Syrie : Après dix ans de guerre, « la bombe de la pauvreté »

Nabil Antaki est un médecin chrétien. Il fait partie de la congrégation des Maristes bleus qui oeuvre auprès de la population syrienne. Le docteur témoigne de la situation extrêmement difficile à laquelle sont confrontés les Syriens « entre les bombes militaires et la bombe de la pauvreté ». 

En mars 2011, il y a un peu plus de dix ans en Syrie, naissait un conflit qui allait plonger la population dans la plus grande crise humanitaire du monde. Une guerre civile qui a couté la vie de centaines de milliers de personnes, a poussé des millions à l’exil et a eu un impact considérable sur les communautés chrétiennes du pays.

Asia News rapporte le témoignage de Nabil Antaki, activiste et médecin chrétien à Alep. Celui-ci dénonce une situation de plus en plus difficile pour la population. Il estime qu’environ 80% des Syriens vivent en dessous du seuil de pauvreté et que 60% d’entre eux souffrent d’insécurité alimentaire.

Malgré les souffrances endurées pendant la période la plus sombre et la plus violente du conflit, de nombreux habitants d’Alep, qui était autrefois la capitale économique de la Syrie, affirment que les « années de guerre et les bombes » étaient « plus supportables que la pauvreté actuelle », rapporte le médecin.

« Alors que les combats sont en grande partie terminés depuis deux ans et que la situation militaire est gelée, les conditions économiques sont catastrophiques », poursuit-il.

Il décrit un coût de la vie en hausse, des biens essentiels rationnés et de plus en plus chers comme le pain, le sucre ou le riz, tandis que les salaire « ne suivent pas » entraînant la population dans une grande pauvreté. Pour survivre, affirme le chrétien, les familles doivent « compter sur l’aide » des organisations.

Evoquant les nombreuses causes qui sont à l’origine de cette situation, il cite « la destruction des infrastructures, la crise financière du Liban qui a frappé de nombreux Syriens qui avaient des économies dans ce pays, et les sanctions injustes imposées par l’Europe et les États-Unis ». Sans compter sur la pandémie qui a « aggravé la situation » en ralentissant « une activité économique déjà moribonde ».

Alors que des millions de Syriens ont quitté le pays, les travailleurs qualifiés se font de plus en plus rares souligne Nabil Antaki qui déclare que d’autres pays « profitent » de leurs « médecins, ingénieurs, artisans ».

Pour le docteur Antaki, « les gens sont tristes, leurs visages sont tristes, leur esprit et leur cœur encore plus. Comment peut-il en être autrement après avoir vécu 10 ans entre les bombes militaires et la bombe de la pauvreté ? »

Dans ce contexte tragique, les Maristes Bleus, congrégation catholique dont fait partie le docteur et qui oeuvre à Alep, continuent leur travail auprès des plus démunis.

« Nous sommes conscients que ce que nous faisons est une goutte dans l’océan des besoins », affirme Nabil Antaki, « mais nus essayons de rendre le visage de nos compatriotes un peu moins triste, même si ce n’est pas facile ! ».

Camille Westphal Perrier

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