Témoignage d’un pasteur après trois semaines de mission en Arménie : Quel avenir pour le pays ?

En tant que français d’origine arménienne de la troisième génération, je me suis réveillé tard à mon arménité. Je n’ai retrouvé mes racines arméniennes, sa culture, son histoire et sa foi chrétienne, qu’au moment de Mai 68. Je ne suis pas un homme politique. Le but de mon cri d’alarme n’est pas d’entrer dans le jeu des luttes de pouvoir qui divisent et fragilisent. Mais, en tant que Berger (Hoviv, en arménien), conducteur spirituel au sein de notre peuple, il est de mon devoir de questionner.

Après plus de trente ans de missions humanitaires en Arménie, je reviens pour la première fois triste, inquiet et pessimiste quant à l’avenir de notre nation.

Jamais depuis très longtemps, notre peuple n’a vécu avec autant d’insécurité et d’incertitudes quant à son présent et à son avenir. Jamais notre peuple n’a été aussi seul, isolé et divisé. J’ai rencontré une population déprimée, angoissée, qui ne sait plus d’où viendra son secours.

En tant que français d’origine arménienne de la troisième génération, je me suis réveillé tard à mon arménité. C’est seulement à l’âge de 23 ans que j’ai appris la langue arménienne, c’était au début de mon ministère pastoral. J’ai visité pour la première fois l’Arménie « soviétique » en 1980 à l’âge de 30 ans sur l’invitation du Catholicos Vasken 1er.

Mais, c’est le terrible séisme du 7 Décembre 1988 qui m’a profondément ébranlé, au point de marquer dans ma vie un avant et un après.

Parmi tous mes engagements solidaires avec mon peuple meurtri depuis près de 30 ans, la zone de l’épicentre du tremblement de terre, fait partie de mes coups de cœur dans mes actions d’aide au relèvement de ces enfants et de ces familles. Cet été encore, avec une équipe de 12 bénévoles de France : médecins, enseignants, animateurs… nous étions sur le terrain en contact avec les enfants, les adolescents et leur famille.

Je ne suis pas un homme politique. Le but de mon cri d’alarme n’est pas d’entrer dans le jeu des luttes de pouvoir qui divisent et fragilisent. Mais, en tant que Berger (Hoviv), conducteur spirituel au sein de notre peuple, il est de mon devoir de questionner nos dirigeants actuels sur la gouvernance de notre pays et de lui exprimer nos inquiétudes, notre souci de voir une Arménie qui vit un climat apaisé, sécurisé, respectueux des différentes forces politiques, religieuses, culturelles, économiques et sociales.

Face aux multiples dangers qui nous menacent, il est urgent de former un front uni, comme nous l’avons vécu lors de la victoire de Sardarabad le 28 Mai 1918. Même si la situation internationale a changé, en 2022, nous faisons face aux mêmes dangers et les enjeux restent les mêmes. Aux mêmes maux nous devons apporter les mêmes réponses. Notre peuple est très attaché à la Bible. Le Madénataran et des milliers de manuscrits pour la plupart liés aux textes bibliques nous le rappellent.

Le Psaume 23, écrit par le roi David est d’une actualité brûlante . Il commence ainsi :

« L’Eternel est mon berger, je ne manquerai de rien, Il me fait reposer dans de verts pâturages, Il me conduit près des eaux paisibles. »

Notre peuple arménien, en Arménie et en diaspora, a besoin de Bergers, de leaders, tant au niveau du gouvernement, des partis politiques, des hommes d’Église, que des acteurs du renouveau national. De vrais Bergers selon le Psaume 23, qui ont le souci du bien être de chaque membre de la population qui vit aujourd’hui dans la peur et l’incertitude.

Le rôle du Berger, de nos leaders, c’est de veiller à la bonne santé du troupeau, de le conduire dans les sentiers de la justice, de pourvoir à sa nourriture, à sa sécurité face aux dangers, de réconforter et de soigner les plus fragiles, de permettre à chaque brebis de s’épanouir et d’être solidaire des autres membres du troupeau. Et le dernier verset du Psaume 23 se termine par une perspective d’avenir faite de bonheur et d’espérance que je vous laisse aller lire.

Par ce modeste message, mon souhait est d’être un lanceur d’alerte suite à mon retour d’Arménie.

Témoignage du Pasteur Gilbert Léonian de retour de sa mission de 3 semaines en Arménie.

Espoir pour l’Arménie est membre du collectif ASAH.

Image : Courtoisie d’Espoir pour l’Arménie

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