Sécheresse : Une fatalité au même titre que les inondations ? [OPINION]

En période de sécheresse, il paraît anachronique de parler d’inondations. Dans les deux cas, on parle volontiers de « catastrophes naturelles ». Certes elles sont initiées par un événement météorologique, mais notre insouciance à anticiper mériterait de qualifier ces événements de « catastrophe humaine ». On justifie nos inerties en accusant le réchauffement climatique d’être cause des inondations. Pourtant, le GIEC reconnaît qu’ « on peut dire, avec un degré de confiance élevé, que des inondations plus importantes que celles observées depuis 1900 se sont produites au cours des cinq derniers siècles dans le nord et le centre de l’Europe, dans l’ouest de la région méditerranéenne et dans l’est de l’Asie ». Voilà qui met à mal le slogan « penser global pour agir local ».

Pour faire face aux inondations, il est préférable de « penser local pour agir local »On découvre alors trois négligences classiques. D’abord, en aval, l’insuffisance de dragage des embouchures. Certes, les inondations évoquent le plus souvent des petits ports d’estuaires abandonnés. Pensons aux inondations de Quimperlé  et Hennebont (janvier 2001), d’Abbeville (avril 2001), d’Arles (déc. 2003), de Bayonne (février 2014), et tant d’autres. Les activités portuaires justifiaient des budgets de dragage. Ce n’est plus le cas et l’envasement de tous ces estuaires freinent l’écoulement des eaux… et les écologistes s’opposent à tous travaux qui bouleverseraient les flores et faunes sous-marines. Dans le lit moyen des rivières, les berges ne sont plus entretenues, les arbres y poussent, sont arrachés lors des crues et constituent de véritables barrages en se bloquant sous les ponts. Certes, il y a de moins en moins d’agriculteurs riverains, mais trop de contrôles les exaspèrent : après les inondations de Fréjus en 2010, des élus municipaux se sont plaint en sept. 2012 auprès des sénateurs qu’un des points les plus problématiques réside dans la « police écologique de l’eau ». Certains exploitants ont même été verbalisés pour avoir entretenu des berges, par exemple en taillant des arbres plongeants !

En amont, il serait nécessaire de construire des réservoirs de précaution. C’est sur ce dernier point que la problématique des inondations rejoint celle des sécheresses. Nous ne reviendrons ni au cabotage dans les estuaires, ni à une agriculture stockant  d’avance une année de récolte ou suffisamment nombreuse pour entretenir les berges de nos rivières. Il faudra donc se faire à l’idée d’investir dans des bassins en amont de nos rivières. La création de bassins contribue à maintenir les niveaux d’étiage en cas de sécheresse. En matière de besoins, l’eau qui n’est pas utilisée par l’homme est en effet utilisée à alimenter tous les écosystèmes de la planète. Comme le dit le géographe Ghislain de Marsilly : « Il n’y a aucune perte : Toute l’eau est utilisée par les écosystèmes naturels ».

De l’importance de maintenir l’étiage des rivières à des niveaux suffisants. À Bordeaux, les crues de décembre 1981 et les déficits fréquents d’étiage ont montré l’utilité du plan Garonne 2050 pour répondre au triple objectif de limitation du dégâts des crues, de maintien de l’étiage pour la biodiversité et le dragage naturel de la Gironde, et, accessoirement, d’allocations en eau agricole négociées avec les parties. Le projet prévoit 415 millions de m3, dont seulement 1/5 pour la satisfaction des besoins agricoles. Certes la satisfaction des besoins agricoles nécessite des budgets publics, mais toutes les agricultures du monde sont indirectement subventionnées par des prêts bonifiés, des protectionnismes douaniers ou des aménagements agraires !  Où en est-on du plan Garonne 2050 publié en 2014 ? Sommes-nous condamnés à être paralysés par les ZADistes de Sivens qui ont bloqué un projet de seulement 1,5 million de m3 ?

Les réservoirs contribuent également à réduire les risques d’inondations. Doit-on avoir honte des grands lacs construits à cette fin entre 1960 et 1990 en stockant plus de 700 millions de m3 en amont de Paris. Ils sont aujourd’hui devenus des zones naturelles classées tant les grues cendrées y ont fait souche. Les inondations de juin 2016 ont rappelé qu’ils ne contrôlent que 17% des apports du bassin versant de la Seine à Paris. C’est encore insuffisant. Quand engagera-t-on la construction indispensable des « casiers réservoirs de la Bassée », dans la région de Marolles sur Seine ? La maîtrise de l’eau par l’homme est d’abord anthropologique avant d’être écologique. Elle oblige à se poser des questions: quelle nature voulons-nous ? Quel rapport voulons-nous entre l’homme et la nature ? La nature sauvage est-elle bonne par essence ? Toute maîtrise de la nature serait-elle illégitime ? Le géographe Christian Lévêque se plaît à souligner qu’avoir une position équilibrée sur ces sujets, c’est être capable de répondre à ces questions.

Stanislas de Larminat 

Source : YouTube

Cet article est publié à partir de La Sélection du Jour.

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