Témoignage d’un prêtre nigérian : “Cela fait sept semaines que nous enterrons nos paroissiens sans entrevoir le bout du tunnel”

Sam Ebute décrit à l’AED la persécution subie par les chrétiens dans l’État de Kaduna au Nigéria.

Sam Ebute, de la Société des Missions Africaines (SMA), est prêtre à Kagoro, dans l’État de Kaduna, l’une des régions les plus touchées actuellement par la persécution des chrétiens au Nigéria. Il vient d’enterrer 21 chrétiens de sa paroisse et a voulu raconter l’horreur auprès de l’organisation Aide à l’Église en Détresse.

“C’est arrivé vers 23 h 20, le 21 juillet, dans le village de Kukum Daji, à une dizaine de minutes en voiture de Kagoro. La communauté organisait une réunion de jeunes quand, tout à coup, ils ont entendu des coups de feu et des hommes qui criaient. Ils ont su immédiatement de quoi il s’agissait car c’était une répétition de ce qu’ils avaient vu se produire à Agwala, Doka, Kaura et Zangon Kataf. En moins de deux heures, ces criminels ont assassiné 17 jeunes, pour la plupart des filles, et quatre autres personnes sont mortes à l’hôpital ou sur le chemin de l’hôpital, ce qui fait un total de 21 personnes. Trente autres personnes ont été grièvement blessées et ont dû être prises en charge dans les hôpitaux de Kafanchan et Kaduna.”

Sam Ebute est prêtre depuis 4 ans, et affirme enterrer régulièrement des victimes.

“Depuis quatre ans, depuis que j’ai été ordonné prêtre en 2016, j’enterre régulièrement des fidèles de ma paroisse. En 2017, j’ai dû enterrer une femme assassinée de nuit, avec ses quatre enfants, à Táchira. En 2018, à Tsonje, la paroisse a également dû enterrer quatre personnes qui avaient été tuées. En 2019, à Zunruk, sept jeunes hommes ont été tués en plein jour alors qu’ils jouaient au football.”

Mais il explique que tous sont “effrayés” des récentes attaques.

“Cela fait sept semaines que nous enterrons nos paroissiens sans entrevoir le bout du tunnel. Ces dernières attaques nous ont tous effrayés. Nous avons surtout peur de l’inconnu, parce que nous ne savons pas quand les prochaines séries d’attaques se produiront ni ce qui les déclenchera. Nous ne pouvons pas pratiquer notre foi en paix. Nous ne pensons pas que nos foyers sont en sécurité.”

Il précise que la vie quotidienne des habitants est bouleversée.

“Nos déplacements sont limités, nos fidèles ne peuvent pas mener librement leurs activités. Maintenant, c’est la saison des récoltes, mais ils n’osent pas se rendre dans leurs champs de peur d’y être attaqués. Ils ont laissé leurs récoltes périr. C’est comme si on nous faisait mourir à cause de notre foi.”

Le prêtre déplore également le fait que le gouvernement “ne prend pas de mesures décisives pour endiguer la menace”.

“Ce qui rend tout cela encore plus difficile, c’est que le gouvernement ne prend pas de mesures décisives pour endiguer la menace. C’est la chose la plus dévastatrice et frustrante. Il est aussi difficile de prêcher le pardon, la réconciliation, la paix et l’amour aux personnes dont les moyens de subsistance ont été supprimés à la suite de ces attaques. »

Il termine en se rappelant que le réconfort est en Dieu.

“Dans cette situation, je suis réconforté par le fait que Dieu n’est pas mort et qu’Il nous voit. Son heure viendra. Il nous a dit dans le Psaume 46 : 10 d’avoir confiance en Lui. Le sang de ces martyrs ne sera pas vain.”

M.C.

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