Trois ans de prison avec sursis requis contre un pasteur accusé de ne pas avoir dénoncé un agresseur sexuel

L’affaire n’a pas fini de secouer le milieu évangélique de la région orléanaise et oppose deux visions de la justice. En mars 2022, Philippe Forest a été condamné pour viols sur trois adolescents. Tandis que le pasteur du condamné est, lui, poursuivi en justice car il est accusé de ne pas avoir informé les autorités.

La cour d’assises du Loiret n’avait eu besoin que de peu de temps pour se prononcer sur des accusations qui lui étaient soumises au printemps dernier. Le procès avait débuté le vendredi 11 mars et le verdict était tombé dans la nuit du lundi suivant.

Philippe Forest, professeur de mathématiques, a été condamné à 16 ans de réclusion criminelle pour viols et agressions sexuelles. Les faits qui lui étaient reprochés s’étaient déroulés entre 2005 et 2018.

Deux des jeunes victimes avaient 13 et 14 ans, elles fréquentaient l’église où l’homme exerçait diverses responsabilités non pastorales. La justice l’a condamné pour viols et agressions sexuelles sur mineur de 15 ans « par personne ayant autorité sur la victime ».

Forest, aujourd’hui âgé de 56 ans, avait prétendu devant la cour d’assises du Loiret que les plaignants étaient consentants et plus âgés. Après avoir changé d’église, en 2018, il avait confié à son nouveau pasteur avoir « fait des choses avec des jeunes hommes ». Ce dernier a manqué à son devoir de le dénoncer aux autorités.

La dénonciation aux autorités publiques, un devoir

Avant même les aveux de Forest, le pasteur avait été informé par l’une des victimes, mais il avait choisi de ne pas alerter les autorités désignées par la loi, estimant plus utile de s’en remettre au conseil des anciens de son église. Son point de vue était qu’il s’agissait d’une question morale et non pénale.

« Je pensais que c’était une faute morale, sexuelle. On n’a pas pensé à tout ça […] On m’a parlé de choses avec des jeunes, je n’ai pas creusé, c’est peut-être mon erreur. J’étais sans doute naïf », a-t-il concédé devant le tribunal correctionnel d’Orléans le 15 novembre.

Si le ministre du culte n’a pas jugé nécessaire d’alerter les autorités par « peur d’être accusé d’avoir accusé faussement quelqu’un », son collègue de la précédente communauté du condamné a porté les faits à la connaissance de la justice dès qu’il en a été informé par la famille de l’un des jeunes.

Une attitude légitime et respectueuse de la loi selon Nancy Lefevre, juriste auprès du CNEF. Elle rappelle que la personne alertant les autorités « ne dénonce pas une personne, mais des faits auprès de la police ou la gendarmerie qui ont les moyens d’enquêter » et que la seule autorité légitime en la matière n’est pas le conseil d’église, mais la puissance publique.

Sans se prononcer sur cette affaire, madame Lefevre observe l’importance de concilier à la fois le champ du secret professionnel et l’obligation de dénoncer des abus commis sur des mineurs ou des personnes vulnérables. « Le secret professionnel, précise-t-elle, est restreint à la condition que le pasteur apprenne les faits en sa qualité de responsable ecclésiastique ». Cependant, il peut exercer une option de conscience et les dénoncer, et il en a même l’obligation si la personne a un profil de récidiviste.

Le CNEF, précise-t-elle, a édité des outils de prévention et d’accompagnement adressés aux diverses églises membres, notamment un guide pour lutter contre les abus sexuels. L’organisation faîtière a, par ailleurs, créé un service d’écoute intitulé « Stop abus ».

Le procureur de la République d’Orléans a requis trois ans de prison avec sursis, et une amende de 1 500 euros, contre le pasteur qui avait eu connaissance des faits. Le jugement a été mis en délibéré au 13 décembre.

« Cette affaire pourra aussi peut-être faire bouger les choses, pousser les victimes à parler », observe Nancy Lefevre.

Jean Sarpédon

Crédit image : Shutterstock/ Obatala-photography

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