Un « niveau alarmant de faim » au Tchad, où l’urgence est à la réponse humanitaire internationale

Faible disponibilité alimentaire, mauvaises pratiques en matière d’hygiène et d’assainissement et épidémies, la crise humanitaire sévit au Tchad qui doit en même temps accueillir une vaste population de déplacés et réfugiés.

Pauvreté chronique et faible développement, la réalité tchadienne se borne à un grave contexte de crise humanitaire. Contexte marqué, de plus, par la présence de près de 500 000 déplacés et réfugiés. Au Tchad, ces populations tentent de survivre dans une précarité notoire, au sein de populations également soumises à des conditions de pauvreté extrême.

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Au Tchad, en décembre 2019, une personne sur cinq est en insécurité alimentaire. Dès juin 2020, les spécialistes craignent que ce taux passe à près d’une personne sur trois. 3,4 millions de Tchadiens n’ont aujourd’hui pas accès à une nourriture suffisante, saine et nutritive. Ils seront 4,6 millions dans les mois à venir.

Selon le rapport de l’Indice de la faim dans le monde, le Tchad souffre d’un « niveau alarmant de faim ». Les chiffres 2018 du Bureau de la coordination des affaires humanitaires sont sans appel. 200 000 enfants de moins de 5 ans souffraient de malnutrition aiguë sévère, 400 000  de malnutrition aiguë modérée.

Pour Jean-Claude Djoumessi, médecin à l’hôpital général de N’Djamena, « la malnutrition aiguë sévère est une maladie mortelle ».

« C’est une maladie dans laquelle les enfants sont gravement sous-alimentés. Ils ont moins de vitamines, moins de nutriments, c’est-à-dire moins d’anticorps. Ils sont donc faibles pour pouvoir résister à toutes infections. La malnutrition aiguë sévère non traitée est une maladie mortelle et peut tuer les enfants très facilement. »

La malnutrition aiguë est chronique au Sahel. SMART, une récente enquête nutritionnelle vient d’être publiée par le ministère de Santé Publique. Son objectif principal est d’évaluer la situation nutritionnelle des enfants âgés de 0 à 59 mois et des femmes âgées de 15 à 49 ans. Elle révèle que sur les 23 provinces tchadiennes, 18 sont en situation préoccupante, avec un taux de plus de 10% de malnutrition aiguë grave. Parmi celles-ci, 9 sont en situation d’urgence.

En cause, plusieurs facteurs : la faible disponibilité alimentaire, les mauvaises pratiques en matière d’hygiène et d’assainissement et les épidémies.

Si c’est dans les campagnes que les populations sont les plus pauvres, avec un taux de 87% de la population en-dessous du seuil de pauvreté, les villes sont aussi confrontées à des réalités complexes. En terme de disponibilité alimentaire, la capitale, N’Djamena, n’est pas épargnée. Un ménage sur quatre y est en insécurité alimentaire. 13,1% des enfants y souffrent de malnutrition aiguë ou de maigreur. Les familles sont dans l’obligation de développer des stratégies alimentaires. Manger des aliments de moindre qualité, en quantités réduites, en diminuant également le nombre de repas par jour.

Les mesures d’austérité mises en place par le gouvernement confronté à une grave crise économique, ont eu des répercussions jusque dans les mécanismes de solidarité qui étaient pourtant habituels entre les ménages urbains et ruraux.

Autre problématique, les pratiques en matière d’hygiène et d’assainissement. Selon l’OMS et l’UNICEF, si 78% de la population urbaine a accès à l’eau potable, ils ne sont que 32% à en bénéficier en milieu rural. En ce qui concerne l’accès à l’assainissement, seul 3% de la population rurale y a accès. Pourtant, au Tchad, les maladies diarrhéiques font partie des 3 principales causes de mortalité chez les enfants de moins de 5 ans. Elles entraînent en outre des retards au niveau de la croissance et du développement cognitif.

A cette réalité limitée s’invitent de nombreuses épidémies. 25 000 nouveaux cas de rougeole ont été établis en 2019. Le choléra sévit à nouveau depuis le mois de juillet dernier. La méningite est également présente. Mais la préoccupation sanitaire majeure au Tchad, c’est le palu, qui a touché plus de 907 000 personnes en 2019.

Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires parle de « millions de personnes » en situation d’insécurité alimentaire et malnutrition.

« Des millions de personnes continuent de faire face à l’insécurité alimentaire et la malnutrition. A l’est du pays, le Gouvernement a décrété l’état d’urgence au mois d’août, par suite de la résurgence des conflits intercommunautaires. Au mois de septembre, un conflit pour le contrôle des mines d’or, opposant l’armée tchadienne et un comité local d’auto-défense, a entrainé le déplacement d’au moins 3 000 personnes de Miski à Faya. Tous ces facteurs affectent la capacité de résilience des populations vulnérables et rendent impérative une approche intégrée à plus grande échelle, nécessitant des investissements urgents. »

Le constat du Programme des Nations Unies pour le développement est sans appel :

« La crise humanitaire qui sévit dans le bassin du lac Tchad est l’une des plus graves que le monde ait jamais connu. Elle touche plus de 10 millions de personnes qui ont un besoin urgent d’assistance et de protection. Alors que la crise entre dans sa neuvième année, les attaques armées persistent et les souffrances des populations s’intensifient, notamment du fait des violations massives des droits fondamentaux, en particulier ceux des femmes et des filles victimes de sévices et de violences sexuelles. Dans cette région du monde, les communautés aussi bien que les individus, et notamment les femmes, sont coutumiers des chocs et affrontent des situations de crise successives depuis des décennies. L’assistance humanitaire a été capitale pour aider la population à absorber l’impact de ces chocs. Sa pertinence ne se dément toujours pas, compte tenu de la gravité de la situation actuelle. Cependant, il est essentiel d’intensifier sans tarder les interventions en faveur du développement pour renforcer la résilience dans la région, tout en continuant de prêter assistance aux personnes et aux communautés touchées afin de les aider à se relever le plus rapidement possible et d’éviter ainsi toute nouvelle aggravation de la crise. »

Aujourd’hui encore, le Tchad est tributaire de l’aide humanitaire. Dans ce contexte, les experts précisent qu’elle doit prendre en compte deux axes, celui de l’urgence, mais aussi celui de la prise en charge des causes du phénomènes. Il convient donc de porter assistance en répondant à l’urgence, mais aussi de multiplier les interventions en faveur du développement.

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M.C.

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