nos pays avec des intentions nobles.

Mais doit-on alors jeter l’ivraie et le bon grain à la mer, repousser ceux qui fuient réellement la guerre sous prétexte que dans leurs rangs, certains sont en effet venus terroriser les nations européennes ? En refusant d’accueillir légitimement ou non l’immigré, nous n’offrons finalement aucune perspective, nous créons potentiellement des zones de non droit, des zone de transit sans avenir, des zones d’effroyable échec, une forme de ghetto de la honte qui est bien entendu absolument insupportable pour les riverains au voisinage de ces camps bidonvilles.

Mais ces situations de vie insupportables le sont également avec ceux qui se retrouvent dans les conditions d’un camp concentrant l’effroyable misère humaine aspirant à un hypothétique eldorado. Dans ces conditions de vie, ou l’état montre son impuissance totale à identifier une solution humaine à l’immigration,  à cette impuissance s’ajoute la frayeur d’habitants en situation de repli et naturellement épouvantés par le sentiment de se sentir menacés par une violence quasi quotidienne. Les ressentiments des riverains et des « voyageurs » en transit deviennent alors exacerbés, tendus.

Il y a un défaut de vision à l’instar de ce village italien qui s’inscrit dans une dynamique d’intégration sociale, d’innovation sociale, en créant les conditions d’un échange apaisé avec les populations migrantes.

Pondérant notre propos il existe cependant un travail remarquable d’associations caritatives, de bénévoles, d’hommes et de femmes qui n’hésitent pas à investir les lieux pour tendre la main. Mais hélas, il y a un défaut de vision à l’instar de ce village italien qui s’inscrit dans une dynamique d’intégration sociale, d’innovation sociale, en créant les conditions d’un échange apaisé avec les populations migrantes. Ce village italien est ainsi une réelle lumière dont il conviendrait de se saisir comme exemple pour montrer un chemin de socialisation et de dignité.

Or nos nations européennes sont en situation d’échec sur la crise migratoire et tant qu’elles le resteront, cette fameuse « jungle de Calais » sera inéluctablement vouée à amasser les marasmes de la précarité humaine, les tragédies d’une migration sans issue, sans espérance, tragédies renforcées par toutes ces postures idéologiques et leurs instrumentalisations politiques inévitables. Or que nous disent les saintes écritures à l’endroit des migrants, leurs enseignements pourraient révolter nos contemporains en nous reprochant de les utiliser. Nous sommes pourtant persuadés que le récit Biblique vieux de plus de 2000 ans a pourtant une réelle résonnance contemporaine et doit toujours éveiller notre conscience. Que nous devons lire ces passages bibliques comme une lettre qui reste d’une profonde actualité. Le récit biblique continue de nous enseigner en témoigne cet extrait du livre du Prophète Esaïe :

« Cache ceux que l’on poursuit, ne trahis pas le fugitif! Laisse séjourner chez toi les exilés de Moab. Sois pour eux un refuge contre le dévastateur! Car l’oppression cessera, la dévastation finira. Celui qui foule le pays disparaîtra. Et le trône s’affermira par la clémence, l’on y verra siéger fidèlement, dans la maison de David. Un juge ami du droit et zélé pour la justice. »
(Esaïe 16 v 3 à 5)

Les villes refuges englobent la personne mais aussi tout le cadre de vie, leur permettant de satisfaire leurs besoins vitaux : abri et sécurité, vêtements, eau et nourriture, soins et santé, relations (Matthieu 25 v 35 et 36) dans un lieu paisible.

Dans les aspirations évoquées par des ONG il est parfois fait mention de construire des villes refuges. Les villes refuges englobent la personne mais aussi tout le cadre de vie, leur permettant de satisfaire leurs besoins vitaux : abri et sécurité, vêtements, eau et nourriture, soins et santé, relations (Matthieu 25 v 35 et 36) dans un lieu paisible. Si dans l’ancien testament, il est parlé des villes de refuge comme étant celles où on peut se réfugier pour éviter d’être tué (Nombres 35) il est aussi indiqué à maintes reprises, du refuge que nous avons en Dieu (il ne sera fait aucun mal sur ma montagne… Esaïe 11 v 9) ou de l’accueil que nous devons faire :

« Laisse séjourner chez toi les exilés de Moab, Sois pour eux un refuge contre le dévastateur! Car l’oppression cessera, la dévastation finira, Celui qui foule le pays disparaîtra. »
(Esaïe 16 v 4)

Dans Nombres 35 v 12 : « Ces villes vous serviront de refuge contre le vengeur du sang, afin que le meurtrier ne soit point mis à mort avant d’avoir comparu devant l’assemblée pour être jugé. »

Nous pouvons dès lors comprendre spirituellement que tous, alors qu’ils sont poursuivis peuvent s’adresser à Dieu pour trouver « une ville de refuge ». Nous lisons aussi dans le livre de Nahum (Consolation en hébreu) que Dieu est un refuge au jour de la détresse, pour ceux qui sont accablés.

RIACE, est devenue ville d’accueil pour ces migrants afin de toucher le cœur de ceux qui viennent se réfugier. Ce sont les habitants, les bénévoles, les associations… qui ont pris soin du migrant, du réfugié, de l’indigent afin que la lumière de l’espérance jaillisse en lui pour un résultat bien au-delà de leur aspiration car le village revit grâce à cet accueil.

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Avec la participation de Nathanaël Bechdolff.

Eric Lemaitre

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