« Solidarité » : un abus de langage… ou pas !

Ces derniers jours, la Jungle de Calais a été évacuée, au grand soulagement de nombreux riverains. Je ne peux pas juger les gens concernés : leur agacement me paraît tellement légitime quand on voit s’installer le plus grand bidonville de France à deux pas de chez soi, avec son cortège de nuisances.

C
e qui aurait tendance à m’agacer par contre, c’est que nos élus parlent des efforts de solidarité que nous devons aux autres. Or, j’ai toujours compris que la solidarité ne s’imposait pas, mais qu’elle s’offrait librement et surtout mutuellement.

Dans une machine, on dit que deux pièces sont solidaires quand elles ont mutuellement besoin de l’autre pour fonctionner. On dit de deux associés qu’ils sont solidaires, lorsqu’ils choisissent d’assumer ensemble les risques liés à une affaire.

« Solidarité » : un abus de langage ?

Le terme « solidarité » est galvaudé. Un bel exemple d’enfumage sur ce mot, c’est l’impôt que l’on nomme « ISF » : « Impôt de Solidarité sur la Fortune ». Beaucoup le considèrent d’ailleurs comme un impôt très illogique, puisqu’il taxe le patrimoine, sans se soucier de savoir si ce patrimoine génère un revenu qui permette au moins de s’acquitter de l’impôt – mais ceci est un autre sujet, ne nous égarons pas !

La solidarité implique la notion d’aide mutuelle. Or, lorsqu’on demande à l’un d’aider l’autre, il n’y a a priori rien de mutuel : il y a transfert des biens de l’un pour soutenir l’autre. Et il est entendu que ce transfert est définitif et que le donneur ne reverra plus ce qu’il a donné. Le terme « solidarité » est ainsi utilisé, dans ce cas comme dans beaucoup d’autres, à la place du mot « aide ».

A moins que…

A moins qu’on ait manqué quelque chose. Et que, dans le terme de « solidarité », les deux aient quand même à y gagner. Celui qui donne peut trouver des satisfactions. La Bible dit qu’il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. Il nous arrive à tous d’éprouver plus de joie à offrir un cadeau qu’à en recevoir un. Ceci dit, celui qui voudrait bien m’offrir une nouvelle voiture est le bienvenu… je m’égare à nouveau…

Dans nos « efforts de solidarité », on peut se contenter de donner juste pour « aider ». Et c’est déjà bien, bien plus que beaucoup.

On peut aussi décider d’entrer dans une vraie relation de solidarité, c’est-à-dire dans une relation mutuelle. Moi, je t’aide en te donnant ce que je peux te donner : de mon argent, de mes biens, de mon temps, de mes prières, de mon affection, de mes compétences. Et toi tu n’as rien d’autre que toi-même. Alors tu vas me donner quelque chose de toi. Tu vas m’aider à me reconnecter à mon humanité. Tu vas m’aider à me recentrer sur les priorités de la vie. Tu vas m’aider à mieux me connaître. Tu vas m’aider à être une meilleure personne. Si j’accepte de ne pas espérer une contrepartie identique à ce que je donne, alors oui, même dans ces pseudo « efforts de solidarité » imposés, la solidarité existe. Et elle peut même tourner à l’avantage de celui qui, en première lecture, avait tout à perdre.

Pascal Portoukalian
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