Indonésie : les huit condamnés louent Dieu au moment de leur exécution

Alors que l’Indonésie est très critiquée pour sa justice, au mépris même de sa souveraineté, surgit du drame des exécutions l’espoir du salut pour les condamnés fusillés dans la nuit du 28 au 29 avril pour trafic de drogue.

D‘après le récit du mari de la femme pasteur qui a accompagné les huit hommes jusqu’au bout de leur voyage terrestre, ils ont entamé des cantiques qu’ils ont chanté jusqu’au moment de tomber sous les balles. Un témoignage qui pourrait troubler les bourreaux chargés de rendre justice et qui rappelle la conversion de hauts responsables nazis au seuil de la mort. Dans le même temps, une femme condamnée, qui pourrait être innocente, a obtenu un sursis à la grande joie de son pays, les très chrétiennes Philippines où le porte-parole du Président a publiquement remercié l’Indonésie et Dieu de l’avoir épargnée.

Amazing Grace, ce cantique bien connu au-delà des églises, composé par John Newton, un trafiquant d’êtres humains repenti, est l’un des hymnes entonnés par les huit condamnés pour trafic de drogue. Newton n’enfreignait aucune loi civile ou pénale de son temps en transportant des esclaves, mais il attentait au droit naturel. Les huit exécutés de cette nuit avaient été reconnus coupables d’avoir enfreint la loi des hommes, et, si cette accusation était avérée, ils avaient également méprisé celle de Dieu par leur commerce criminel, mais la justice divine fait place au pardon quand bien même elle accepte le châtiment terrestre, les deux domaines étant séparés : la sanction pénale permet autant que possible la vie en société, la grâce divine permettant la vie avec Dieu sans nier le nécessaire passage de la justice humaine.

Un cas d’articulation entre châtiment justifié et justification par grâce

Visiter un pays étranger, c’est en accepter encore plus volontairement les risques pénaux que ceux qui y vivent depuis toujours. En embrassant une destination, on accepte plus ou moins consciemment de se soumettre à sa législation, que ce soit en la respectant ou en acceptant de courir le risque du châtiment si l’on s’autorise à la défier. Dans les deux cas, à moins que la législation ne méconnaisse les droits fondamentaux (ainsi la peine de mort pour apostasie), la dignité humaine est préservée car l’homme reste libre de ses choix et doit simplement en assumer les conséquences. La loi est dure, mais c’est la loi, dit l’adage juridique, et, quand bien même la sanction est très forte, peut-être disproportionnée par rapport au crime (mais la drogue tue), un coupable n’a pas l’excuse d’avoir agi sans savoir le risque qu’il prenait.

Le châtiment est théoriquement justifié par le respect du syllogisme juridique articulé autour d’une règle de droits et de faits, et qui se conclut par l’application de la loi aux faits. L’ancien magistrat Philippe Bilger écrit : « Que le trafic de drogue puisse être sanctionné par la mort n’est pas en soi un scandale en raison des tragiques conséquences d’un tel processus. Il n’empêche qu’il est possible d’argumenter sur l’écart opératoire qui existe entre la nature de l’infraction – il en est d’autres encore plus dévastatrices – et le caractère définitif de la sanction. Il y a là une inadaptation aussi bien morale que judiciaire. » Il reste cependant que si les condamnés sont coupables, il s’agit d’un drame et non d’une tragédie car l’issue était évitable.

De la même manière que le choix existe entre respecter la loi pénale et prendre le risque d’être puni, il y a aussi un choix entre l’acceptation et le rejet de la grâce divine. La loi des hommes prévoit parfois la possibilité de la grâce, notamment en cas de doute ; la loi de Dieu prévoit la grâce même pour le pire meurtrier avéré s’il se repent. Les deux systèmes pénaux s’articulent sans se contredire, Dieu ayant validé la justice terrestre à partir de la condition qu’elle soit juste selon l’épître aux Romains (13:4). La justice des hommes, pour sa part, prévoit même la possibilité que le condamné puisse bénéficier de l’accompagnement d’un responsable religieux. Parfois pour le meilleur. C’est ce qui, semble-t-il, s’est passé pour les huit condamnés passés cette nuit devant un peloton d’exécution. S’il se peut que l’un ou l’autre fût innocent, il semble également sûr qu’ils aient tous été gracies par Dieu. En louant Dieu, ils ont rejoint la clairière où les attendait la mort et n’ont pas voulu de bandeaux pour se voiler les yeux. Sans savoir que certains de leurs proches chantaient également des cantiques.

L’un des condamnés, Andrew Chan, s’était converti au christianisme en prison avant d’étudier la théologie. Il faisait, en quelque sorte, office de pasteur auprès de ses compagnons de barreaux. Son compatriote et compagnon de cellule, Myuran Sukumaran, avait lui aussi embrassé la foi chrétienne. Les deux hommes étaient inquiets quant à leur mort prochaine et s’appesantissaient sur ce sujet. Ils se réjouissaient toutefois de la grâce divine ; ainsi Chan avouait : « Lorsque je suis retourné dans ma cellule, j’ai dit : ‘Dieu, je t’ai prié de me libérer, pas de me tuer.’ Dieu m’a parlé et dit : ‘Andrew, je t’ai libéré à l’intérieur de toi-même, je t’ai donné la vie !’ Dès lors, je n’ai cessé de l’adorer.  Je n’avais jamais chanté auparavant, jamais conduit de service de louange jusqu’à ce que Jésus me libère. » Il avait compris que la grâce divine n’empêchait pas la responsabilité terrestre.

Un précédent à Nuremberg

Ce choix de Dieu aux abords du dernier souffle rappelle la conversion de hauts dignitaires du régime nazi avant leur exécution dans le cadre du procès de Nuremberg. En 1945, le capitaine Henry F. Gerecke, un aumônier militaire protestant américain était envoyé à Nuremberg par son commandement pour accompagner spirituellement des caciques du Troisième Reich, dont Hermann Göring, le commandant en chef de la Luftwaffe. Avec lui, le père Sixtus O’Connor. Ils devaient s’occuper respectivement des treize protestants et six catholiques en attente du jugement et de l’éventuelle exécution. Les détenus s’attachèrent tellement à leurs aumôniers que lorsqu’ils entendirent que Gerecke devait retrouver sa femme qu’il n’avait pas vue depuis trois ans, ils écrivirent à cette dernière pour la supplier de le laisser avec eux. Le procès était déjà à sa moitié. Plusieurs détenus acceptèrent Dieu, ainsi l’avocat personnel de Hitler, Hans Frank, qui devint un catholique dévoué, après avoir massacré les juifs et les élites de la Pologne qu’il gouvernait. Frank ne contesta même pas sa condamnation qu’il considérait comme une « expiation ». Côté protestant, il est possible de nommer Wilhelm Keitel, le commandant suprême des forces armées allemandes surpris par Gerecke en train de lire la Bible et qui affirma à l’aumônier qu’il savait désormais à la lecture de ce livre que Dieu aimait un pécheur comme lui. Au moment de mourir, Keitel implora à forte voix Dieu de faire grâce à l’Allemagne.

Göring resta avec le groupe des condamnés qui s’étaient réunis pour prier après leur dernier dîner avant de mourir, mais il refusa de se convertir. Il expliqua à Gerecke qu’il était incapable de dire « Jésus, sauve-moi », précisant que pour lui le Christ n’était qu’un autre Juif intelligent. Il voulut cependant prendre la communion au cas où il y aurait du vrai dans le christianisme ; l’aumônier refusa. Une acceptation aurait en quelque sorte validé son incrédulité. Göring se suicida au cyanure juste avant le moment de la pendaison.

A l’instar de certains criminels nazis condamnés à mort, les huit hommes exécutés cette nuit en Indonésie ont préféré voir la grâce de Dieu, l’Amazing Grace. Selon l’AFP, « Owen Pomana, un ancien détenu devenu pasteur et ami des deux condamnés australiens, a essayé de réconforter ceux qui s’inquiétaient sur le sort des prisonniers dans le couloir de la mort. « N’ayez pas peur, ils n’ont rien à craindre », a-t-il dit. »

JD

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